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ÉLÉPHANT FÊTE SES 10 ANS

Et l’animal devient planétaire.

Il y a un peu plus de dix ans, il y avait eu ce coup de téléphone inattendu de Pierre Karl Péladeau : le grand patron de Québecor, il voulait s’informer s’il ne serait pas possible de numériser tout le cinéma québécois et de le rendre disponible au grand public. (Nous avions discuté avec lui quelques fois auparavant de l’impossibilité d’avoir accès aux films anciens maintenant que les cinémas de répertoire n’existaient plus et que les clubs vidéos fermaient leurs portes les uns après les autres). Nous avons réfléchi un peu, Marie-José Raymond et moi, et quelques jours plus tard nous étions dans son bureau, à Québecor, pour lui confier que «tout le cinéma québécois» c’était un projet presque trop ambitieux. «Commençons, lui disons-nous, par les films de long métrage» ayant calculé qu’il devait y en avoir autour de mille, si nous retrouvions les éléments nécessaires pour les restaurer tous.

Pierre Karl Péladeau

Et ce serait une opération coûteuse!

«C’est un go, allez-y!» dit sans réfléchir davantage celui qui venait d’avoir une idée de génie : redonner aux Québécois leur patrimoine de cinéma.

Nous avons cherché un nom ludique et sans prétention pour un projet aussi ambitieux et exceptionnel. Je me souvenais combien m’avait frappé quand j’étais tout petit et que j’allais au cinéma STAR de Waterloo, géré par l’oncle Eugène Gagné, l’ouverture des films de la Metro Goldwyn Mayer avec son superbe lion rugissant. Le lion m’a tout de suite fait penser à l’éléphant, un autre animal extraordinaire et, celui-ci, avec une mémoire que l’on dit à toute épreuve. Le projet de PKP s’appelerait Éléphant, accompagné de l’épigraphe explicative : mémoire du cinéma québécois.

Ce nom très simple fit tout de suite l’unanimité.

Petit comme une idée, l’éléphant a commencé de grandir et il est devenu une vision, un grand dessein. Cette année, il célèbre déjà ses dix ans en devenant quasi planétaire. Non seulement son répertoire de plus de 250 films se retrouve-t-il en permanence sur la VsD du canal illico de Vidéotron, mais la majeure partie de celui-ci est aussi disponible sur iTunes dans tous les pays du monde ou le français ou l’anglais est la langue officielle.

Dix ans, ça se célèbre.

La première manifestation du dixième anniversaire d’Éléphant sera l’exposition NOS PHOTOS DE TOURNAGE, dont le vernissage aura lieu à la Cinémathèque québécoise, le 10 janvier, en présence de Pierre Karl Péladeau et d’une grande partie de ceux qui, derrière la caméra, font exister le cinéma québécois. En effet, cette exposition s’est imposée tout de suite dans la mission d’Éléphant. François Gill et Serge Beauchemin, deux techniciens à la retraite, eurent l’idée, il y a un peu plus d’un an, d’ouvrir une page FaceBook intitulée Nos photos de tournage et de demander à leurs collègues d’y afficher des photos de plateau. L’impression des photos a été confiée à l’équipe de Photosynhèse.

https://youtu.be/nM_x0klkeFQ

Ces photos, elles sont arrivées par centaines, puis par milliers : un déluge. Éléphant, toujours en quête d’agrandir sa mémoire, a alors proposé aux deux mémorialistes de conserver aussi ces photos sur son site elephantcinema.quebec et surtout d’en choisir une centaine afin de monter une exposition qui permettrait au public de se familiariser avec l’envers du décor, comment des centaines d’artistes et de technciens s’affairent à créer les images que le public découvrira ensuite sur de grands écrans lumineux sans trop comprendre le travail qu’il y avait derrière.

Éléphant vers un nouveau public.

La mission d’Éléphant est double : restaurer d’abord, puis rendre accessible.

Pour mieux marquer son dixième anniversaire, Éléphant organise en collaboration avec la Cinématèque nationale de Mexico un grand événement qui soulignera l’arrivée dans les pays hispanophones d’un premier corpus de nos films québécois, sous-titrés en espagnol. Ce lancement aura lieu en mars prochain alors que ce lot de cinquante films seront versés dans l’immense filmothèque iTunes et disponibles aussitôt partout où l’espagnol est la langue officielle. Téléfilm Canada a participé au sous-titre espagnol.

Adieux à une année faste.

C’est avec une certaine nostalgie qu’Éléphant dit adieu à l’année 2017, car elle aura été splendide et fructueuse. Cela a commencé avec une vraie surprise lorsque le Festival de Cannes nous annonça, en avril, que notre restauration du premier film de Denis Villeneuve : Un 32 août sur terre avait été sélectionnée à Cannes Classics, un troisième pareil honneur en quatre ans, ce qui est assez exceptionnel. Et Thierry Frémaux s’est montré particulièrement généreux puisqu’il nous a réservé le Théâtre de la plage, le samedi soir précédant la clôture du festival : 600 spectateurs confortablement étendus dans leurs transats et couverts d’une petite laine qui ont pu admirer ce formidable Villeneuve et applaudir Pascale Bussières. Gérad Camy, le «patron» de la plage nous avait présentés au public avant la projection : Pascale, Pierre Karl Péladeau, Marie-José Raymond et moi. Nous quatre, en compagnie aussi de l’actrice Lucie Laurier et de la réalisatrice Jennifer Alleyn avions été invités aussi à la montée officielle des marches en ce samedi soir tiède de Cannes, une autre gentille attention frémauzienne.

