PASSER À CÔTÉ D’UN ÉLÉPHANT ET LE RATER, FAUT PAS ÊTRE CURIEUX

- 13 décembre 2015

Éléphant ClassiQ 2015

Il faut que je vous entretienne un peu d’Éléphant ClassiQ 2015, car s’il y en a beaucoup qui ont suivi l’événement, du 19 au 22 novembre dernier, il y en a encore plus qui sont passés à côté sans le voir ou qui n’ont pas eu la curiosité de venir plus près, de s’enquérir de cette nouvelle bête. (Heureusement, car nous aurions manqué de place au Cinéma Impérial et à la Cinémathèque où avaient lieu les projections sur grand écran de ces immortels classiques du cinéma francophone, restaurés, vifs et lumineux comme s’ils venaient de naître.)

Mais ce n’est pas tout, il y avait aussi à la salle Pierre-Bourgault, de l’UQÀM, dans l’ex-robothèque de l’Office national du film, des rencontres passionnantes sur la restauration et la diffusion, sur la place des femmes au cinéma et sur les techniques de la résurrection des images. Enfin, une dernière rencontre que nous avions intitulée: Perrault et Brault, les frères siamois, où la présence de Yolande Simard-Perreault, veuve du cinéaste, a certainement animé la discussion. J’ai tout de suite pensé à Shakespeare qui écrivait: «Si un homme n’érige pas son propre tombeau avant de mourir, il risque de n’avoir pas un monument plus durable que le tintement de la cloche et les pleurs de sa veuve». Note: je reviendrai dans un prochain blogue sur ces rencontres.

 Philanthropie remarquable de Québecor

Pierre Dion, PDG QuébecorTout comme Éléphant, mémoire du cinéma québécois, Éléphant ClassiQ n’aurait pu naître sans l’implication exemplaire de Québecor et les gestes philanthropiques qu’elle pose depuis les débuts d’Éléphant, il y a huit ans. Non seulement, tout l’argent recueilli par la location des films québécois sur Éléphant est retourné aux ayants-droit, mais Québecor a accepté de s’impliquer dans cet événement, unique au Canada, la présentation sur grand écran de films restaurés du monde entier. Le président-directeur de Québecor, M. Pierre Dion, n’a pas manqué, lorsqu’il a pris la parole devant le parterre du cinéma Impérial, de noter la taille de l’envoppe que son entreprise consacre chaque année pour soutenir la culture, au Québec, et en particulier la mémoire du cinéma québécois, un geste remarquable initié par son prédécesseur, Pierre Karl Péladeau.

 Le prix Mary-Pickford

Le moment le plus magique de Éléphant ClassiQ 2015 aura été, selon moi, l’attribution pour la première fois du prix Mary-Pickford, à l’actrice québécoise Geneviève Bujold. Ce prix, que vient de créer Éléphant ClassiQ, sera décerné chaque année à une femme qui s’est illustrée internationalement dans l’univers du cinéma, qu’elle soit actrice, productrice, réalisatrice ou scénariste. Nous sommes d’autant plus fiers que Geneviève ait, malgré son quant-à-soi un peu farouche, accepté d’être honorée ainsi, car il se passera sans doute beaucoup de temps avant qu’une autre Québécoise soit aussi méritoire. Geneviève a tourné dans 70 films, elle a une carrière internationale et a été en nomination pour l’Oscar de la meilleure actrice. Elle a joué aux côtés de Richard Burton, de Yves Montand, de Katherine Hepburn et tourné au Québec des films aussi importants que la trilogie de Paul Almond ou que Kamouraska de Claude Jutra. Éléphant ClassiQ avait choisi pour lui présenter le prix Mary-Pickford le soir de la première mondiale du film restauré Entre la mer et l’eau douce, premier long métrage de Michel Brault et son premier, elle aussi.

Remise du Prix Mary-PickfordCe prix, créé avec la complicité de la Mary Pickford Foundation, basée à Los Angeles, Sloan DeForest, directrice de la fondation et moi l’avons remis à Geneviève qui a été ovationnée par la salle remplie, au Cinéma Impérial. Comme on dit en informatique, la récompense était un alias, car le prix est si neuf que son design en a été confié à Anne Pritchard qui le concevra dans les prochains mois.

Il est intéressant de juxtaposer les carrières de Pickford et de Bujold, ces deux illustres femmes de cinéma, et de noter ce qui les apparie et ce qui les distingue l’une de l’autre. Tout d’abord, l’une et l’autre sont d’origines modestes; Pickford est née à Toronto, le 8 avril 1892, d’une mère immigrée irlandaise et d’un père méthodiste qui arrivait à peine à joindre les deux bouts comme factotum: mille métiers, mille misères! Genèviève est issue d’un père québécois et d’une mère irlandaise; elle vient du quartier Hochelaga, à Montréal, où dans un couvent catholique elle a reçu une éducation très stricte avant d’être admise au Conservatoire d’Art dramatique de Montréal.

