LE CINÉMA EST L’ARME LA PLUS FORTE

- 9 avril 2016

 

Travailler avec Scola et Ponti.

Lundi, le 11 avril, Eléphant et la Cinémathèque québécoise s’associent pour rendre hommage au célèbre cinéaste italien, Ettore Scola, décédé le 19 janvier dernier. À cette occasion, nous projetons – en première nord-américaine sur grand écran  – la version restaurée de Una Giornata Particolare, à mon avis le film le plus achevé du réalisateur et un des joyaux de la cinématographie italienne d’après-guerre. Et nous annonçons une collaboration, justement particulière, entre Éléphant, la Cinémathèque québécoise et le Musée national des beaux-arts du Québec.

Sophia et MarcelloLe tournage de Giornata a été fait presque exclusivement dans les immenses studios de Cinecitta, construits à la demande de Benito Mussolini qui les a inaugurés lui-même, le 21 avril 1937, avec à leur fronton le slogan suivant : Il cinema è l’arma più forte  (Le cinéma est l’arme la plus forte). C’est le duce et son fils Vittorio qui avaient conçu le projet de ces immenses studios qui allaient devenir Hollywood sur le Tibre.

Ce qu’il y a de spécial avec cette projection hommage de Giornata à la Cinémathèque, le 11, sur invitation seulement (elle sera suivie d’une projection publique, le lendemain 12 avril) c’est que ce film, Marie-José Raymond et moi y avons participé directement. Giornata est une coproduction Italie (70%) et Canada (30%). Marie-José était la productrice canadienne et Carlo Ponti, le producteur italien. Giornata est une des trois productions que Marie-José, une des premières productrices au Canada, a réalisé avec l’Italie.

Quant à moi, je devais assister Ettore Scola car, à l’origine, les gros plans du filmEttore Scola devaient aussi être tournés en anglais et je devais écrire ces dialogues anglais. C’est un peu pour cette raison que fut choisi John Vernon, acteur de Toronto, ayant déjà une petite notoriété aux USA.(Ce tournage anglais, Scola a décidé qu’il ne voulait pas s’en embarrasser et je vous dirai comment j’ai employé ensuite mon temps) La distribution du chef-d’œuvre de Scola comprenait aussi  Françoise Berdl’actrice Françoise Berd qui a joué le rôle de la concierge et Nicole Magny, qui avait d’abord été engagée pour travailler au département des costumes, mais que Scola a choisie pour interpréter la fille ainée de Sophia Loren, dans la famille de six enfants.

Dès notre arrrivée à Rome, nous avons rencontré Ponti qui, après thé et pandoro au boudoir, nous a ouvert la porte de son garage pour nous offrir une voiture, nous allions, après tout, passer trois mois à Rome. J’avais devant les yeux une mini Cooper et une grosse BMW. Je fais un geste vers la Cooper, mas Ponti, trop généreux, nous dit que nous serons à l’étroit et me refile la clé de la berline BMW. Trois mois de sport à se tortiller dans les lacets des rues romaines. Heureusement que Marie-José avait une bonne connaissance de Rome, où elle avait été pensionnaire au couvent, elle me pilotait et je tricotais notre BM avec assez de dextérité, dirais-je!

Première rencontre professionnelle.

DécorÀ Cinecitta pour faire connaissance avec Ettore Scola et les deux vedettes du film: Sophia Loren et Marcello Mastroianni, et faire le tour des décors. L’émotion vint surtout du fait, je crois, que nous étions l’un et l’autre de vrais admirateurs de Mastroianni et que l’immense statut de vedette de Sophia restait impressionnant. Mais, par-dessus tout, c’est le souvenir de la stupéfaction que nous eûmes en pénétrant dans l’immense studio où les architectes de Scola avaient reconstruit en entier un immeuble de six étages avec cour intérieure, cour extérieure, et tout. Plus ou moins bien insonorisé, l’espace de ce studio était simplement gigantesque. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque (années 70) Montréal n’était pas très bien dotée de plateaux de tournage et que ce que nous avions vu à Holllywood ne se comparait en rien au gigantisme de Cinecitta, en plein Rome! Par exemple, pour Scipion l’Africain (tourné en 37) on y avait fait entrer 6000 figurants, un troupeau d’éléphants, etc. Ben Hur et ses légendaires courses de chars a aussi été tourné à Cinecitta.

Le cinéma est l’arme la plus forte, comme l’avait compris Mussolini, mais c’est aussi l’arme la plus magique. Les films de cette époque sont aussi impressionnants que ceux d’aujourd’hui, mais sans écrans bleu ou vert, sans effets spéciaux, sans effets numériques, sans une armée de nerds derrière leurs écreans. C’était WYSIWYG…. avec l’ingéniosité des décorateurs et l’inspiration des artisans de plateau.

