LE LYON LE PLUS VORACE

- 25 octobre 2015

Un festival pour tous

Le dompteurJe ne sais pas si c’est Thierry Frémaux (ce doit être lui, il trouve toujours tout!) qui a dégotté pour le Festival Lumière ce slogan «un festival pour tous» aussi anodin et désarmant que certains des guerres de jadis comme «Pourvu que l’arrière tienne!» ou encore «Taisez-vous, les murs ont des oreilles» mais l’incroyable voracité de Lyon pour le cinéma a donné à cette bricole de slogan l’impétuosité d’un commandement, la gravité d’une devise.

En seulement sept ans, le Festival Lumière (ne pas confondre avec la Fêtes des Lumières que la ville célèbre au mois de décembre en l’honneur de la Vierge Marie, depuis 1852) s’est répandu comme la peste dans Lyon, qu’il faut désormais appeler: la Métropole du Grand Lyon. Au fait, Lyon s’était placée sous la protection de la Vierge, dès le dix-septième siècle, alors que le sud de la France était touché par la peste. Mais il n’existe aucune protection divine contre la frénésie de Frémaux, responsable de l’épidémie de cinéma de patrimoine qui envahit, chaque automne, la troisième plus grande ville de France.

La démesure

Aucune des vingt-deux communes n’y échappe: 147 films en 358 séances. Personne n’est épargnée, pas plus les enfants malades dans les hôpitaux que les malfrats dans les prisons, l’Etna-Frémaux infiltre sa lave partout. Si bien qu’il n’y a de la place nulle part, quelle que soit la taille de la salle, si l’on peut vraiment appeler salle cette Halle Tony Garnier (des anciens abattoirs), avec sa gracieuse charpente métallique d’un seul tenant et ses 8000 places assises. Eh bien, le Festival Lumière ouvre là chaque année avec des centaines de spectateurs refoulés à la porte et désespérés de ne voir aucun samaritain brandir une paire de billets, leurs yeux brillant d’envie même pour les chanceux de la dernière rangée pour qui les plus grands noms du cinéma, aux premiers rangs du parterre, assis sur des chaises sans miséricorde, n’ont pas l’air plus gros que des poux.

Catalogue LumièreAu fil des ans, il s’est trouvé plantés là dans le plus grave des inconforts les Faye Dunaway, les Binoche, les Belmondo, les Eastwood comme les Tarantino et les Almodovar, tous tenus en haleine par un petit homme en noir, cheveux en brosse, dont les mots claquent comme des coups de fouet dans son micro sans fil. C’est Frémaux le dompteur, l’amuseur, le conteur, le calé en cinéma, le fou de vélo, de foot et de judo, une sorte de Louis Hémon qui n’aurait pas encore écrit son Maria ou son Battling Malone.

Ce cyclotron d’homme, qui a embrigadé derrière lui le maire Gérard Collomb et toutes les autres autorités gouvernantes, propulse des milliers de Lyonnais vers les dixaines de salles mobilisées par le Festival Lumière. Pendant ces huit jours, on dirait qu’il n’existe rien d’autre à Lyon que le cinéma de patrimoine. Trois millions de citoyens à qui on rappelle que le cinéma a été inventé dans leur ville, il y a maintenant 120 ans.

Rue du Premier-Film

Dans un hangar qui se trouvait alors au milieu de rien et qui, maintenant restauré de belle façon, est le joyau d’un quartier où les frères Lumière avaient aussi fait construire des résidences luxueuses dont l’une est devenue le quartier général de l’Institut Lumière. Tout cela situé maintenant sur une rue qui a été baptisée: Rue du Premier-Film. Pour n’importe qui dans le cinéma, poser le pied dans la rue du Premier-Film, c’est comme le chrétien qui entre dans la crèche de Bethléem. Indicible émotion. Les images qui bougent sont nées là, des images qui, depuis ce jour de 1895, enregistrent quotidiennement l’histoire de l’humanité.