Mary Pickford dans Little Annie RooneyAprès la mort prématurée de son mari, Charlotte, la mère de Mary Pickford, doit travailler comme danseuse à Toronto et prendre des pensionnaires. L’un d’eux fait jouer un petit rôle à Mary, qui n’a que 7 ans dans une production au Théâtre Princess. Quelques années plus tard,  Mary Pickford, sa mère, son frère et sa sœur ont eu la piqûre de la scène et font des tournées à travers l’Ontario. Ambitieuse et déterminée, Mary se donne alors six mois pour décrocher un premier rôle à Broadway, sinon elle abandonne tout. Elle ne décroche qu’un deuxième rôle, mais elle est tout de suite remarquée par l’«inventeur» de Hollywood, le génial D.W. Griffith qui tombe sous le charme de la jeune actrice, une adolescente de quinze ans qui comprend déjà et d’instinct que la comédie pour l’écran est plus simple et intime que le jeu ampoulé de l’époque.

Dès sa sortie du conservatoire, Geneviève Bujold est réclamée par le théâtre et c’est à Paris alors qu’elle tourne avec le Rideau-Vert que la mère d’Alain Renais qui va commencer un film suggère à son fils de jeter un coup d’œil sur cette nouvelle petite Geneviève Bujold (Entre la mer et l'eau douce)actrice québécoise. N’écoutant que sa mère et son flair, Resnais confie aussitôt à Geneviève le rôle principal de La guerre est finie aux côtés de Yves Montand. Pour Geneviève qui vient de tourner son premier long métrage dans le premier long métrage de Michel Brault, Entre la mer et l’eau douce, une carrière fulgurante s’amorce: coup sur coup, elle tourne le film culte de de Broca: Le roi de cœur, puis avec Louis Malle dans Le Voleur. Elle enchaîne avec des films de Paul Almond, devenu son mari, puis tourne aux États-Unis Anne of a Thousand Days aux côtés de Richard Burton. Nomination aux Oscars comme meilleure actrice. La Universal où elle est sous contrat lui propose aussitôt Mary, Queen of Scots. Elle se câbre: «Je serai encore reine, avec le même producteur, le même réalisateur, les mêmes costumes et la même moi, merci». Elle plante-là Universal qui lui intente une poursuite de 750,000$ pour bris de contrat et file en Grèce jouer dans Les Toyennes de Cacoyannis. Son rôle de Cassandre éblouit la sévère critique Pauline Kaël qui prévoit déjà que la jeune actrice québécoise fera des prodiges. Geneviève, ces grandes choses, elle les a réalisées, à sa manière et selon ses volontés. Depuis des années, entre ses tournages qu’elle choisit avec circonspection, elle vit dans une petite maison, à Malibu, et contemple le Pacifique.

Mary Pickford n’était pas si différente, elle non plus. Fatiguée d’être comme une marionnette dont les producteurs tiraient les ficelles, elle fonde en 1919 la United Artists (Artistes associés) avec D.W. Griffith, Charlie Chaplin et Douglas Fairbanks et décide de prendre ainsi le contrôle total de sa vie. Elle s’associe également à la fondation de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, mère des Oscars!

Ce ne pourrait être plus approprié que cette indocile Geneviève Bujold reçoive le premier Prix Mary-Pickford, un prix qui porte le nom d’une femme de cinéma, indépendante elle aussi, et qui a été la plus grande star du cinéma muet mondial.

Les 120 ans de Gaumont

Une magnifique exposition relatant la longue histoire de la Gaumont a été installée dans le hall de la Cinémathèque québécoise, pendant la durée d’Éléphant ClassiQ, un temps bien trop court, considérant la splendeur de cette histoire en affiches de la plus vieille société de cinéma au monde. Il est bien triste qu’il n’ait pas été dans les cartons de la Cinémathèque de la conserver plus longtemps, car cette expo ne peut être reconstituée; ces affiches à cause des droits d’auteur ont dû être déchiquetées à la fin de l’exposition. D’autant plus triste que l’expo installée par Gestev est une des plus belles qu’ait accueillie depuis longtemps la cinémathèque du boulevard de Maisonneuve. Il y en avait de toutes les décennies, à compter d’une affiche de l’ère Louis Feuillade. Les trésors de Gaumont.Nicolas Seydoux (Photo Mata-Hari)

«Gaumont est née avec le cinéma et a traversé toutes les crises vécues par le cinéma et la France; cela signifie deux guerres, la décolonisation, et au minimum une crise économique majeure», c’est ce que déclare de sa voix calme, mais assurée, M. Nicolas Seydoux, le président de cette société qui existe comme le précise son slogan «depuis que le cinéma existe».