Il faut remarquer, en visionnant Giornata, les impressionnants mouvements de caméra qui partent de l’extérieur du building et qui se faufilent en grimpant jusque dans les appartements, tout cela dans les éclairages feutrés, subtils et presque monochromes de Pasqualino De Santis. Des déplacements de caméra quasi impossibles à réaliser dans des décors naturels. Cela dit, je m’en voudrais de ne parler que studio et technique pour un film aussi remarquable que Giornata, autant pour le scénario et le jeu des acteurs que pour la réalisation admirable de Scola. Scola avec qui j’aurais aimé travailler beaucoup plus étroitement si la décision n’avait pas été prise de ne pas avoir une partie du film tournée aussi en anglais. Voilà donc, je me suis occupé à d’autres choses.

Kidnapping Italian Style

Comme j’aurais plus de temps à moi et comme la gérance de la partie financière dont s’occupait Marie-José ne lui prenait pas tout son temps, nous discutâmes avec Carlo Ponti d’écrire et tourner une comédie qu’il coproduirait avec le Canada. Accord conclu.Pippo  Franco Il nous présente la vedette comique la plus populaire du moment, Pippo Franco. Une sorte de Fernandel italien qui joue, qui chante et qui écrit.

Nous nous installons pendant plus d’un mois avec Pippo, chez lui et dans des cafés, pour écrire le scénario de ce film dont le titre de travail est Kidnapping Italian Style. Toutes les discussions se déroulent en italien (José parle plutôt bien et, moi, c’est une interprète qui parle à ma place!). Chaque soir, je couche sur papier (j’ai emprunté à l’ambasade américaine une machine à écrire avec le clavier Azerty) ce qui a été discuté durant la journée. Mais pendant que nous travaillerons d’arrache-pied à ce scénario de comédie (dans lequel doit jouer Tony Roman qui vient d’ailleurs nous faire coucou à Rome et qui passe un après-midi à visiter comme il les appelle: les hécatacombes!) il se passera dans le vrai monde des événements qui deviendront rédhibitoires pour la réalisation de notre projet. Alors que nous serions prêts à commencer la production, le premier ministre italien Aldo Moro est enlevé par les brigades rouges et trouvé mort après 55 jours de captivité. Bonjour la comédie!Aldo_Moro_headshot

Toute l’Italie pleure. Nous aussi. Nous quitterons Rome après des séjours de travail intenses, des rencontres fabuleuses et avec le souvenir d’avoir participé à un film remarquable, un film tellement universel: Una Giornata Particolare. À Cannes Classics, au cours de son master class, Sophia Loren a répondu à une question de Marie-José que Giornata était son préféré de tous les films qu’elle a tournés.

Le 12 avril, rendez-vous à la Cinéthèque, boul. De Maisonneuve. La séance est publique.

 

Une histoire triste.

P.S. Dans ce blogue qui est réservé sur Éléphant, j’avais annoncé que je reviendrais sur l’affaire Claude Jutra. Je souhaitais lire d’abord la bio de Yves Lever, c’est fait. Je souhaitais aussi que la poussière retombe et que les esprits reviennent à une certaine sagesse. Le sujet demeure encore pour le moment dans mon collimateur.

LES DÉFAILLANCES DE L’ÂME

- 24 février 2016

L’affaire Jutra, de plus loin.

Claude JutraLa semaine dernière, j’avais commencé un blogue, après avoir su que les écarts indéfendables rapportés par Yves Lever dans sa biographie sur Claude Jutra n’étaient pas que des ragots, mais que la pédophilie du cinéaste, un de mes amis, était confirmée par le témoignage d’une de ses victimes (identifiée comme Jean), puis par une autre, Bernard Dansereau, qui s’est manifestée durant le week-end. Et depuis ce temps, j’ai eu moi-même la confirmation d’une autre victime, un garçon de onze ans, à l’époque, dont les parents étaient dans le cinéma.

Le blogue commencé, je l’ai arrêté, car toute cette affaire était devenue tels miasmes qu’il était trop tôt pour écrire sensément, raisonnablement et intelligemment là-dessus, et trop tôt aussi pour continuer à commenter. Il suffisait d’avoir écouté Tout le monde en parle ou le Culture Club de René-Homier-Roy pour se rendre compte que personne ne sortait gagnant ou grandi de commenter ce drame qui a fait en deux jours un paria de Claude Jutra, qui a remué pour les victimes d’indicibles souvenirs, qui a a permis à deux d’entre elles de raconter leurs secrets – en espérant que cela les aide à guérir – et qui a poussé des imbéciles à vandaliser la sculpture de Charles Daudelin, comme si ce dernier y était pour quoi que ce soit.Photo: Le Devoir

J’attendrai un mois avant de revenir sur ce sujet, car je ne peux m’empêcher de le faire. Parce que Jutra a été un ami et qu’il combattait des démons que nous ne soupçonnions pas. Parce que Jutra fait partie de l’histoire de notre cinéma. Parce que ses victimes méritent notre compassion et notre attention.

DE VRAIES ÉTRENNES D’ÉLÉPHANT

- 3 janvier 2016

Un cadeau magnifique.