Non seulement ce diable de Frémaux ouvre et clôture le Festival Lumière dans cette gigantesque Halle Tony Garnier, mais il en remet une couche pour la soirée de remise du Prix Lumière, celle-ci il la tient dans l’amphithéatre du Centre de Congrès, plus de 3000 places! Et là encore il faut consoler les malheureux refoulés qui se retrouvent un peu excentrés (sinon désorientés comme nous) dans ces espaces démesurés de la Cité internationale, conçue par Renzo Piano, entre une boucle du Rhône et le parc de la Tête d’Or. Cette Cité internationale est le fruit du travail de trois grands maires de Lyon: Michel Noir, Raymond Barre et l’actuel, Gérard Collomb. (C’est comme si Montréal avait eu trois Jean Drapeau d’affilée.)

You talkin’ to me?

L'endos du programmeComme les Français adorent de plus en plus se saupoudrer d’anglais, il était inévitable en cette année où l’on honorait Scorsese que l’on ne vît pas partout, imprimé sur les catalogues et projeté à l’écran, l’extrait de dialogue le plus célèbre de Taxi Driver, alors que Travis Bickle se regarde dans une glace et rêve à un clash qui lui permettrait enfin de dégainer son revolver:

_ You talkin’ to me? You talkin’ to me?

Then who the hell else are you talkin’ to?

Robert de NiroYou talkin’ to me?

Well, I’m the only one here. Who the fuck

do you think you’re talkin’ to?

L’utilisation de l’anglais est devenue une telle manie qu’il a fallu marteler plusieurs fois à l’animateur d’une table ronde à laquelle nous participions Marie-José Raymond et moi, que nous n’étions pas les dirigeants d’Elephanttt, mais bien d’É-LÉ-PHANT, éléphant comme éléphant, pas comme elephanttt. Il s’y est résigné, mais je percevais une certaine tristesse dans ses yeux: «C’est si beau elephanttt», murmura-t-il», désappointé.

Oui, mais si c’était ELEPHANTTT, est-ce que ça exprimerait aussi bien la mémoire du cinéma québécois?

Qu’importe! Éléphant et Elephanttt demeurent très reconnaissants envers le Festival de Cannes Classics et le Festival Lumière, les deux dirigés par Thierry Frémaux et ses équipes, d’avoir sélectionné des films que nous restaurons pour ces événements prestigieux.

MERCI BEAUCOUP, THANK YOU VERY MUCH.

DES RATS À LA CINÉMATHÈQUE

- 13 juillet 2015

Un premier genre de rats…

felix: amenez-en des rats!

Félix: amenez-en des rats!

Le Quartier latin, Montréal. Par les plus algides soirs d’hiver. Ils montent du métro. Ou descendent des autobus, à l’angle Saint-Denis et de Maisonneuve. D’autres, souvent solitaires, sortent de voitures qu’ils ont réussi à garer dans un des rares espaces que n’ont pas encore occupés les habitués du théâtre Saint-Denis ou des Trois Brasseurs. Ils trottinent une centaine de mètres sur de Maisonneuve et s’engouffrent vite derrière les portes vitrées d’une façade pas trop éclairée en face du beau théâtre La Cinémathèque québécoisePierre-Péladeau. Ces habitués, ces dévôts, ces rats disparaissent à l’intérieur de la Cinémathèque québécoise où dans l’une des deux salles de projection, ils se laissent engourdir aussi bien dans une rétrospective d’Alexander Mackendrick que dans les choix ésotériques de quelque réalisateur sud-américain de passage à qui la direction aura donné carte blanche pour la programmation.

C’est ça une cinémathèque!

C’est ça La Cinémathèque québécoise. Au 335 est boulevard de Maisonneuve. C’est là que se réunissent plusieurs fois par semaine, pour un prix d’entrée minimum, les rats de cinémathèque. Cette cinémathèque compte aujourd’hui près de 500 membres, dont plusieurs professionnels du cinéma, mais les dévôts ce ne sont pas vraiment eux. Il n’y plus de projections dans les sous-sols d’églises, plus de salles de quartier ou de répertoire, ce sont les rats, chassés de ces lieux, qui viennent à la cinématèque grignoter pour quelques sous la nourriture qu’on leur a retirée ailleurs.