C’est dans un article de Raphaëlle Bacqué du journal Le Monde qui date de deux ans que j’ai appris que Nicolas Seydoux avait commencé sa carrière comme analyste financier chez Morgan Stanley, à New York avant que deux vieux amis de Sciences Po, Daniel Toscan du Plantier, publicitaire, et Jean-Pierre Rassam, producteur, le convainquent de racheter Gaumont à son frère Jérôme. C’est vrai, comme l’écrit Bacqué que Nicolas Seydoux «n’a rien d’un patron et encore moins d’un producteur», je dirais plutôt que c’est un homme de velours, sobre, discret, dans des tons chauds mais brillants et clairs (clair pour lucide). Mais ce velours peut aussi avoir son côté rêche, Nicolas Seydoux a sur beaucoup de sujets une opinion qu’il partage avec passion et humour (parfois grinçant). Sur le cinéma français, il est intarissable, il le sait sur le bout des doigts, il le raconte avec verve et maintenant qu’il s’occupe, comme il dit: «du passé de Gaumont» il connait mieux que quiconque tous les recoins de la restauration comme les vertus et les traquenards du numérique. Son esprit vif, sa curiosité et son enthousiasme me font penser que ce magnifique septuagénéraire n’est qu’«à mi-parcours» pour reprendre le titre des mémoires d’un de ses amis, André Rousselet.

 Début d’un long parcours?

Nicolas Seydoux ouvre Éléphant ClassiQLa première véritable édition de Éléphant ClassiQ a été ouverte officiellement par Nicolas Seydoux et la réalisatrice Danièle Thompson qui était aussi la scénariste du film d’ouverture La folie des grandeurs, réalisé par son père Gérard Oury, en 1971, une production Gaumont évidemment.

Éléphant ClassiQ, un rejeton de Éléphant, mémoire du cinéma québécois, a une mission: faire connaître les classiques restaurés d’autres pays et les projeter sur grand écran. Cette année, c’étaient les films des pays francophones et, en 2016, si Québecor poursuit cette œuvre philanthropique exceptionnelle, les films restaurés de l’Italie seront à l’honneur.

Danièle Thompson ouvre Éléphant ClassdiQDanièle Thompson a délaissé deux jours le montage du film qu’elle vient de réaliser pour venir à Montréal ouvrir Éléphant ClassiQ et commenter son travail de scénariste sur La folie. Un scénario original, mais très inspiré du Ruy Blas de Victor Hugo. Le film qu’elle vient de tourner, Cézanne et moi, eh bien c’est la correspondance entre Émile Zola et Cézanne, une relation épistolaire qui a duré près de quarante ans entre ces deux hommes et qui a été rompue brutalement lorsque Zola a fait paraître L’œuvre en 1886, un roman sur la vie bohème des peintres de l’époque. C’est sur cette rupture dramatique que Thompson a échafaudé son scénario dont elle termine le montage.

Éléphant ClassiQ restera aussi mémorable pour la place qu’il a faite à Alice Guy, première femme cinéaste au monde. Cet hommage, qui a donné lieu à la reprise du film de Marquise Lepage, Le jardin oublié, fera également l’objet d’un futur blogue.

Denis Héroux

Depuis que j’ai commencé ce blogue, j’ai appris la mort de Denis Héroux, un ami de longtemps et même un ancien associé à la belle époque d’Onyx Films. Denis n’était pas le meilleur réalisateur – il le reconnaissait lui-même – mais il s’est avéré par la suite un producteur audacieux, ambitieux et visionnaire. Denis avait compris l’art des montages financiers, l’art de joindre ensemble les forces vives d’une production et l’art de vendre une salade. Ces talents-là lui ont permis de produire et co-produire de très grands films comme Atlantic City (Louis Malle), Le sang des autres et Violette Nozière (Chabrol), À nous deux (Claude Lelouch), La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud), The Little Girl Who Lives Down The Lane (Nicolas Gessner), Le Matou (Jean Beaudin), Les Plouffe (Gilles Carle) etc. etc. Il aura aussi été le mentor de Justine Héroux qui produira elle-même plusieurs films par la suite.

Denis Héroux

Denis Héroux ne manquait pas d’une certaine arrogance, disons qu’il avait beaucoup d’assurance. Il arrivait habilement à faire rêver des investisseurs et à dénicher ensuite des réalisateurs qui rêvaient avec lui de faire le film de leur vie. Il était franchement intelligent et possédait un sens de l’analyse peu commun. Et il voyait grand. Est-ce pour cela qu’on l’a constamment sous-estimé? Que les chapelles du cinéma québécois l’ont presque toujours ignoré? Prix du Québec pour lui? Médaille de l’Assemblée nationale? Jamais de la vie. On trouve toujours quelqu’un de plus méritant. Moi, pas!

Salut, Denis.

LE LYON LE PLUS VORACE

- 25 octobre 2015

Un festival pour tous

Le dompteurJe ne sais pas si c’est Thierry Frémaux (ce doit être lui, il trouve toujours tout!) qui a dégotté pour le Festival Lumière ce slogan «un festival pour tous» aussi anodin et désarmant que certains des guerres de jadis comme «Pourvu que l’arrière tienne!» ou encore «Taisez-vous, les murs ont des oreilles» mais l’incroyable voracité de Lyon pour le cinéma a donné à cette bricole de slogan l’impétuosité d’un commandement, la gravité d’une devise.

