Jamais je n’aurais pensé écrire ce titre. Dire que la couverture médiatique aux arts et spectacles a changé est une affirmation farfelue tant elle est évidente. Pour vous dire, quand j’ai commencé dans le domaine, il y a de cela déjà 21 ans, faire partie du cercle des journalistes et chroniqueurs couvrant le culturel, était tout un job de rêve. Nous étions quelques dizaines à remplir les pages et les ondes des postes de radio et de télévision, en fait, la plupart des médias avaient leurs propres émissions culturelles et les artistes et le public savaient qu’ils avaient des rendez-vous réguliers pour savoir ce qui se passe du côté de leurs artistes préférés.
France D’amour sort un album? Il était fort à parier qu’on la verrait à Flash à 18h30, à Sucré-Salé sur TVA, à l’émission estivale du moment de Radio-Canada, on la verrait aussi du côté de Télé-Québec, dans un topo à Musique Plus (qui se souvient de Fax?), sur Artv qui venait tout juste d’ouvrir ses portes. On l’aurait aussi entendue à la radio au Showbiz Chaud avec Érik Rémy, Josée Perrier, Jasmin Roy, Fred Rioux et moi-même, dans les diverses chroniques arts et spectacles du 98.5, Rythme FM, Énergie, Rouge FM (Rock-Détente à l’époque), CKAC, Info 690, la radio de Radio-Canada. Le Journal de Montréal, La Presse Canadienne, La Presse se seraient entretenus avec elle, tous les hebdos avaient des pages « actualités »dans leurs publications, sans compter les sites web qui en ont ajouté mais qui ont, au final, bousculé la façon de faire. Rapidité, visibilité incertaine, éparpillement des médias, repiquages fréquents d’informations sans en révéler la source, protocole existant mis à l’index. On a vu arriver des dizaines de jeunes passionnés par la célébrité qui rêvaient de faire le métier, même gratuitement, qui n’en avaient rien à cirer des règles non-écrites entre les professionnels du milieu.
C’est un petit monde et même au sein de la « confrérie » (hum hum…) des journalistes et des chroniqueurs culturel, il y a ses stars. Disons que c’est celui dont on craignait le plus ses critiques ou celui qui avait le plus de visibilité à offrir et avec qui il y avait eu des ententes publicitaires au préalable qui serait le mieux servi, tout dépendamment, évidemment, du projet à vendre. C’était là , aussi, une évidence. Show-BUSINESS, n’oublions pas. Par exemple, tout le monde savaient qu’aucun visionnement de presse en télévision ne commencerait sans la présence de Louise Cousineau. J’ai vu des directeurs de programmes trembler devant celle qui a littéralement inventé le métier de chroniqueur télé. Peu importe l’endroit où le visionnement avait lieu, le diffuseur contrait la loi et un cendrier trainait pas loin du siège réservé à Madame Louise. On ne voulait pas prendre la chance de mettre Madame Louise de mauvais poil. Ensuite, c’était le bal des entrevues. Les radios et les télés du matin passaient en premier, les autres étaient solidaires pour les journalistes cernés, toujours en carence de sommeil. Dormir quatre heures par nuit pendant des années et se montrer pimpant et toujours à l’affût sans qu’aucun signe de fatigue ne paraisse, c’est dur sur le physique et le mental. Par chance, il y a la passion… et l’adrénaline.
Bref, avec l’arrivée des différents sites web, des médias sociaux, la disparition de plusieurs émissions de télévision axées sur la culture, la fermeture et/ou la rationalisation de plusieurs stations de radio ou le changement de vocation de quelques stations, la fermeture des journaux spécialisés( même Voir passe au couperet), le lock-out au Journal de Montréal qui, je ne vous mentirai pas, a été une guerre intestine entre plusieurs journalistes, sans penser au remaniement complet des différents groupes de presse, Rodgers qui vient de fermer plusieurs sites, dont le Showbizz.net, tout cela n’aide en rien à la situation, le métier est en pleine crise.
Par chance, on sent le courant revenir…tranquillement… tout doucement… très lentement…Je pense à District V où Herbie Moreau a su s’ajuster aux goûts du jour avec les web cam, Skype, et autre bidules, tout en faisant une couverture journalistique des plus classiques. Je pense aussi à Ici et là , présentée à Vox où l’on pousse la réflexion un peu plus loin, à cette nouvelle émission culturelle qui sera sur les ondes d’ArTv, au culturel qui est revenu les week-ends, avec Sylvain Ménard au 98.5FM, aux efforts de Pénélope McQuade, qui allie le populaire au moins connu, du human interest aux performances musicales, à C’est juste de la télé qui nous prouve qu’il y a encore de l’intérêt pour le sujet et qu’on peut en jaser longuement. Et avec cet engouement pour les émissions de variétés rassembleuses qui revient, peut-être que le public et les dirigeants voudront s’y intéresser à nouveau. Je suis un brin nostalgique de l’époque de La Bande des six, de feu Serge Bélair et ses complices, de la bande de Flash, de Jet 7 qui avait tenté de se frayer un chemin, du Showbizz Chaud où les arts et spectacles, tous styles confondus, côtoyaient les échanges chaleureux et le potinage léger, va-t-on leur redonner une place? Je l’espère grandement.