Ces dévotieux du septième art connaissent aussi en général ce qu’est une cinémathèque: un endroit où l’on conserve avec soin les films  et où on projette périodiquement les films conservés là ou par d’autres cinémathèques semblables dans le monde. Et les grandes cinémathèques du monde, on peut les compter sur les doigts de la main, la Cinémathèque québécoise compte parmi celles-là. Guy-L. Côté, circa 1960Elle a été fondée en 1963 par Guy-L. Côté, Jacques Giraldeau, (ces deux-là, d’ancien collègues de l’Office national du film) Michel Patenaude, Avram Garmaise, Roland Brunet, Guy Comeau, Rock Demers, Talbot Johnson, John Rolland et Roy Little. On la baptise d’abord du nom bizarre de Connaissance du cinéma, puis elle prend le nom de Cinémathèque canadienne avant de devenir enfin, en 1971, ce qu’elle est véritablement: la Cinémathèque québécoise, une des seules en Amérique du nord qui est membre reconnu et affilié à la Fédération internationale des archives du film (FIAF).

Pas une petite affaire!

Cette Cinémathèque québécoise, un organisme sans but lucratif qui appartient à ses membres, n’est pas une petite affaire. Sans elle, la majeure partie de notre cinéma aurait probablement disparu à jamais. D’autant que les musées traditionnels du monde entier ont toujours levé le nez sur le septième art. Le septième, ça ne les intéresse pas. Sauf au Musée d’Art Moderne de New York (MOMA), le seul qui ait jusqu’ici considéré le cinéma aussi important que la sculpture ou la peinture et qui, lui, le conserve et le montre.

Ici, quand les vieux films n’ont pas servi à allumer les feux de camp de distributeurs et d’exploitants de salles (le nitrate de l’époque brûlait bien) ils étaient rangés n’importe où: des caves, des greniers, des granges ou jetés aux ordures.

La Cinémathèque québécoise, ce n’est pas une petite affaire. Logo EléphantSans elle, Éléphant, mémoire du cinéma québécois, cette extraordinaire initiative de Pierre Karl Péladeau, soutenue généreusement par Québecor, n’aurait sans doute jamais vu le jour ou, du moins, Éléphant n’en serait pas, huit ans plus tard à 250 films numérisés, restaurés et rendus accessibles. Éléphant, un des plus importants mécénats culturels du Québec, à l’heure actuelle.

Non, la Cinémathèque québécoise, ce n’est pas une petite affaire. Pourtant, son budget, dont le gouvernement du Québec ne supplée que 50 pour cent, n’est qu’un maigre 5 millions $. Le reste provient des membres et de diverses autres institutions municipales et fédérales, de l’activité déployée par la Cinémathèque et de la bonne volonté de son personnel qui, bien que syndiqué, fait des sacrifices de salaires depuis une décennie sans trop rechigner.

L’autre sorte de rats.

Bien sûr, il y a les rats de cinémathèque que j’ai essayé de décrire plus haut, mais il y a aussi les autres: les rats qui grugent, qui grignotent, prêts à fondre sur les miettes d’une pauvre cinémathèque, squelettique et pâle qui, depuis sa fondation, s’est si bien faite à son état qu’elle pourrait malgré tout ne jamais mourir.

Et ces rats ont des fourmis dans les membres. Ça les démange de retirer quelques pierres à la structure d’un édifice pourtant dans un équilibre déjà très précaire. Juste pour voir, on dirait. Juste pour voir s’il tiendrait toujours. Comme si l’œuvre de cet organisme essentiel à la survie du patrimoine cinématographique de toute une nation n’était qu’un jeu de pick-up sticks. «Tiens, réfléchit le rat, si on retirait cette baguette-ci, l’ensemble continuerait peut-être à tenir quand même». Ça tient! «Allons-y d’une autre, s’enhardit le rat. Ça vacille mais ça tient toujours. «Encore une», s’enthousiasme le rat devenu frénétique.