En seulement sept ans, le Festival Lumière (ne pas confondre avec la Fêtes des Lumières que la ville célèbre au mois de décembre en l’honneur de la Vierge Marie, depuis 1852) s’est répandu comme la peste dans Lyon, qu’il faut désormais appeler: la Métropole du Grand Lyon. Au fait, Lyon s’était placée sous la protection de la Vierge, dès le dix-septième siècle, alors que le sud de la France était touché par la peste. Mais il n’existe aucune protection divine contre la frénésie de Frémaux, responsable de l’épidémie de cinéma de patrimoine qui envahit, chaque automne, la troisième plus grande ville de France.

La démesure

Aucune des vingt-deux communes n’y échappe: 147 films en 358 séances. Personne n’est épargnée, pas plus les enfants malades dans les hôpitaux que les malfrats dans les prisons, l’Etna-Frémaux infiltre sa lave partout. Si bien qu’il n’y a de la place nulle part, quelle que soit la taille de la salle, si l’on peut vraiment appeler salle cette Halle Tony Garnier (des anciens abattoirs), avec sa gracieuse charpente métallique d’un seul tenant et ses 8000 places assises. Eh bien, le Festival Lumière ouvre là chaque année avec des centaines de spectateurs refoulés à la porte et désespérés de ne voir aucun samaritain brandir une paire de billets, leurs yeux brillant d’envie même pour les chanceux de la dernière rangée pour qui les plus grands noms du cinéma, aux premiers rangs du parterre, assis sur des chaises sans miséricorde, n’ont pas l’air plus gros que des poux.

Catalogue LumièreAu fil des ans, il s’est trouvé plantés là dans le plus grave des inconforts les Faye Dunaway, les Binoche, les Belmondo, les Eastwood comme les Tarantino et les Almodovar, tous tenus en haleine par un petit homme en noir, cheveux en brosse, dont les mots claquent comme des coups de fouet dans son micro sans fil. C’est Frémaux le dompteur, l’amuseur, le conteur, le calé en cinéma, le fou de vélo, de foot et de judo, une sorte de Louis Hémon qui n’aurait pas encore écrit son Maria ou son Battling Malone.

Ce cyclotron d’homme, qui a embrigadé derrière lui le maire Gérard Collomb et toutes les autres autorités gouvernantes, propulse des milliers de Lyonnais vers les dixaines de salles mobilisées par le Festival Lumière. Pendant ces huit jours, on dirait qu’il n’existe rien d’autre à Lyon que le cinéma de patrimoine. Trois millions de citoyens à qui on rappelle que le cinéma a été inventé dans leur ville, il y a maintenant 120 ans.

Rue du Premier-Film

Dans un hangar qui se trouvait alors au milieu de rien et qui, maintenant restauré de belle façon, est le joyau d’un quartier où les frères Lumière avaient aussi fait construire des résidences luxueuses dont l’une est devenue le quartier général de l’Institut Lumière. Tout cela situé maintenant sur une rue qui a été baptisée: Rue du Premier-Film. Pour n’importe qui dans le cinéma, poser le pied dans la rue du Premier-Film, c’est comme le chrétien qui entre dans la crèche de Bethléem. Indicible émotion. Les images qui bougent sont nées là, des images qui, depuis ce jour de 1895, enregistrent quotidiennement l’histoire de l’humanité.

Non seulement ce diable de Frémaux ouvre et clôture le Festival Lumière dans cette gigantesque Halle Tony Garnier, mais il en remet une couche pour la soirée de remise du Prix Lumière, celle-ci il la tient dans l’amphithéatre du Centre de Congrès, plus de 3000 places! Et là encore il faut consoler les malheureux refoulés qui se retrouvent un peu excentrés (sinon désorientés comme nous) dans ces espaces démesurés de la Cité internationale, conçue par Renzo Piano, entre une boucle du Rhône et le parc de la Tête d’Or. Cette Cité internationale est le fruit du travail de trois grands maires de Lyon: Michel Noir, Raymond Barre et l’actuel, Gérard Collomb. (C’est comme si Montréal avait eu trois Jean Drapeau d’affilée.)

You talkin’ to me?

L'endos du programmeComme les Français adorent de plus en plus se saupoudrer d’anglais, il était inévitable en cette année où l’on honorait Scorsese que l’on ne vît pas partout, imprimé sur les catalogues et projeté à l’écran, l’extrait de dialogue le plus célèbre de Taxi Driver, alors que Travis Bickle se regarde dans une glace et rêve à un clash qui lui permettrait enfin de dégainer son revolver:

_ You talkin’ to me? You talkin’ to me?

Then who the hell else are you talkin’ to?

Robert de NiroYou talkin’ to me?

Well, I’m the only one here. Who the fuck

do you think you’re talkin’ to?

L’utilisation de l’anglais est devenue une telle manie qu’il a fallu marteler plusieurs fois à l’animateur d’une table ronde à laquelle nous participions Marie-José Raymond et moi, que nous n’étions pas les dirigeants d’Elephanttt, mais bien d’É-LÉ-PHANT, éléphant comme éléphant, pas comme elephanttt. Il s’y est résigné, mais je percevais une certaine tristesse dans ses yeux: «C’est si beau elephanttt», murmura-t-il», désappointé.

