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Le maire Labeaume embrasse notre Éléphant

- 4 mars 2010

L’événement Maria Chapdelaine

Il faut bien le dire, il existe une certaine similarité entre l’énergique maire Régis Labeaume de Québec et le projet Éléphant, mémoire du cinéma québécois. En voilà deux qui voient loin et qui voient grand, deux pour qui la mémoire est une faculté précieuse, essentielle, obligée ; le maire est à la tête de Québec, capitale de la mémoire, la mémoire de tout un peuple, Éléphant, lui, veille sur la mémoire du cinéma québécois, l’album de famille du peuple québécois.

Sans doute parce qu’elle correspond à ses propres préoccupations, le maire Labeaume a tout de suite été séduit par la mission patrimoniale d’Éléphant. En effet, en septembre dernier, invité au Cinéma Impérial pour la première mondiale de la version intégrale, restaurée en haute définition, du Kamouraska de Claude Jutra, à laquelle assistait Geneviève Bujold, le maire a tout de suite été emballé ; les lumières du cinéma ne s’étaient pas rallumées qu’il nous priait d’organiser à Québec semblable événement. Fin d’automne ou début d’hiver 2010.

Éléphant viendrait d’avoir un an. Il fut dès lors résolu  de célébrer cet anniversaire au royaume du maire Labeaume en organisant un grand événement Maria Chapdelaine. Nous projetterions la première adaptation du roman de Louis Hémon, tournée par Julien Duvivier, en 1933, avec Jean Gabin et Madeleine Renaud. ( Ce Maria Chapdelaine est un film français, soit ! mais nous avions décidé d’en retenir les droits, car il fut entièrement tourné à Péribonka et de surcroît avec certains acteurs québécois, dont l’inoubliable Fred Barry ). Après une courte intermission – le temps d’un verre et d’une bouchée – suivrait le Maria Chapdelaine de Gilles Carle, avec Carole Laure et Nick Mancuso, tourné cinquante ans plus tard, en 1983, la plus récente adaptation du roman (scénarisée par Guy Fournier et Carle).

Carole viendrait spécialement de Paris pour l’occasion, accompagnée bien entendu par Lewis Furey, le compositeur de la très prenante musique du film de Carle.

C’est dans le décor magnifique de la Chapelle du Musée de l’Amérique française, en plein cœur de Québec, qu’il fut décidé de tenir cet événement Maria Chapdelaine : rétro-projection en haute définition, cocktail dinatoire. Tout le gratin de la ville est invité, y compris la fine fleur politique, le premier ministre Charest, c’est sûr ! et Mme Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine qui fait justement en ce moment campagne pour que soit au Québec mieux préservé le patrimoine et jusqu’au patrimoine immatériel !  S’il est un ministre que le travail d’Éléphant pouvait passionner… S’il est un ministre qui ne pouvait pas rater pareil événement…

Eh bien, était-ce le moment de l’année ? allez donc savoir ! mais la fine fleur de notre gouvernement n’y était pas…

L’immense besogne de restauration, de conservation et de diffusion, menée par Éléphant, ne coûte pas un traitre sou à l’État. Tous les frais sont pris en charge par Quebecor dont Éléphant, mémoire du cinéma québécois, est le plus important projet philantropique, à l’heure actuelle, dans le domaine de la culture. Durant cette visite à Québec, Pierre Karl a tenu à rappeler que «la richesse de nos œuvres cinématographiques nous impose collectivement un devoir de mémoire et de conservation, mais surtout aussi un devoir de diffusion ; Éléphant permettra non seulement à ce pan de notre patrimoine de survivre pendant les décennies à venir, mais aussi de trouver un nouveau public».