On connait très bien la suite.

Mais quelle frénésie peut pousser des gouvernants (comme ceux que nous avons actuellement à Québec) à s’amuser à pick-up sticks avec une structure aussi importante et essentielle que la Cinémathèque québécoise, à s’amuser de la voir au bord de l’abîme, de chercher même à l’y pousser?

Heureusement, au printemps, les rongeurs ont été surpris à ronger. L’alerte a été sonnée. Tous ceux qui ont contribué à l’échafaudage d’une cinémathèque de qualité internationale se sont émus, ils se sont mobilisés contre les ragondins et les sournois. Et il y avait Iolande Cadrin-Rossignol, une directrice intérimaire qui pendant un peu plus de deux ans a défendu la cinémathèque comme une lionne, ses lionceaux. Le ministère de la Culture du Québec s’en est senti lui-même égratigné.

L’administration de la cinémathèque a alors remercié la lionne et nommé Marcel Jean, le général.un  général, Marcel Jean, pour lutter contre la dilution de l’institution, pour mener la bataille de sa survie et la mener à la victoire d’une existence normale: une existence où l’on reconnaîtrait la place essentielle qu’elle occupe, la vigueur qu’elle doit avoir et les vivres dont elle a besoin pour cette tâche qui est collective et dont la responsabilité appartient à la collectivité, ce qui comprend aussi l’État. Marcel Jean pourrait y arriver. Il est petit, il a l’air coriace de Napoléon et il aurait plutôt la mentalité Austerlitz que Waterloo.

La Cinémathèque n’est-elle pas parmi les premiers PPP? Le partenariat privé y est déjà, qu’attend l’État pour garantir une fois pour toute le partenariat public?

monographieLa Cinémathèque, j’en parle d’autant plus à mon aise. Elle n’a jamais été très généreuse avec le cinéaste que je suis. Une cinémathèque a une tendance naturelle à préférer ceux qui réalisent des films plus amphigouriques que populaires. Cela dit, toutes les cinémathèques du mondes se ressemblent sur ce point. Alors qu’elle s’appelait la Cinémathèque canadienne, en 1966, j’avais eu droit à une soirée Claude Fournier et une monographie dont voici la couverture, une monographie assez lisse puisque je commençais dans le métier. En 51 ans, elle ne m’a jamais confié une carte blanche; sans doute qu’avec les films que je fais, je ne saurais choisir les films qui lui font!

cinemathque annonceUne cinémathèque, c’est la pierre angulaire de la préservation de notre patrimoine cinématographique. De tout un pan de notre culture.

Elle doit vivre à l’abri des vicissitudes quotidiennes. Elle doit aussi trouver le moyen de transformer les spectateurs plus ordinaires en rats de cinémathèque.

L’âme de Michel Brault à Cannes

- 29 avril 2015

Éléphant de nouveau à Cannes Classics.

Michel Brault Photo: Pierre DuryTous les amateurs de cinéma du monde ont de quoi se réjouir: le patrimoine cinématographique – si l’on tient compte de tous ceux que sa restauration passionne – devrait survivre aux outrages des ans.

Soit! il y a déjà des grands pans du patrimoine du muet et du parlant qui ont disparu à jamais et c’est désastreux, mais les consciences se sont éveillées et cela ne devrait plus se produire.

Il faut s’en enorgueillir. Le Québec, grâce à Pierre Karl Péladeau et à la générosité de Québecor, a été un des premiers pays du monde à sérieusement prendre de front la survie de son passé cinématographique. Pierre Karl avait décidé que tout le répertoire québécois de longs métrages de fiction serait numérisé, restauré et, surtout, diffusé. Nous sommes en bonne voie.