Oui, mais si c’était ELEPHANTTT, est-ce que ça exprimerait aussi bien la mémoire du cinéma québécois?

Qu’importe! Éléphant et Elephanttt demeurent très reconnaissants envers le Festival de Cannes Classics et le Festival Lumière, les deux dirigés par Thierry Frémaux et ses équipes, d’avoir sélectionné des films que nous restaurons pour ces événements prestigieux.

MERCI BEAUCOUP, THANK YOU VERY MUCH.

DES RATS À LA CINÉMATHÈQUE

- 13 juillet 2015

Un premier genre de rats…

felix: amenez-en des rats!

Félix: amenez-en des rats!

Le Quartier latin, Montréal. Par les plus algides soirs d’hiver. Ils montent du métro. Ou descendent des autobus, à l’angle Saint-Denis et de Maisonneuve. D’autres, souvent solitaires, sortent de voitures qu’ils ont réussi à garer dans un des rares espaces que n’ont pas encore occupés les habitués du théâtre Saint-Denis ou des Trois Brasseurs. Ils trottinent une centaine de mètres sur de Maisonneuve et s’engouffrent vite derrière les portes vitrées d’une façade pas trop éclairée en face du beau théâtre La Cinémathèque québécoisePierre-Péladeau. Ces habitués, ces dévôts, ces rats disparaissent à l’intérieur de la Cinémathèque québécoise où dans l’une des deux salles de projection, ils se laissent engourdir aussi bien dans une rétrospective d’Alexander Mackendrick que dans les choix ésotériques de quelque réalisateur sud-américain de passage à qui la direction aura donné carte blanche pour la programmation.

C’est ça une cinémathèque!

C’est ça La Cinémathèque québécoise. Au 335 est boulevard de Maisonneuve. C’est là que se réunissent plusieurs fois par semaine, pour un prix d’entrée minimum, les rats de cinémathèque. Cette cinémathèque compte aujourd’hui près de 500 membres, dont plusieurs professionnels du cinéma, mais les dévôts ce ne sont pas vraiment eux. Il n’y plus de projections dans les sous-sols d’églises, plus de salles de quartier ou de répertoire, ce sont les rats, chassés de ces lieux, qui viennent à la cinématèque grignoter pour quelques sous la nourriture qu’on leur a retirée ailleurs.

Ces dévotieux du septième art connaissent aussi en général ce qu’est une cinémathèque: un endroit où l’on conserve avec soin les films  et où on projette périodiquement les films conservés là ou par d’autres cinémathèques semblables dans le monde. Et les grandes cinémathèques du monde, on peut les compter sur les doigts de la main, la Cinémathèque québécoise compte parmi celles-là. Guy-L. Côté, circa 1960Elle a été fondée en 1963 par Guy-L. Côté, Jacques Giraldeau, (ces deux-là, d’ancien collègues de l’Office national du film) Michel Patenaude, Avram Garmaise, Roland Brunet, Guy Comeau, Rock Demers, Talbot Johnson, John Rolland et Roy Little. On la baptise d’abord du nom bizarre de Connaissance du cinéma, puis elle prend le nom de Cinémathèque canadienne avant de devenir enfin, en 1971, ce qu’elle est véritablement: la Cinémathèque québécoise, une des seules en Amérique du nord qui est membre reconnu et affilié à la Fédération internationale des archives du film (FIAF).

Pas une petite affaire!

Cette Cinémathèque québécoise, un organisme sans but lucratif qui appartient à ses membres, n’est pas une petite affaire. Sans elle, la majeure partie de notre cinéma aurait probablement disparu à jamais. D’autant que les musées traditionnels du monde entier ont toujours levé le nez sur le septième art. Le septième, ça ne les intéresse pas. Sauf au Musée d’Art Moderne de New York (MOMA), le seul qui ait jusqu’ici considéré le cinéma aussi important que la sculpture ou la peinture et qui, lui, le conserve et le montre.

Ici, quand les vieux films n’ont pas servi à allumer les feux de camp de distributeurs et d’exploitants de salles (le nitrate de l’époque brûlait bien) ils étaient rangés n’importe où: des caves, des greniers, des granges ou jetés aux ordures.

La Cinémathèque québécoise, ce n’est pas une petite affaire. Logo EléphantSans elle, Éléphant, mémoire du cinéma québécois, cette extraordinaire initiative de Pierre Karl Péladeau, soutenue généreusement par Québecor, n’aurait sans doute jamais vu le jour ou, du moins, Éléphant n’en serait pas, huit ans plus tard à 250 films numérisés, restaurés et rendus accessibles. Éléphant, un des plus importants mécénats culturels du Québec, à l’heure actuelle.

Non, la Cinémathèque québécoise, ce n’est pas une petite affaire. Pourtant, son budget, dont le gouvernement du Québec ne supplée que 50 pour cent, n’est qu’un maigre 5 millions $. Le reste provient des membres et de diverses autres institutions municipales et fédérales, de l’activité déployée par la Cinémathèque et de la bonne volonté de son personnel qui, bien que syndiqué, fait des sacrifices de salaires depuis une décennie sans trop rechigner.