Il faut bien le dire (et parfois… le répéter) Éléphant, mémoire du cinéma québécois est un cadeau magnifique, somptueux. Un cadeau qui grandit chaque année puisque les films s’additionnent sur les plates-formes numériques et qu’il y en a maintenant plus de 225, restaurés, pimpants et visibles à toute heure du jour ou de la nuit. Il suffit de visiter la vidéo à demande illico de Vidéotron ou encore de se rendre sur iTunes dans la case : Films en Français et de là sur Éléphant, et ce partout dans le monde où le français ou l’anglais est une des langues officielles.PIERRE DION, PDG de Québecor

Ce cadeau royal (environ 22 millions$ ont été investis depuis huit ans en frais techniques et en valeur publicitaire) nous le devons à Québecor, dont le président-directeur général, Pierre Dion, a renouvelé, lors des célébrations d’Éléphant ClassiQ, en novembre dernier, l’attachement de sa société envers ce gros animal de projet, la plus importante contribution philanthropique au Québec dans le domaine de la culture. Et Pierre Dion a bien réitéré qu’il désirait continuer pour longtemps sur la lancée d’un projet dont l’idée de départ revient à Pierre Karl Péladeau, son prédécesseur chez Québecor.

Pierre Karl PéladeauÇa nous trotte souvent dans le ciboulot, Marie-José et moi, l’ampleur de ce chantier dans lequel Pierre Karl et son bras-droit d’alors, Luc Lavoie, nous ont lancés lorsqu’ils nous ont confié cette aventure qui ne portait pas encore de nom et qui est devenu Éléphant parce que nous lui voulions un vocable ludique et dont on se souviendrait aisément, comme du lion de la Metro Goldwyn Mayer qui rugissait jadis au début de chacun de leurs films.

Éléphant a maintenant pris sa place lui aussi dans la jungle du cinéma. On le remarque, on en parle, on le récompense. En effet, quelle reconnaissance pour Éléphant d’avoir vu ses films sélectionnés deux fois d’affilée à Cannes Classics, deux fois au Festival Lumière de Lyon et, en novembre dernier, au Musée d’Art Moderne de New York à son événement To Save and Project.

Cela écrit, rien ne me fait plus plaisir que lorsque je vais, comme le 30 décembre dernier, à la Canadian Tire, à Granby, et que l’un des commis vient me serrer la main pour me raconter comment Éléphant le réjouit et comment il s’en sert comme outil de culture pour ses enfants. «Autrement, dit-il, comment aurais-je pu leur montrer les films que j’ai aimés, qui m’ont marqué et qui leur permettent maintenant de comprendre les années de ma propre jeunesse et de se former une identité.»

Restaurer, rendre accessible

C’est ça la grande mission d’Éléphant. Et pour remplir cette mission, l’équipe Éléphant (sauf les techniciens du numérique) se compte sur les doigts d’une main, ce qui me permet de les remercier individuellement sans outrancièrement encombrer cette chronique.Marie-José Raymond (Photo Pierre Dury)

La première que je tiens à remercier, c’est Marie-José Raymond, une tenace, une acharnée, une consciencieuse, méticuleuse, exigeante, une fanatique du travail bien fait. Et un œil d’épervier, celle-là! Pas une rayure, pas un sautillement d’image, pas une poussière, rien ne lui échappe lorsqu’elle fait avec les techniciens l’ultime vérification des films avant qu’ils ne soient versés sur illico ou sur iTunes. Une inspection tyrannique que je suis impuissant à faire parce que j’ai la manie de me laisser prendre par le film et d’ignorer facilement un léger dérèglement de pixels.

Mais ce sont les tâches en amont où elle est particulièrement remarquable. Chercher les détenteurs de droits, plus difficiles à repérer que des aiguilles dans un tas de foin, dénicher les éléments propices à la numérisation et à la restauration, valider les contrats avec les différents intervenants, concevoir des solutions pour que les différentes associations (acteurs, réalisateurs, scénaristes, etc.) voient Éléphant comme une bête amie qui porte sur son dos l’histoire de soixante ans de cinéma québécois de fiction.

Marie-José, c’est aussi le «règne de la beauté». Elle se bataille constamment pour que tout ce que Éléphant produit graphiquement et visuellement soit le plus esthétique, harmonieux et soua-soua possible. (Mais, malgré ses efforts, elle ne réussit pas toujours!)

Le trait-d’union avec Québecor

Sylvie Cordeau Depuis les débuts d’Éléphant, nous avons eu presque toujours les coudées franches. Difficile d’entretenir de meilleures relations qu’avec un mécène qui fait confiance et qui apprécie franchement le travail accompli. Cela ne veut pas dire que nous ayons la bride sur le cou. Quelqu’un tient les cordeaux (pardon, elle était trop facile) : c’est Sylvie Cordeau, vice-présidente, Philanthropie et commandites. Sylvie fait partie de Québecor depuis toujours, je crois, elle y a commencé presque au sortir de ses études de droit. Sylvie, un peu rigide, vive, intelligente et québecorienne «to the core» constitue le trait-d’union entre nous, les artisans d’Éléphant, et Québecor. Elle négocie les budgets avec la direction, relaie les idées, les initiatives, en prend elle aussi, bref elle contribue parfois à contenir un peu notre éléphant toujours très fringant, considérant qu’il sort à peine de l’adolescence et qu’il peut être porté par-ci par-là à s’écarter des contenances corporatives… traditionnelles. Mme Lise Gascon, adjointe de Sylvie, veille, elle aussi, à ce que l’éléphant soit nourri, que l’eau reste limpide dans son abreuvoir, enfin tout pour l’empêcher de barrir pour rien.