Mais depuis que la France a adopté la Loi du Grand Emprunt, ça va vite là-bas aussi, c’est par centaines par année que les longs métrages sont restaurés.

Mais tout cela n’est pas arrivé par hasard, on le doit à des fanatiques de la conservation du cinéma: des Thierry Frémaux, des Scorsese, des Ted Turner, des Gian Luca Farinelli, des Davide Pozzi, des Bertrand Tavernier, et d’autres fous comme Marie-José Raymond et moi. Tous ensemble, nous ressuscitons des films et les renvoyons à l’écran. Frémaux, directeur général du Festival de Cannes, a mis sur pied Cannes Classics sûrement un des plus prestigieux événements de mise en valeur du cinéma restauré. Farinelli fait cela à Bologne, Turner, à Hollywood, et nous ici qui lançons cette année Éléphant ClassiQ, premier grand événement en Amérique du nord dédié au cinéma restauré de tous les pays du monde.

Mais c’est loin d’être à sens unique: les autres pays du monde reconnaissent le travail que nous accomplissons ici. Nous sommes, pour la deuxième année consécutive invités au Festival de Cannes, dans sa section Classics. À l’automne dernier, nous étions au Festival Lumière dans la section Splendeurs des restaurations 2014 (seulement 6 films dans ce groupe). Et depuis notre Léolo a été montré au Festival Golden Horse de Taipeh, Les bons débarras le sera au Festival international de Karlovy Vary, en juillet.

Michel Brault, son âme, ses films.

Pour notre deuxième présence consécutive, Cannes Classics a choisi de présenter Les ordres de Michel Brault qui avait remporté au Festival de Cannes de 1974 le prix de la mise en scène.

Jean Lapointe, Les ordresLes ordres n’est pas arrivé à Cannes par hasard, en 1974. Claude Lelouch qui avait été complètement séduit par le film a mis tout son poids derrière, ce pourquoi Michel lui a ensuite voué une éternelle reconnaissance. La façon de Michel de filmer cette œuvre, sa structure étonnante entre la fiction et le documentaire avaient tout pour plaire à Lelouch. Et 41 ans plus tard, Les ordres a séduit les programmateurs de Cannes Classics, autant dans sa forme que dans son extraordinaire actualité en dépit de son âge.

Et sa restauration est magnifique. Nous avons d’abord travaillé avec Michel Brault lui-même, en 2009 pour refaire l’étalonnage, étalonnage plus difficile avec cette combinaison de noir et blanc et de couleur utilisée au tournage.

Brault tourne Les Ordres- Claude GauthierCe choix de Michel n’était pas artistique. C’était une décision économique. Michel n’avait pas assez d’argent pour tout tourner en couleur, il prit donc la décision de ne tourner en couleur que les scènes de prison. «C’est la majorité des gens qui ne sont pas allés en prison, donc c’est à eux qu’il faut montrer les couleurs de cet univers, expliquait Michel, car ces gens connaissent bien les couleurs de la vie ordinaire.»

C’est à l’occasion de cette première restauration que Michel m’avait fait cette déclaration sublime que je n’oublierai jamais: «Réalises-tu, Claude, que nous travaillons pour l’éternité; quand nous retournerons ce film à la Cinémathèque québécoise, nous devrions déposer une petite note dans une boite indiquant que le film a été restauré par toi et par moi, en 2009; imagine quand ils retrouveront cette note dans cent ans!»

Nous avons procédé depuis à trois autres restaurations, de même qu’à des mises à jour… justement pour assurer cette éternité dont parlait Michel. Tous les travaux de restauration ont été effectués sous notre direction, à Technicolor, services créatifs Montréal. Y ont participé Vince Amari, Linda McCabe et François Massé. Une ultime restauration du son vient aussi d’être réalisée par Bernard Gariépy-Strobl, à Vision Globale.

La VàD sur terre comme au ciel.