L’autre sorte de rats.

Bien sûr, il y a les rats de cinémathèque que j’ai essayé de décrire plus haut, mais il y a aussi les autres: les rats qui grugent, qui grignotent, prêts à fondre sur les miettes d’une pauvre cinémathèque, squelettique et pâle qui, depuis sa fondation, s’est si bien faite à son état qu’elle pourrait malgré tout ne jamais mourir.

Et ces rats ont des fourmis dans les membres. Ça les démange de retirer quelques pierres à la structure d’un édifice pourtant dans un équilibre déjà très précaire. Juste pour voir, on dirait. Juste pour voir s’il tiendrait toujours. Comme si l’œuvre de cet organisme essentiel à la survie du patrimoine cinématographique de toute une nation n’était qu’un jeu de pick-up sticks. «Tiens, réfléchit le rat, si on retirait cette baguette-ci, l’ensemble continuerait peut-être à tenir quand même». Ça tient! «Allons-y d’une autre, s’enhardit le rat. Ça vacille mais ça tient toujours. «Encore une», s’enthousiasme le rat devenu frénétique.

On connait très bien la suite.

Mais quelle frénésie peut pousser des gouvernants (comme ceux que nous avons actuellement à Québec) à s’amuser à pick-up sticks avec une structure aussi importante et essentielle que la Cinémathèque québécoise, à s’amuser de la voir au bord de l’abîme, de chercher même à l’y pousser?

Heureusement, au printemps, les rongeurs ont été surpris à ronger. L’alerte a été sonnée. Tous ceux qui ont contribué à l’échafaudage d’une cinémathèque de qualité internationale se sont émus, ils se sont mobilisés contre les ragondins et les sournois. Et il y avait Iolande Cadrin-Rossignol, une directrice intérimaire qui pendant un peu plus de deux ans a défendu la cinémathèque comme une lionne, ses lionceaux. Le ministère de la Culture du Québec s’en est senti lui-même égratigné.

L’administration de la cinémathèque a alors remercié la lionne et nommé Marcel Jean, le général.un  général, Marcel Jean, pour lutter contre la dilution de l’institution, pour mener la bataille de sa survie et la mener à la victoire d’une existence normale: une existence où l’on reconnaîtrait la place essentielle qu’elle occupe, la vigueur qu’elle doit avoir et les vivres dont elle a besoin pour cette tâche qui est collective et dont la responsabilité appartient à la collectivité, ce qui comprend aussi l’État. Marcel Jean pourrait y arriver. Il est petit, il a l’air coriace de Napoléon et il aurait plutôt la mentalité Austerlitz que Waterloo.

La Cinémathèque n’est-elle pas parmi les premiers PPP? Le partenariat privé y est déjà, qu’attend l’État pour garantir une fois pour toute le partenariat public?

monographieLa Cinémathèque, j’en parle d’autant plus à mon aise. Elle n’a jamais été très généreuse avec le cinéaste que je suis. Une cinémathèque a une tendance naturelle à préférer ceux qui réalisent des films plus amphigouriques que populaires. Cela dit, toutes les cinémathèques du mondes se ressemblent sur ce point. Alors qu’elle s’appelait la Cinémathèque canadienne, en 1966, j’avais eu droit à une soirée Claude Fournier et une monographie dont voici la couverture, une monographie assez lisse puisque je commençais dans le métier. En 51 ans, elle ne m’a jamais confié une carte blanche; sans doute qu’avec les films que je fais, je ne saurais choisir les films qui lui font!

cinemathque annonceUne cinémathèque, c’est la pierre angulaire de la préservation de notre patrimoine cinématographique. De tout un pan de notre culture.

Elle doit vivre à l’abri des vicissitudes quotidiennes. Elle doit aussi trouver le moyen de transformer les spectateurs plus ordinaires en rats de cinémathèque.

L’âme de Michel Brault à Cannes

- 29 avril 2015

Éléphant de nouveau à Cannes Classics.

Michel Brault Photo: Pierre DuryTous les amateurs de cinéma du monde ont de quoi se réjouir: le patrimoine cinématographique – si l’on tient compte de tous ceux que sa restauration passionne – devrait survivre aux outrages des ans.

Soit! il y a déjà des grands pans du patrimoine du muet et du parlant qui ont disparu à jamais et c’est désastreux, mais les consciences se sont éveillées et cela ne devrait plus se produire.

Il faut s’en enorgueillir. Le Québec, grâce à Pierre Karl Péladeau et à la générosité de Québecor, a été un des premiers pays du monde à sérieusement prendre de front la survie de son passé cinématographique. Pierre Karl avait décidé que tout le répertoire québécois de longs métrages de fiction serait numérisé, restauré et, surtout, diffusé. Nous sommes en bonne voie.

Mais depuis que la France a adopté la Loi du Grand Emprunt, ça va vite là-bas aussi, c’est par centaines par année que les longs métrages sont restaurés.