Il y avait cependant l’ex-ministre de la Culture, Mme Agnès Maltais, que la soirée a ravie. Mme Maltais s’est montrée particulièrement consciente de l’importance du projet pour la mémoire de notre cinématographie. Le président du conseil d’administration de la SODEC, M. Jean Pronovost, n’avait lui aussi que de bons mots pour Éléphant, tout comme Claude Joli-Cœur, de l’Office national du film – notre important partenaire depuis les débuts du projet.

Et le maire Labeaume !



«Bravo, à l’initiative du privé» s’exclama-t-il, en y allant d’une prise de position dynamique envers Éléphant, engagement sans condition pour un projet qui lui rappelle le rôle qui lui incombe comme maire de Québec – Québec, capitale du souvenir et de la mémoire, et capitale de l’avenir des Québécois. Le maire avait, durant l’après-midi, reçu officiellement à l’Hôtel de Ville l’instigateur et le père nourricier d’Éléphant, Pierre Karl Péladeau, de même que les acteurs et les principaux artisans du projet.Pierre Karl signe le livre d'or de Québec

Carole signe, Lewis Furey, le maire, Pierre KarlDes œuvres à comparer

Le soir-même de cet événement, les deux Maria Chapdelaine qui y étaient présentés devenaient disponibles sur Illico, la télévision numérique de Videotron. Les cinéphiles peuvent donc désormais se faire leur propre opinion sur les deux plus authentiques adaptations au cinéma du roman de Louis Hémon, celle de Duvivier et celle de Carle. Car, il en existe aussi une troisième, celle de Marc Allégret, avec Michèle Morgan, tournée en 1950, en grande partie en studio à Londres et avec une majorité d’acteurs anglophones !  Un aspect intéressant du film de Duvivier c’est qu’il présente des surimpositions pour la première fois dans l’histoire du cinéma, surimpositions dont les technologies modernes ont depuis aboli tous les secrets, mais à l’époque ! Et c’est ce film qui fit de Jean Gabin une grande vedette. Il est amusant aussi de constater que ce Maria, tourné au Lac Saint-Jean même, représente davantage l’impression que se font les Français du Québec plutôt que sa véritable image, pourtant assez justement décrite par Louis Hémon. Le Maria de Carle est beaucoup plus romanesque, plus émouvant aussi que celui de Duvivier. Ce romantisme, Nick Mancuso y contribue beaucoup avec sa façon virile, mais sensible, d’interpréter François Paradis. Quant à Carole Laure, en dépit de ses allures plutôt modernes, elle incarne une Maria crédible, sensuelle et terriblement belle. Ce film et La tête de Normande St-Onge comptent parmi les meilleurs «Carole Laure», des œuvres dans lesquelles Gilles se gave de celle qui fut si justement sa muse durant une quinzaine d’années. Dans Maria, Yoland Guérard interprète aussi très bien un rôle pas du tout sur mesure pour lui et dans lequel il fallait beaucoup d’audace pour le distribuer. L’Eutrope Gagnon de Pierre Curzi est aussi parfait que le Lorenzo Surpenant de Donald Lautrec est funèbre et caricatural. Et Amulette Garneau, quel plaisir de la revoir !

Le Maria Chapdelaine de Carle, projeté sur grand écran, a été restauré magnifiquement. Vince Amari, coloriste de TechnicolorLa colorisation de Vince Amari des images sublimes du directeur-photo Pierre Mignot est remarquable, malgré les embûches qu’elles posaient : fumées intermittentes, passages de la brume au soleil, etc. À notre demande chez Technicolor, Vince est devenu le coloriste attitré d’Éléphant ; sa sensibilité, son discernement par rapport aux époques variées des films que nous restaurons, et l’étendue de sa palette technique en ont fait un artisan indispensable de notre projet.

Des événements spéciaux comme les deux Maria à Québec, la cinquantaine et plus de films québécois en ligne sur Illico, disponibles en tout temps et restaurés en haute définition, ce site Web entièrement dédié à notre cinéma, voilà l’incroyable chemin parcouru en un an par notre Éléphantdans la jungle du cinéma !