Michel BraultCher Michel, il n’est plus là, hélas, il n’y sera pas à Cannes Classics, mais son âme y sera. Mas la technique a dû évoluer là-haut aussi et il se trouve certainement quelqu’un qui y dirige une chaîne de vidéo à demande. Ils seront plusieurs autour de Michel Brault, branchés sur Les ordres, car c’est son plus beau film, son plus accompli, son plus original. Et Les ordres est d’une telle actualité dans notre monde où les libertés individuelles s’étiolent comme autant de fleurs qui fanent qu’on croirait que le film vient d’être tourné, pas il y a quarante ans.

 

 

L’homme à la tronçonneuse

- 10 avril 2015

Rage au volant du gouvernement.

L’homme à la tronçonneuse du Badgegouvernement Couillard, le président du trésor du Québec, M. Martin Coiteux, celui qui avait sorti sa scie mécanique pour faire peur à tous les jeunes des conservatoires du Québec, brandit maintenant son instrument devant la vitrine de la Cinémathèque québécoise.

Un autre cas de rage au volant du gouvernement.

Il apparaît si évident, pour ceux qui ne sont pas trop naïfs que le gouvernement n’a qu’une chose en tête: envoyer la Cinémathèque dans le lit de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec en imaginant que la fusion des deux institutions lui coûterait moins cher et que ces deux institutions sont tellement semblables («après tout, a dit un autre ministre, elles conservent toutes les deux du patrimoine!») qu’elles vont s’entendre comme cul et chemise.

Le budget de la BAnQ est d’environ 95 millions $ par année, celui de la Cinémathèque: 5 millions $. Dans le cas d’un couple si désassorti, il devient très évident que la pauvresse devra supplier chaque mois la plus riche de lui donner un peu d’argent de poche pour payer ses quelques employés, son loyer et son épicerie.

Il ne faut pas, comme M. Coiteux, avoir enseigné longtemps aux HEC pour comprendre que la Cinémathèque ne survivra pas longtemps en vivant au crochet de la BAnQ. Elle deviendra bientôt une «entretenue», une section audio-visuelle vivant selon le bon plaisir et la générosité de sa maîtresse.

Quand il a brandi sa tronçonneuse à la face des conservatoires, le Bonhomme Sept Heures du gouvernement a fait peur à tout le monde, les enfants se sont mis à pleurer comme dans l’automobile assiégée, la semaine dernière. Mais pour ce qui est de la Cinémathèque québécoise, son agression doit être plus subtile: la cinémathèque est un organisme privé qui a célébré ses 50 ans, l’an dernier, et ses membres (environ 350) ne sont pas des enfants d’école.

Pour la précipiter dans le Queen Size de la BAnQ, il faudrait que les membres acceptent d’abord de dissoudre l’institution, ce qui semble être loin d’être fait, considérant le résultat d’une assemblée générale spéciale, le 7 avril dernier, au cours de laquelle la résolution suivante a été adoptée à l’unanimité:  Ayant manifesté vivement leur inquiétude quant à l’avenir de la Cinémathèque québécoise, ses membres, réunis en assemblée générale spéciale, donnent le mandat au Conseil d’administration de poursuivre l’examen de toutes les hypothèses permettant à la Cinémathèque québécoise de poursuivre sa mission à la condition expresse qu’elles ne mettent pas en péril son existence, son autonomie, son statut légal et sa structure de gouvernance. (C’est moi qui souligne).

Mais l’homme à la tronçonneuse n’est pas forcément si bête, il semble avoir déterminé d’atteindre plutôt son but par la ruse et la séduction en faisant scintiller un miroir aux alouettes. D’abord, un peu comme Séraphin et son sac d’écus, il s’amuse à faire clinquer les 95 millions $ du budget de la BAnQ qui, malgré ses millions, fait pourtant des mises à pied et coupe déjà dans ses services. Puis il fait briller les gros serveurs informatiques de la BAnQ, ses épatants services administratifs, son personnel compétent et laborieux (ils font tous partie de la fonction publique!) etc. etc.