Mais tout cela n’est pas arrivé par hasard, on le doit à des fanatiques de la conservation du cinéma: des Thierry Frémaux, des Scorsese, des Ted Turner, des Gian Luca Farinelli, des Davide Pozzi, des Bertrand Tavernier, et d’autres fous comme Marie-José Raymond et moi. Tous ensemble, nous ressuscitons des films et les renvoyons à l’écran. Frémaux, directeur général du Festival de Cannes, a mis sur pied Cannes Classics sûrement un des plus prestigieux événements de mise en valeur du cinéma restauré. Farinelli fait cela à Bologne, Turner, à Hollywood, et nous ici qui lançons cette année Éléphant ClassiQ, premier grand événement en Amérique du nord dédié au cinéma restauré de tous les pays du monde.

Mais c’est loin d’être à sens unique: les autres pays du monde reconnaissent le travail que nous accomplissons ici. Nous sommes, pour la deuxième année consécutive invités au Festival de Cannes, dans sa section Classics. À l’automne dernier, nous étions au Festival Lumière dans la section Splendeurs des restaurations 2014 (seulement 6 films dans ce groupe). Et depuis notre Léolo a été montré au Festival Golden Horse de Taipeh, Les bons débarras le sera au Festival international de Karlovy Vary, en juillet.

Michel Brault, son âme, ses films.

Pour notre deuxième présence consécutive, Cannes Classics a choisi de présenter Les ordres de Michel Brault qui avait remporté au Festival de Cannes de 1974 le prix de la mise en scène.

Jean Lapointe, Les ordresLes ordres n’est pas arrivé à Cannes par hasard, en 1974. Claude Lelouch qui avait été complètement séduit par le film a mis tout son poids derrière, ce pourquoi Michel lui a ensuite voué une éternelle reconnaissance. La façon de Michel de filmer cette œuvre, sa structure étonnante entre la fiction et le documentaire avaient tout pour plaire à Lelouch. Et 41 ans plus tard, Les ordres a séduit les programmateurs de Cannes Classics, autant dans sa forme que dans son extraordinaire actualité en dépit de son âge.

Et sa restauration est magnifique. Nous avons d’abord travaillé avec Michel Brault lui-même, en 2009 pour refaire l’étalonnage, étalonnage plus difficile avec cette combinaison de noir et blanc et de couleur utilisée au tournage.

Brault tourne Les Ordres- Claude GauthierCe choix de Michel n’était pas artistique. C’était une décision économique. Michel n’avait pas assez d’argent pour tout tourner en couleur, il prit donc la décision de ne tourner en couleur que les scènes de prison. «C’est la majorité des gens qui ne sont pas allés en prison, donc c’est à eux qu’il faut montrer les couleurs de cet univers, expliquait Michel, car ces gens connaissent bien les couleurs de la vie ordinaire.»

C’est à l’occasion de cette première restauration que Michel m’avait fait cette déclaration sublime que je n’oublierai jamais: «Réalises-tu, Claude, que nous travaillons pour l’éternité; quand nous retournerons ce film à la Cinémathèque québécoise, nous devrions déposer une petite note dans une boite indiquant que le film a été restauré par toi et par moi, en 2009; imagine quand ils retrouveront cette note dans cent ans!»

Nous avons procédé depuis à trois autres restaurations, de même qu’à des mises à jour… justement pour assurer cette éternité dont parlait Michel. Tous les travaux de restauration ont été effectués sous notre direction, à Technicolor, services créatifs Montréal. Y ont participé Vince Amari, Linda McCabe et François Massé. Une ultime restauration du son vient aussi d’être réalisée par Bernard Gariépy-Strobl, à Vision Globale.

La VàD sur terre comme au ciel.

Michel BraultCher Michel, il n’est plus là, hélas, il n’y sera pas à Cannes Classics, mais son âme y sera. Mas la technique a dû évoluer là-haut aussi et il se trouve certainement quelqu’un qui y dirige une chaîne de vidéo à demande. Ils seront plusieurs autour de Michel Brault, branchés sur Les ordres, car c’est son plus beau film, son plus accompli, son plus original. Et Les ordres est d’une telle actualité dans notre monde où les libertés individuelles s’étiolent comme autant de fleurs qui fanent qu’on croirait que le film vient d’être tourné, pas il y a quarante ans.

 

 

L’homme à la tronçonneuse

- 10 avril 2015

Rage au volant du gouvernement.

L’homme à la tronçonneuse du Badgegouvernement Couillard, le président du trésor du Québec, M. Martin Coiteux, celui qui avait sorti sa scie mécanique pour faire peur à tous les jeunes des conservatoires du Québec, brandit maintenant son instrument devant la vitrine de la Cinémathèque québécoise.

Un autre cas de rage au volant du gouvernement.

Il apparaît si évident, pour ceux qui ne sont pas trop naïfs que le gouvernement n’a qu’une chose en tête: envoyer la Cinémathèque dans le lit de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec en imaginant que la fusion des deux institutions lui coûterait moins cher et que ces deux institutions sont tellement semblables («après tout, a dit un autre ministre, elles conservent toutes les deux du patrimoine!») qu’elles vont s’entendre comme cul et chemise.