Notre geek surdouée

Virginie ValastroVirginie Valastro, une canado-italienne, aux yeux pétillants, était fraîche émoulue de Concordia lorsqu’elle vint frapper à la porte du bureau de production du film The Book of Eve, en 2001. Elle accepterait n’importe quoi et elle devint réceptionniste. Elle ne resta pas longtemps à répondre aux téléphones, Marie-José Raymond, la productrice, ayant noté son intelligence et sa vivacité. Book of Eve fut une sorte de cauchemar, lorsque une partie du financement britannique s’effondra à la suite de 9/11. Des contrats (pay-or-play) étaient signés avec les principaux acteurs, les décors étaient construits, et 1 million$ venait de s’évaporer. Marie-José consulta son bon ami André Link qui essaya de la réconforter en disant : «Tu es au sommet d’une côte à-pic, au volant d’un gros camion qui n’a plus de freins… mais heureusement tu sais bien conduire, j’ai confiance».

Durant cette descente vertigineuse qui, heureusement, se termina bien, Virginie veilla sans cesse aux côtés de la conductrice, épluchant contrats, appelant avocats, et la nourrissant régulièrement de dattes puisqu’elle ne pouvait pas quitter le volant. Un assistant de production plutôt discourtois remit à un moment une nouvelle boite de dattes à Virginie en murmurant : «Tiens, c’est pour le singe!».

Virginie est restée avec nous plusieurs années, puis elle est allée œuvrer dans d’autres maisons de production, mais depuis les débuts d’Éléphant, en 2008, la geek qu’elle est devenue, y revient toujours; elle a aidé à concevoir et monter la banque de données, et, à temps partiel, continue – secondée par l’ingénieux Daniel Rodrigue – à aplanir beaucoup des embûches que le numérique et l’informatique sèment sur la route d’Éléphant.

Webmestre et marathonien

Pascal LaplantePascal Laplante, le webmestre d’Éléphant, s’entraîne maintenant pour devenir marathonien. Je ne comprends pas exactement pourquoi d’ailleurs il a commencé à courir : peut-être pour prendre ses distances du web, rester en forme et humer l’air du dehors, lui qui passe quatre jours par semaine à bourdonner dans sa petite alvéole au siège social de Québecor afin de garder frais le site elephant.canoe.ca, un trésor d’informations, de données, de dossiers spéciaux, de vidéos sur le cinéma québécois, ses créateurs et ses artisans. Et c’est aussi Pascal qui voit à la publication, depuis quatre ans, du Répertoire Éléphant, un catalogue en couleur tiré à plus d’un demi-million d’exemplaires qui fournit toute l’information sur les films restaurés et diffusés par Éléphant. Pascal a beaucoup de qualités, mais celle que je lui préfère entre toutes, c’est sa connaissance du français. Voilà un type qui écrit bien, ce qui est encore plus rare aujourd’hui qu’un marathonien.

Marie-Claude AsselinEt lorsque les besoins de communications deviennent trop intenses, nous avons recours à Marie-Claude Asselin, MCA pour faire court. Visage un peu rond, rose et appétissant comme un bonbon, un sourire presque perpétuel et des yeux toujours vaguement moqueurs, Marie-Claude est infatigable et d’une patience qui m’a semblé infinie, jusqu’à présent. Comment elle réussit à faire un faisceau de toutes les notes et directives (parfois divergentes) qu’elle reçoit? je ne le sais toujours pas, mais ce doit être cela une Dame des Communications.

Et toi, l’octogénaire?

Eh bien moi, Éléphant me donne l’occasion de travailler aussi fort que si j’avais la moitié de mon âge et surtout la chance qui n’arrive pas souvent à cet âge de maîtriser des techniques nouvelles et difficiles. Depuis huit ans, j’apprends! Et c’est formidable. Dans toute restauration numérique, un des aspects les plus importants, c’est l’étalonnage couleur : restituer aux films qu’ils soient en noir et blanc ou en couleur leur beauté d’origine, l’améliorer même, puisque les moyens à notre disposition sont cent fois plus sophistiqués que lorsque j’ai commencé dans le cinéma, il y a maintenant 61 ans.

Je suis en quelque sorte la mémoire vivante d’Éléphant.

Pas un jour que je n’invoque le ciel de continuer à retrouver assez facilement ce que j’ai donné en garde à ma mémoire. Et de continuer à voir ces belles choses créées par le cinéma.