Mais qu’arriverait-il éventuellement de la Cinémathèque? C’est écrit dans le ciel qu’elle deviendrait un pauvre petit poisson dans le gros aquarium vert de la rue Berri. Une succursale audio-visuelle.

Que sauverait l’État?  RIEN.

Lorsqu’on a une tronçonneuse à la main, on tronçonne, ça va de soi, et ça fait tellement de ramdam que ça empêche de réfléchir.

Le gouvernement qui a lancé le conseil d’administration de la Cinémathèque québécoise sur l’étude de solutions pour assurer la stabilité financière de la Cinémathèque (il lui manque à peu près 6/700,000$ par an) y compris une fusion avec la BAnQ n’a évidemment pas beaucoup réfléchi.

Monsieur Coiteux, dont on dit qu’il privilégie toujours le privé sur l’État, a-t-il seulement pensé que la Cinémathèque est un organisme privé justement, que la moitié seulement de son budget de 5 millions$ lui vient de Québec. Le reste de l’argent de la Cinémathèque vient des membres, de ses divers partenariats, de subventions du Conseil des Arts et de la Ville de Montréal.

Si la Cinémathèque est précipitée dans le Queen Size de la BAnQ, le gouvernement croit-il vraiment que les membres vont continuer à payer leurs cotisations? que le Conseil des Arts, que la Ville de Montréal vont continuer à contribuer?

J’en doute!

Et en tous cas, pas moi qui suis membre depuis cinquante ans.

 L’horreur de toute fusion.

Cette situation crève tellement les yeux qu’on se demande pourquoi Québec fait perdre le temps du conseil d’administration en le forçant à examiner cette ridicule possibilité de fusion avec la BAnQ? Pourquoi Québec fait-il planer pareille menace sur un organisme qui survit de peine et de misère en accomplissant une mission essentielle à toute nation civilisée: la conservation de son patrimoine cinématographique et télévisuel. Qu’il remplit cette mission en partie avec des fonds privés et grâce aussi aux sacrifices de son personnel (les salaires des employés sont gelés depuis 2008 et pourtant ce personnel dévoué et compréhensif est affilié à la CSN…) Ces mêmes employés seraient probablement en grande partie les premiers sacrifiés sur l’autel de la fusion. Une horreur, seulement à y penser.

En dépit de la réunion spéciale des membres, le 7 avril, toute menace est loin d’être écartée. On peut s’attendre à tout lorsqu’un homme au volant d’un gouvernement s’amuse avec une tronçonneuse.

Parlez-en à la petite famille d’Alexandre et Karine.

 

 

ÉLÉPHANT ET LES ÉTRENNES

- 26 décembre 2014

Éléphant donne:

Pierre Karl Péladeau Éléphant, mémoire du cinéma québécois, une magnifique inspiration de Pierre Karl Péladeau, que Québecor, dont il est l’ex PDG, continue de soutenir généreusement est un cadeau immense pour les amateurs de cinéma en assurant la disponibilité et la pérennité de notre patrimoine cinématographique. Éléphant est maintenant devenu l’une des philanthropies culturelles les plus importantes au Québec: au-delà de 6 millions$ investis jusqu’à présent, sans compter une valeur publicitaire dépassant 10 millions$.

Le feuilletage à volonté des images que nous sommes depuis trois-quarts de siècle est désormais possible sur Illico, canal 900 et sur iTunes (dans la collection Éléphant, où l’intégration des films se poursuit rapidement, il y en maintenant près de 80) dans tout le Canada et dans les pays du monde où la langue est le français ou l’anglais.

Éléphant c’est aussi un site web impressionnant et très beau sur le cinéma québécois: elephant.canoe.ca; c’est également un livre écrit par Serge Bouchard, Les images que nous sommes, disponible aussi en format électronique, Marie-José fait la démonstration du eBookun eBook magistral qui contient plus de cinquante minutes d’extraits vidéo de films québécois restaurés. Les images que nous sommes sont en vente sur iTunes (sur iPad2 ou mieux) et chez Barnes & Noble (sur Kobo ARC).