Le budget de la BAnQ est d’environ 95 millions $ par année, celui de la Cinémathèque: 5 millions $. Dans le cas d’un couple si désassorti, il devient très évident que la pauvresse devra supplier chaque mois la plus riche de lui donner un peu d’argent de poche pour payer ses quelques employés, son loyer et son épicerie.

Il ne faut pas, comme M. Coiteux, avoir enseigné longtemps aux HEC pour comprendre que la Cinémathèque ne survivra pas longtemps en vivant au crochet de la BAnQ. Elle deviendra bientôt une «entretenue», une section audio-visuelle vivant selon le bon plaisir et la générosité de sa maîtresse.

Quand il a brandi sa tronçonneuse à la face des conservatoires, le Bonhomme Sept Heures du gouvernement a fait peur à tout le monde, les enfants se sont mis à pleurer comme dans l’automobile assiégée, la semaine dernière. Mais pour ce qui est de la Cinémathèque québécoise, son agression doit être plus subtile: la cinémathèque est un organisme privé qui a célébré ses 50 ans, l’an dernier, et ses membres (environ 350) ne sont pas des enfants d’école.

Pour la précipiter dans le Queen Size de la BAnQ, il faudrait que les membres acceptent d’abord de dissoudre l’institution, ce qui semble être loin d’être fait, considérant le résultat d’une assemblée générale spéciale, le 7 avril dernier, au cours de laquelle la résolution suivante a été adoptée à l’unanimité:  Ayant manifesté vivement leur inquiétude quant à l’avenir de la Cinémathèque québécoise, ses membres, réunis en assemblée générale spéciale, donnent le mandat au Conseil d’administration de poursuivre l’examen de toutes les hypothèses permettant à la Cinémathèque québécoise de poursuivre sa mission à la condition expresse qu’elles ne mettent pas en péril son existence, son autonomie, son statut légal et sa structure de gouvernance. (C’est moi qui souligne).

Mais l’homme à la tronçonneuse n’est pas forcément si bête, il semble avoir déterminé d’atteindre plutôt son but par la ruse et la séduction en faisant scintiller un miroir aux alouettes. D’abord, un peu comme Séraphin et son sac d’écus, il s’amuse à faire clinquer les 95 millions $ du budget de la BAnQ qui, malgré ses millions, fait pourtant des mises à pied et coupe déjà dans ses services. Puis il fait briller les gros serveurs informatiques de la BAnQ, ses épatants services administratifs, son personnel compétent et laborieux (ils font tous partie de la fonction publique!) etc. etc.

Mais qu’arriverait-il éventuellement de la Cinémathèque? C’est écrit dans le ciel qu’elle deviendrait un pauvre petit poisson dans le gros aquarium vert de la rue Berri. Une succursale audio-visuelle.

Que sauverait l’État?  RIEN.

Lorsqu’on a une tronçonneuse à la main, on tronçonne, ça va de soi, et ça fait tellement de ramdam que ça empêche de réfléchir.

Le gouvernement qui a lancé le conseil d’administration de la Cinémathèque québécoise sur l’étude de solutions pour assurer la stabilité financière de la Cinémathèque (il lui manque à peu près 6/700,000$ par an) y compris une fusion avec la BAnQ n’a évidemment pas beaucoup réfléchi.

Monsieur Coiteux, dont on dit qu’il privilégie toujours le privé sur l’État, a-t-il seulement pensé que la Cinémathèque est un organisme privé justement, que la moitié seulement de son budget de 5 millions$ lui vient de Québec. Le reste de l’argent de la Cinémathèque vient des membres, de ses divers partenariats, de subventions du Conseil des Arts et de la Ville de Montréal.

Si la Cinémathèque est précipitée dans le Queen Size de la BAnQ, le gouvernement croit-il vraiment que les membres vont continuer à payer leurs cotisations? que le Conseil des Arts, que la Ville de Montréal vont continuer à contribuer?

J’en doute!

Et en tous cas, pas moi qui suis membre depuis cinquante ans.

 L’horreur de toute fusion.

Cette situation crève tellement les yeux qu’on se demande pourquoi Québec fait perdre le temps du conseil d’administration en le forçant à examiner cette ridicule possibilité de fusion avec la BAnQ? Pourquoi Québec fait-il planer pareille menace sur un organisme qui survit de peine et de misère en accomplissant une mission essentielle à toute nation civilisée: la conservation de son patrimoine cinématographique et télévisuel. Qu’il remplit cette mission en partie avec des fonds privés et grâce aussi aux sacrifices de son personnel (les salaires des employés sont gelés depuis 2008 et pourtant ce personnel dévoué et compréhensif est affilié à la CSN…) Ces mêmes employés seraient probablement en grande partie les premiers sacrifiés sur l’autel de la fusion. Une horreur, seulement à y penser.

En dépit de la réunion spéciale des membres, le 7 avril, toute menace est loin d’être écartée. On peut s’attendre à tout lorsqu’un homme au volant d’un gouvernement s’amuse avec une tronçonneuse.

Parlez-en à la petite famille d’Alexandre et Karine.