 

 

PASSER À CÔTÉ D’UN ÉLÉPHANT ET LE RATER, FAUT PAS ÊTRE CURIEUX

- 13 décembre 2015

Éléphant ClassiQ 2015

Il faut que je vous entretienne un peu d’Éléphant ClassiQ 2015, car s’il y en a beaucoup qui ont suivi l’événement, du 19 au 22 novembre dernier, il y en a encore plus qui sont passés à côté sans le voir ou qui n’ont pas eu la curiosité de venir plus près, de s’enquérir de cette nouvelle bête. (Heureusement, car nous aurions manqué de place au Cinéma Impérial et à la Cinémathèque où avaient lieu les projections sur grand écran de ces immortels classiques du cinéma francophone, restaurés, vifs et lumineux comme s’ils venaient de naître.)

Mais ce n’est pas tout, il y avait aussi à la salle Pierre-Bourgault, de l’UQÀM, dans l’ex-robothèque de l’Office national du film, des rencontres passionnantes sur la restauration et la diffusion, sur la place des femmes au cinéma et sur les techniques de la résurrection des images. Enfin, une dernière rencontre que nous avions intitulée: Perrault et Brault, les frères siamois, où la présence de Yolande Simard-Perreault, veuve du cinéaste, a certainement animé la discussion. J’ai tout de suite pensé à Shakespeare qui écrivait: «Si un homme n’érige pas son propre tombeau avant de mourir, il risque de n’avoir pas un monument plus durable que le tintement de la cloche et les pleurs de sa veuve». Note: je reviendrai dans un prochain blogue sur ces rencontres.

 Philanthropie remarquable de Québecor

Pierre Dion, PDG QuébecorTout comme Éléphant, mémoire du cinéma québécois, Éléphant ClassiQ n’aurait pu naître sans l’implication exemplaire de Québecor et les gestes philanthropiques qu’elle pose depuis les débuts d’Éléphant, il y a huit ans. Non seulement, tout l’argent recueilli par la location des films québécois sur Éléphant est retourné aux ayants-droit, mais Québecor a accepté de s’impliquer dans cet événement, unique au Canada, la présentation sur grand écran de films restaurés du monde entier. Le président-directeur de Québecor, M. Pierre Dion, n’a pas manqué, lorsqu’il a pris la parole devant le parterre du cinéma Impérial, de noter la taille de l’envoppe que son entreprise consacre chaque année pour soutenir la culture, au Québec, et en particulier la mémoire du cinéma québécois, un geste remarquable initié par son prédécesseur, Pierre Karl Péladeau.

 Le prix Mary-Pickford

Le moment le plus magique de Éléphant ClassiQ 2015 aura été, selon moi, l’attribution pour la première fois du prix Mary-Pickford, à l’actrice québécoise Geneviève Bujold. Ce prix, que vient de créer Éléphant ClassiQ, sera décerné chaque année à une femme qui s’est illustrée internationalement dans l’univers du cinéma, qu’elle soit actrice, productrice, réalisatrice ou scénariste. Nous sommes d’autant plus fiers que Geneviève ait, malgré son quant-à-soi un peu farouche, accepté d’être honorée ainsi, car il se passera sans doute beaucoup de temps avant qu’une autre Québécoise soit aussi méritoire. Geneviève a tourné dans 70 films, elle a une carrière internationale et a été en nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice. Elle a joué aux côtés de Richard Burton, de Yves Montand, de Katherine Hepburn et tourné au Québec des films aussi importants que la trilogie de Paul Almond ou que Kamouraska de Claude Jutra. Éléphant ClassiQ avait choisi pour lui présenter le prix Mary-Pickford le soir de la première mondiale du film restauré Entre la mer et l’eau douce, premier long métrage de Michel Brault et son premier, elle aussi.

Remise du Prix Mary-PickfordCe prix, créé avec la complicité de la Mary Pickford Foundation, basée à Los Angeles, Sloan DeForest, directrice de la fondation et moi l’avons remis à Geneviève qui a été ovationnée par la salle remplie, au Cinéma Impérial. Comme on dit en informatique, la récompense était un alias, car le prix est si neuf que son design en a été confié à Anne Pritchard qui le concevra dans les prochains mois.

Il est intéressant de juxtaposer les carrières de Pickford et de Bujold, ces deux illustres femmes de cinéma, et de noter ce qui les apparie et ce qui les distingue l’une de l’autre. Tout d’abord, l’une et l’autre sont d’origines modestes; Pickford est née à Toronto, le 8 avril 1892, d’une mère immigrée irlandaise et d’un père méthodiste qui arrivait à peine à joindre les deux bouts comme factotum: mille métiers, mille misères! Genèviève est issue d’un père québécois et d’une mère irlandaise; elle vient du quartier Hochelaga, à Montréal, où dans un couvent catholique elle a reçu une éducation très stricte avant d’être admise au Conservatoire d’Art dramatique de Montréal.

Mary Pickford dans Little Annie RooneyAprès la mort prématurée de son mari, Charlotte, la mère de Mary Pickford, doit travailler comme danseuse à Toronto et prendre des pensionnaires. L’un d’eux fait jouer un petit rôle à Mary, qui n’a que 7 ans dans une production au Théâtre Princess. Quelques années plus tard,  Mary Pickford, sa mère, son frère et sa sœur ont eu la piqûre de la scène et font des tournées à travers l’Ontario. Ambitieuse et déterminée, Mary se donne alors six mois pour décrocher un premier rôle à Broadway, sinon elle abandonne tout. Elle ne décroche qu’un deuxième rôle, mais elle est tout de suite remarquée par l’«inventeur» de Hollywood, le génial D.W. Griffith qui tombe sous le charme de la jeune actrice, une adolescente de quinze ans qui comprend déjà et d’instinct que la comédie pour l’écran est plus simple et intime que le jeu ampoulé de l’époque.