On peut dire que les créateurs du cinéma québécois: réalisateurs, scénaristes acteurs, producteurs et techniciens sont de plus en plus heureux et fiers de savoir que leurs œuvres revivent et qu’on peut les regarder quand on veut et presque partout en les louant à la pièce sur la VsD. Et tout le produit de ces locations est retourné aux ayants-droit (sauf iTunes qui conserve le pourcentage qui lui est dû).

Resterait-il des colonisateurs?

Beaucoup de détenteurs de droits ont jusqu’ici collaboré avec enthousiasme avec Éléphant, mais il reste quelques réfractaires, des voraces, instransigeants, parmi eux un gros distributeur, le plus important au Québec et qui est – par surcroit – contrôlé par des intérêts étrangers. Ce distributeur reste opiniâtrement assis sur une quantité de films du patrimoine québécois et refuse, sauf à des conditions inacceptables, de libérer les éléments nécessaires à la numérisation et à la restauration de ces œuvres, travail dont tous les frais sont pourtant assumés par Éléphant, privant du même coup les ayants-droit des revenus afférents. Ces distributeurs dont l’insensiblité au patrimoine québécois reste incompréhensible reçoivent pourtant régulièrement de Téléfilm et de la SODEC des sommes importantes pour le lancement des films frais produits ici.

Éléphant reçoit.

Thierry FrémauxCette année, Éléphant n’aura pas que donné, il aura beaucoup reçu aussi. En effet, grâce à Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, il a été admis dans le cercle international de la restauration du cinéma alors qu’il a été invité dans la section Cannes Classics, pour la premère fois. C’est avec Léolo de Jean-Claude Lauzon,Ginette Reno dont la vedette est Ginette Reno, que nous avons fait nos débuts dans ce grand monde, dans une salle bondée dont une majorité de spectateurs découvraient le cinéma québécois. Et pas avec n’importe quoi: Léolo, classé par Time Magazine comme un des 100 meilleurs films du siècle, numérisé et restauré à la perfection.

Quelques mois plus tard, en octobre, c’est le Festival Lumière de Lyon, le plus prestigieux festival de films restaurés au monde, qui invitait Éléphant dans une section intitulée: Les splendeurs de la restauration 2014. Dans cette section où ne se trouvaient que six films, Éléphant a présenté Les bons Charlotte Laurierdébarras de Francis Mankiewicz, dans la belle salle de l’Institut Lumière. Conquis, le public – dont une partie venait de voir Mommy dans des cinémas de Lyon – a établi un lien intéressant entre la thématique de ces deux films: les relations si particulières d’une mère et de sa fille, si brillamment interprétée par Charlotte Laurier, dans l’un; d’une mère et de son fils dans l’autre. Les bons débarras ont aussi été projetés dans deux autres cinémas de Lyon, durant le Festival.

À Cannes, comme à Lyon, la qualité des restaurations faites par Éléphant a été louée autant par les cinéphiles ordinaires que par les spécialistes. Tant et si bien que l’ancêtre des studios de restauration dans le monde, L’Immagine Ritrovata, nous a invités à faire le tour de leur laboratoire de Bologne, sûrement le plus pointu de l’industrie et celui où il se fait le plus de recherches. Ce labo, rattaché à la Cinémathèque de Bologne, est dirigé par Davide Pozzi dont l’imagination qu’il déploie pour faire revivre les vieilles pellicules est sans borne.

Bien heureux de recevoir à l’occasion quelques lauriers, Éléphant poursuit avec ardeur sa numérisation et sa restauration du patrimoine, mais il continue aussi à étendre son champ d’action avec la suite d’un événement Éléphant ClassiQ, premier festival de films restaurés au Canada.

Éléphant ClassiQ

Meilleurs vœux de Marie-José Raymond
et Claude Fournier, co-directeurs Éléphant