Articles taggués ‘Pierre Karl Péladeau

À LA CONQUÊTE DU MONDE

- 17 avril 2014

Un appétit d’Éléphant

Depuis que Pierre Karl Péladeau, inspiré sans doute par quelques enseignements de son ex-maître de philosophie, Gilles Deleuze, et ennuyé de ne plus voir de films dans les cinémas de répertoire presque tous disparus, a eu la géniale et généreuse idée d’un projet qui numériserait, restaurerait et diffuserait les films du patrimoine du cinéma québécois, le jeune éléphant qui symbolise maintenant ce projet a développé un véritable appétit de pachyderme et il a grandi, grandi.

Éléphant avait en mémoire, à ses débuts, 25 longs métrages et ne pouvait être capté que par les abonnés d’illico. Depuis novembre dernier, Éléphant est disponible partout au Canada, sur iTunes et depuis ce mardi, 15 avril, il est disponible partout en France sur iTunes France, au Bénélux et dans d’autres pays d’Europe et d’Afrique dont une des langues officielles est soit l’anglais, soit le français. Mais attention, la mémoire d’Éléphant compte maintenant 225 films dont une cinquantaine sont disponibles partout au Canada et en France, alors que le reste de notre répertoire, environ 180 autres s’ajouteront sur iTunes au rythme de cinq par semaines environ.

En cliquant sur iTunes France, voici ce que le public français trouve maintenant en page d’accueil.

Capture 2 2014-04-15 à 10

Capture2014-04-15 à 10

 Une première mondiale

L’arrivée sur une plateforme comme iTunes d’une collection aussi importante de films de répertoire d’un même pays est une première mondiale. La venue en France d’un si gros Éléphant devrait constituer pour tous les Québécois et surtout pour les cinéastes une occasion de grande fierté. Nous sommes enfin bien représentés sur le marché audio-visuel de France et nous le serons pour longtemps. ET IL N’EN PAS COÛTÉ UN SOU AUX GOUVERNEMENTS. Et nos gouvernements jusqu’ici auraient plutôt plus ou moins snobbé Éléphant, mémoire du cinéma québécois. Seul Téléfilm Canada a manifesté tangiblement un peu d’intérêt en aidant au sous-titrage d’une quinzaine de films!

À la fin de cette année, il devrait y avoir environ 250 films québécois sur iTunes France, tous sous-titrés aussi en anglais. Notre prochain objectif: le Royaume Uni: Irlande, Écosse et Grande-Bretagne.

L’aventure folle d’Éléphant telle que mise en route par Pierre Karl Péladeau est en train, six ans plus tard de placer le Québec en tête des pays dont le répertoire cinématographique aura été restauré et mis à la disposition du public. On peut le dire, sans gêne, le Québec sera le premier pays du monde dont le répertoire cinéma aura été restauré et diffusé, un patrimoine qui autrement serait resté enseveli dans les beaux suaires de la Cinémathèque québécoise ou d’autres qui dormiraient encore à la belle étoile, sans abri, sans protection.

Les suicidés de la société

Gogh

Je suis encore sous le choc de la visite que je viens de faire au Musée d’Orsay, l’étonnant jumelage Van Gogh / Artaud, exposition titrée Les suicidés de la société. Et je ne sais pas pourquoi, mais en sortant j’ai pensé à Xavier Dolan, dont le dernier film venait d’être choisi en compétition à Cannes, et j’ai pensé à Pierre Karl Péladeau et le geste audacieux qu’il vient de poser en se lançant dans l’arène politique.

Il faut un brin de folie, un courage costaud et du talent à revendre pour faire des films comme les fait Xavier Dolan; et il faut à Pierre Karl, ce même brin de folie, ce même courage et ce même talent pour inventer un projet comme Éléphant, le tenir à bout de bras et persévérer.

Et il paraîtrait que certains médias reprocheraient à Pierre Karl Péladeau d’avoir, à Paris, assisté au lancement d’Éléphant sur iTunes France. Vis à vis lui et vis à vis ce projet d’une complète transparence, projet entièrement philanthropique, ce serait d’une effarante mesquinerie. Une soirée pour les médias français, au Club 13 de Claude Lelouch, alors que nous avons projeté Les bons débarras, le film de Francis Mankievicz qui a laissé les spectateurs complètement sous le choc. Ébahis par le talent des acteurs, et de Charlotte Laurier en particulier.

Les mécènes au Québec ne sont pas très nombreux, dans le domaine tumultueux de la culture ils le sont encore moins; à force de partisanerie, d’étroitesse d’esprit et de sordidité, n’en faisons pas des suicidés de la société comme l’eût écrit Antonin Artaud.