Dès sa sortie du conservatoire, Geneviève Bujold est réclamée par le théâtre et c’est à Paris alors qu’elle tourne avec le Rideau-Vert que la mère d’Alain Renais qui va commencer un film suggère à son fils de jeter un coup d’œil sur cette nouvelle petite Geneviève Bujold (Entre la mer et l'eau douce)actrice québécoise. N’écoutant que sa mère et son flair, Resnais confie aussitôt à Geneviève le rôle principal de La guerre est finie aux côtés de Yves Montand. Pour Geneviève qui vient de tourner son premier long métrage dans le premier long métrage de Michel Brault, Entre la mer et l’eau douce, une carrière fulgurante s’amorce: coup sur coup, elle tourne le film culte de de Broca: Le roi de cœur, puis avec Louis Malle dans Le Voleur. Elle enchaîne avec des films de Paul Almond, devenu son mari, puis tourne aux États-Unis Anne of a Thousand Days aux côtés de Richard Burton. Nomination aux Oscars comme meilleure actrice. La Universal où elle est sous contrat lui propose aussitôt Mary, Queen of Scots. Elle se câbre: «Je serai encore reine, avec le même producteur, le même réalisateur, les mêmes costumes et la même moi, merci». Elle plante-là Universal qui lui intente une poursuite de 750,000$ pour bris de contrat et file en Grèce jouer dans Les Toyennes de Cacoyannis. Son rôle de Cassandre éblouit la sévère critique Pauline Kaël qui prévoit déjà que la jeune actrice québécoise fera des prodiges. Geneviève, ces grandes choses, elle les a réalisées, à sa manière et selon ses volontés. Depuis des années, entre ses tournages qu’elle choisit avec circonspection, elle vit dans une petite maison, à Malibu, et contemple le Pacifique.

Mary Pickford n’était pas si différente, elle non plus. Fatiguée d’être comme une marionnette dont les producteurs tiraient les ficelles, elle fonde en 1919 la United Artists (Artistes associés) avec D.W. Griffith, Charlie Chaplin et Douglas Fairbanks et décide de prendre ainsi le contrôle total de sa vie. Elle s’associe également à la fondation de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, mère des Oscars!

Ce ne pourrait être plus approprié que cette indocile Geneviève Bujold reçoive le premier Prix Mary-Pickford, un prix qui porte le nom d’une femme de cinéma, indépendante elle aussi, et qui a été la plus grande star du cinéma muet mondial.

Les 120 ans de Gaumont

Une magnifique exposition relatant la longue histoire de la Gaumont a été installée dans le hall de la Cinémathèque québécoise, pendant la durée d’Éléphant ClassiQ, un temps bien trop court, considérant la splendeur de cette histoire en affiches de la plus vieille société de cinéma au monde. Il est bien triste qu’il n’ait pas été dans les cartons de la Cinémathèque de la conserver plus longtemps, car cette expo ne peut être reconstituée; ces affiches à cause des droits d’auteur ont dû être déchiquetées à la fin de l’exposition. D’autant plus triste que l’expo installée par Gestev est une des plus belles qu’ait accueillie depuis longtemps la cinémathèque du boulevard de Maisonneuve. Il y en avait de toutes les décennies, à compter d’une affiche de l’ère Louis Feuillade. Les trésors de Gaumont.Nicolas Seydoux (Photo Mata-Hari)

«Gaumont est née avec le cinéma et a traversé toutes les crises vécues par le cinéma et la France; cela signifie deux guerres, la décolonisation, et au minimum une crise économique majeure», c’est ce que déclare de sa voix calme, mais assurée, M. Nicolas Seydoux, le président de cette société qui existe comme le précise son slogan «depuis que le cinéma existe».

C’est dans un article de Raphaëlle Bacqué du journal Le Monde qui date de deux ans que j’ai appris que Nicolas Seydoux avait commencé sa carrière comme analyste financier chez Morgan Stanley, à New York avant que deux vieux amis de Sciences Po, Daniel Toscan du Plantier, publicitaire, et Jean-Pierre Rassam, producteur, le convainquent de racheter Gaumont à son frère Jérôme. C’est vrai, comme l’écrit Bacqué que Nicolas Seydoux «n’a rien d’un patron et encore moins d’un producteur», je dirais plutôt que c’est un homme de velours, sobre, discret, dans des tons chauds mais brillants et clairs (clair pour lucide). Mais ce velours peut aussi avoir son côté rêche, Nicolas Seydoux a sur beaucoup de sujets une opinion qu’il partage avec passion et humour (parfois grinçant). Sur le cinéma français, il est intarissable, il le sait sur le bout des doigts, il le raconte avec verve et maintenant qu’il s’occupe, comme il dit: «du passé de Gaumont» il connait mieux que quiconque tous les recoins de la restauration comme les vertus et les traquenards du numérique. Son esprit vif, sa curiosité et son enthousiasme me font penser que ce magnifique septuagénéraire n’est qu’«à mi-parcours» pour reprendre le titre des mémoires d’un de ses amis, André Rousselet.