De g.àd. Pierre Karl, Lucie Laurier, Jennifer Alleyn, Pascale Bussières, Marie-José Raymond

Quelle superbe projection. Un écran géant, des colonnes de son envergure rock et ces magnifiques images de Turpin adossées au crépuscule du ciel et de la mer. La magie Villeneuve. Un grand souffle de culture québécoise baignait la plage cannoise. À la fin de la projection, plusieurs cinéphiles, totalement conquis, vinrent nous entourer pour saluer notre travail, pour applaudir Pascale Bussières et serrer la main de ce Pierre Karl généreux dont la générosité permettait pareilles restaurations. Et dans ce groupe, se trouvaient six ou sept étudiants en cinéma du CEGEP de Saint-Hyacinthe, avec leur professeur; ils avaient ramassé leur argent pour se permettre ce bain de cinéma au Festival de Cannes. Leur témoignage émouvant : «c’est le plus beau film que nous ayons vu à Cannes. Sérieux!»

Quelques moments plus tard, au bar du Majestic, où nous nous retrouvâmes tous les six, l’euphorie était à son comble. Nous étions tous aux anges. Mon portable sonna : Deis Villeneuve ( Jan Thijs)c’était Denis Villeneuve qui venait aux nouvelles de sa salle de montage à Los Angeles où il fignolait Blade Runner 2049. Il fut subitement à notre diapason, aussi réjoui et enthousiaste que nous de savoir que son premier long métrage venait de conquérir le vrai public de Cannes (celui qui n’a pas à être accrédité pour le cinéma sur la plage.)

À Washington.

CANADA NOW, la tournée de cinéma organisée en collaboration avec TIFF, pour marquer la célébration du 150e anniversaire du Canada, virée pour laquelle Éléphant a fourni plusieurs de ses films restaurés, n’avait pourtant pas songé à faire une place particulière à Éléphant. C’est l’American Film Institute de Washington qui nous a fait l’honneur de nous inviter spécialement à présenter trois films restaurés et de nous entretenir ensuite avec le public. Les cinéphiles de Washington ont pu découvrir : Un 32 août sur terre, Les bons débarras et Léolo.

À Toronto.

Puis, ce fut au tour de Toronto de découvrir Éléphant !

D’abord l’invitation de l’Alliance Française, invitation qui nous est parvenue dès les premiers mois de 2017.  Mais ce n’est qu’au début de novembre que nous sommes allés présenter Léolo devant une salle comble et que nous nous sommes ensuite entretenus avec les spectateurs qui ont posé des dizaines de questions. On voulait tout savoir sur Éléphant, sur la restauration, sur les films québécois, les acteurs, les actrices. Notre Élyzabeth Walling, Mme INFOLETTRE Éléphant, a contribué beaucoup au succès de cette rencontre avec les medias et le public de Toronto.

Au Bell Light Box de TIFF.

Dix jours plus tard, à la mi-novembre, nous retournions à Toronto, cette fois en projection au Bell Light Box et invités par le Toronto International Film Festival. C’était une sorte de première du chef-d’œuvre de Francis Mankewicz et de Réjean Ducharme, Les bons débarras, puisque nous venions de faire remanier complètement les sous-titres anglais par Jean-Pierre Fournier, un des traducteurs de l’œuvre de Ducharme.

Nos meilleurs vœux pour 2018.

Comment ne pas offrir nos meilleurs vœux à tous ceux qui contribuent au succès d’Éléphant : Pierre Karl Péladeau, d’abord, puis Sylvie Cordeau, vice-présidente Philanthropie et commandites, Québecor; Pascal Laplante, gestionnaire de contenu du site WEB, Jérémie Lagacé, notre adjoint, et tous ces incomparable techniciens de Mels : Marc Lussier, coloriste, John Montégut, chef restaurateur, Bernard Gariépy-Strobl, restaurateur sonore, David Lavoie, coordonnateur. Sans oublier notre monteur pigiste attitré : Jérémie T. Fournier et Élyzabeth Walling, l’infolettre. Un petit regret : Virginie Valastro, notre ajdointe depuis le début, partie ailleurs dans la jungle du cinéma.

 

Photo Pierre Dury

Mais par-dessus tout, Marie-José Raymond et moi souhaitons qu’Éléphant rejoigne de plus en plus de cinéphiles et que ce chantier magnifique devienne les images qui feront connaître et aimer le Québec et les Québécois dans le monde entier.Quelle joie de partager Éléphant, toujours dans nos têtes, dans nos cœurs et… sur nos lèvres, cet Éléphant, devenu pour nous une si belle obsession. Qu’il devienne aussi la vôtre!