 Début d’un long parcours?

Nicolas Seydoux ouvre Éléphant ClassiQLa première véritable édition de Éléphant ClassiQ a été ouverte officiellement par Nicolas Seydoux et la réalisatrice Danièle Thompson qui était aussi la scénariste du film d’ouverture La folie des grandeurs, réalisé par son père Gérard Oury, en 1971, une production Gaumont évidemment.

Éléphant ClassiQ, un rejeton de Éléphant, mémoire du cinéma québécois, a une mission: faire connaître les classiques restaurés d’autres pays et les projeter sur grand écran. Cette année, c’étaient les films des pays francophones et, en 2016, si Québecor poursuit cette œuvre philanthropique exceptionnelle, les films restaurés de l’Italie seront à l’honneur.

Danièle Thompson ouvre Éléphant ClassdiQDanièle Thompson a délaissé deux jours le montage du film qu’elle vient de réaliser pour venir à Montréal ouvrir Éléphant ClassiQ et commenter son travail de scénariste sur La folie. Un scénario original, mais très inspiré du Ruy Blas de Victor Hugo. Le film qu’elle vient de tourner, Cézanne et moi, eh bien c’est la correspondance entre Émile Zola et Cézanne, une relation épistolaire qui a duré près de quarante ans entre ces deux hommes et qui a été rompue brutalement lorsque Zola a fait paraître L’œuvre en 1886, un roman sur la vie bohème des peintres de l’époque. C’est sur cette rupture dramatique que Thompson a échafaudé son scénario dont elle termine le montage.

Éléphant ClassiQ restera aussi mémorable pour la place qu’il a faite à Alice Guy, première femme cinéaste au monde. Cet hommage, qui a donné lieu à la reprise du film de Marquise Lepage, Le jardin oublié, fera également l’objet d’un futur blogue.

Denis Héroux

Depuis que j’ai commencé ce blogue, j’ai appris la mort de Denis Héroux, un ami de longtemps et même un ancien associé à la belle époque d’Onyx Films. Denis n’était pas le meilleur réalisateur – il le reconnaissait lui-même – mais il s’est avéré par la suite un producteur audacieux, ambitieux et visionnaire. Denis avait compris l’art des montages financiers, l’art de joindre ensemble les forces vives d’une production et l’art de vendre une salade. Ces talents-là lui ont permis de produire et co-produire de très grands films comme Atlantic City (Louis Malle), Le sang des autres et Violette Nozière (Chabrol), À nous deux (Claude Lelouch), La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud), The Little Girl Who Lives Down The Lane (Nicolas Gessner), Le Matou (Jean Beaudin), Les Plouffe (Gilles Carle) etc. etc. Il aura aussi été le mentor de Justine Héroux qui produira elle-même plusieurs films par la suite.

Denis Héroux

Denis Héroux ne manquait pas d’une certaine arrogance, disons qu’il avait beaucoup d’assurance. Il arrivait habilement à faire rêver des investisseurs et à dénicher ensuite des réalisateurs qui rêvaient avec lui de faire le film de leur vie. Il était franchement intelligent et possédait un sens de l’analyse peu commun. Et il voyait grand. Est-ce pour cela qu’on l’a constamment sous-estimé? Que les chapelles du cinéma québécois l’ont presque toujours ignoré? Prix du Québec pour lui? Médaille de l’Assemblée nationale? Jamais de la vie. On trouve toujours quelqu’un de plus méritant. Moi, pas!

Salut, Denis.

LE LYON LE PLUS VORACE

- 25 octobre 2015

Un festival pour tous

Le dompteurJe ne sais pas si c’est Thierry Frémaux (ce doit être lui, il trouve toujours tout!) qui a dégotté pour le Festival Lumière ce slogan «un festival pour tous» aussi anodin et désarmant que certains des guerres de jadis comme «Pourvu que l’arrière tienne!» ou encore «Taisez-vous, les murs ont des oreilles» mais l’incroyable voracité de Lyon pour le cinéma a donné à cette bricole de slogan l’impétuosité d’un commandement, la gravité d’une devise.

En seulement sept ans, le Festival Lumière (ne pas confondre avec la Fêtes des Lumières que la ville célèbre au mois de décembre en l’honneur de la Vierge Marie, depuis 1852) s’est répandu comme la peste dans Lyon, qu’il faut désormais appeler: la Métropole du Grand Lyon. Au fait, Lyon s’était placée sous la protection de la Vierge, dès le dix-septième siècle, alors que le sud de la France était touché par la peste. Mais il n’existe aucune protection divine contre la frénésie de Frémaux, responsable de l’épidémie de cinéma de patrimoine qui envahit, chaque automne, la troisième plus grande ville de France.

La démesure

Aucune des vingt-deux communes n’y échappe: 147 films en 358 séances. Personne n’est épargnée, pas plus les enfants malades dans les hôpitaux que les malfrats dans les prisons, l’Etna-Frémaux infiltre sa lave partout. Si bien qu’il n’y a de la place nulle part, quelle que soit la taille de la salle, si l’on peut vraiment appeler salle cette Halle Tony Garnier (des anciens abattoirs), avec sa gracieuse charpente métallique d’un seul tenant et ses 8000 places assises. Eh bien, le Festival Lumière ouvre là chaque année avec des centaines de spectateurs refoulés à la porte et désespérés de ne voir aucun samaritain brandir une paire de billets, leurs yeux brillant d’envie même pour les chanceux de la dernière rangée pour qui les plus grands noms du cinéma, aux premiers rangs du parterre, assis sur des chaises sans miséricorde, n’ont pas l’air plus gros que des poux.

Catalogue LumièreAu fil des ans, il s’est trouvé plantés là dans le plus grave des inconforts les Faye Dunaway, les Binoche, les Belmondo, les Eastwood comme les Tarantino et les Almodovar, tous tenus en haleine par un petit homme en noir, cheveux en brosse, dont les mots claquent comme des coups de fouet dans son micro sans fil. C’est Frémaux le dompteur, l’amuseur, le conteur, le calé en cinéma, le fou de vélo, de foot et de judo, une sorte de Louis Hémon qui n’aurait pas encore écrit son Maria ou son Battling Malone.

Ce cyclotron d’homme, qui a embrigadé derrière lui le maire Gérard Collomb et toutes les autres autorités gouvernantes, propulse des milliers de Lyonnais vers les dixaines de salles mobilisées par le Festival Lumière. Pendant ces huit jours, on dirait qu’il n’existe rien d’autre à Lyon que le cinéma de patrimoine. Trois millions de citoyens à qui on rappelle que le cinéma a été inventé dans leur ville, il y a maintenant 120 ans.

Rue du Premier-Film

Dans un hangar qui se trouvait alors au milieu de rien et qui, maintenant restauré de belle façon, est le joyau d’un quartier où les frères Lumière avaient aussi fait construire des résidences luxueuses dont l’une est devenue le quartier général de l’Institut Lumière. Tout cela situé maintenant sur une rue qui a été baptisée: Rue du Premier-Film. Pour n’importe qui dans le cinéma, poser le pied dans la rue du Premier-Film, c’est comme le chrétien qui entre dans la crèche de Bethléem. Indicible émotion. Les images qui bougent sont nées là, des images qui, depuis ce jour de 1895, enregistrent quotidiennement l’histoire de l’humanité.

Non seulement ce diable de Frémaux ouvre et clôture le Festival Lumière dans cette gigantesque Halle Tony Garnier, mais il en remet une couche pour la soirée de remise du Prix Lumière, celle-ci il la tient dans l’amphithéatre du Centre de Congrès, plus de 3000 places! Et là encore il faut consoler les malheureux refoulés qui se retrouvent un peu excentrés (sinon désorientés comme nous) dans ces espaces démesurés de la Cité internationale, conçue par Renzo Piano, entre une boucle du Rhône et le parc de la Tête d’Or. Cette Cité internationale est le fruit du travail de trois grands maires de Lyon: Michel Noir, Raymond Barre et l’actuel, Gérard Collomb. (C’est comme si Montréal avait eu trois Jean Drapeau d’affilée.)

You talkin’ to me?

L'endos du programmeComme les Français adorent de plus en plus se saupoudrer d’anglais, il était inévitable en cette année où l’on honorait Scorsese que l’on ne vît pas partout, imprimé sur les catalogues et projeté à l’écran, l’extrait de dialogue le plus célèbre de Taxi Driver, alors que Travis Bickle se regarde dans une glace et rêve à un clash qui lui permettrait enfin de dégainer son revolver:

_ You talkin’ to me? You talkin’ to me?

Then who the hell else are you talkin’ to?

Robert de NiroYou talkin’ to me?

Well, I’m the only one here. Who the fuck

do you think you’re talkin’ to?

L’utilisation de l’anglais est devenue une telle manie qu’il a fallu marteler plusieurs fois à l’animateur d’une table ronde à laquelle nous participions Marie-José Raymond et moi, que nous n’étions pas les dirigeants d’Elephanttt, mais bien d’É-LÉ-PHANT, éléphant comme éléphant, pas comme elephanttt. Il s’y est résigné, mais je percevais une certaine tristesse dans ses yeux: «C’est si beau elephanttt», murmura-t-il», désappointé.

Oui, mais si c’était ELEPHANTTT, est-ce que ça exprimerait aussi bien la mémoire du cinéma québécois?

Qu’importe! Éléphant et Elephanttt demeurent très reconnaissants envers le Festival de Cannes Classics et le Festival Lumière, les deux dirigés par Thierry Frémaux et ses équipes, d’avoir sélectionné des films que nous restaurons pour ces événements prestigieux.

MERCI BEAUCOUP, THANK YOU VERY MUCH.