PIERRE FALARDEAU, 100% T.N.T. !

- 19 octobre 2010

De la dynamite de part en part.

Voilà quelqu’un que j’aurais aimé avoir pour frère.

Pierre, photo de Martin Leclerc

Il était explosif, loyal, sincère, dynamique et, comme écrivit Verlaine à propos de Lucien Létinois : son rire éclatait sans gêne et sans art, franc, sonore et libre.

Ce grand type, mince et musclé, à la barbe nicotinisée, qui avait gardé de ses études en anthropologie le réflexe d’écouter le monde, de le contempler, qui appréciait tant la solitude paisible du travail d’écriture, qui a piloté sereinement, durant vingt-sept ans, sa vie de famille avec Manon Leriche et leurs trois enfants et qui a calmement accepté l’injustice de cette maladie qui l’emportait avant l’heure, ce type était néanmoins un batailleur, un pamphlétaire, un justicier ; Pierre Falardeau, c’était de la dynamite !

Des êtres d'exception: Gaston Miron et Pierre

Voilà pourquoi je l’aimais tant, bien que nous ne fûmes jamais plus que des connaissances ; nous nous croisions souvent à l’angle Ontario et Amherst et commérions là pendant de longs moments ; il faisait ses courses et je mixais ou montais un film au studio de Modulation, derrière le marché. Falardeau, c’était un intempérant de la parole, un gourmand de mots, un glouton de l’indépendance du Québec. Sur ces sujets d’indépendance, de moralité collective ou de conscience sociale, il fallait le voir ripailler avec Gaston Miron ( cet ami-poète que j’adorais, que Falardeau admirait ). Ces derniers temps, le chœur des anges aura accueilli de grandes voix québécoises ( comptons Michel Chartrand) côté grave et appassionato!

Elvis, miracle au Plateau.

Jusqu’à ce qu’il achète une maison, sur le Plateau, grâce à un pourcentage au guichet, arraché au distributeur d’Elvis II, miracle à Memphis, Pierre avait vécu de longues années dans le village gay. Et Manon me racontait leur dépaysement comme celui des enfants de se retrouver tout à coup dans un quartier où l’on croise sur les trottoirs autant de mères avec des poussettes !

Falardeau, wysiwyg.

Il y avait quelque chose de très wysiwyg, de très littéral chez Falardeau. Son regard perçant, sa bouche frondeuse, son allure rêche – expressions dont ne saurait se passer ni un homme engagé, ni un pamphlétaire vigoureux – n’arrivaient jamais à dissimuler sa compassion et sa sensibilité, non plus que ses comportements gamins. Il était à la fois calme et tempête, âpre et velours, étale et bouillant.

L'amoureux parfait de Manon

Et de surcroît, Manon affirme en toute candeur qu’il était « un amoureux parfait», un père affectueux et attentionné avec ses trois enfants : Jules, l’ainé, déjà cinéaste à vingt-cinq ans;  Hélène, passionnée par le dessin de mode ; Jérémie, quinze ans, le même talent naturel pour le football que possédait son père. Son père – Monsieur abdos ! Véritable athlète ! – Un enragé de plein air : marche, ski de fond, escalade… Et fumeur invétéré.

M. Abdos! Photo: Carl Valiquet

Le temps de laisser une œuvre considérable aura manqué à Pierre Falardeau. Les batailles qu’il a dû livrer pour le financement de presque chacun de ses films lui auront aussi demandé beaucoup d’énergie et auront laissé trop de sable filer dans le sablier. Si bien que durant les dernières années de sa vie, il était devenu un peu amer, harassé de se faire juger par les bureaucrates des institutions, lui qui, pour rien au monde, ne serait arrivé à faire le beau ou à sauter dans un cerceau.

Heureusement, le succès qu’il a connu avec Elvis Gratton lui a permis de vivre à peu près de son métier et de réaliser les autres films qu’il aimait : Le party, par exemple, 15 février 1839, Octobre et, par-dessus tout, Le temps des bouffons. Et lorsqu’il ne tournait pas, il écrivait ! Pourtant, Pierre se sentait presque embarrassé d’être écrivain, il ne s’y habituait pas, il éprouvait un inconfort, il entretenait un doute continuel. (Tous signes de talent ! ) Les moments d’écriture, toujours le matin jusqu’à l’heure du lunch, le comblaient particulièrement. Il écrivait à l’ancienne ! Sans ordinateur, sans internet et sans adresse courriel. À la main ! Comme il fendait son bois à la hache lorsqu’il préparait sa maison de campagne pour l’hiver.

Ce rêve de pays.

Falardeau, toute sa vie, s’est retrouvé parmi les plus ardents défenseurs de la souveraineté du Québec. Il nous a quittés, à soixante-deux ans, avec le regret de ne pas avoir vu ce rêve se réaliser. Ce regret, il l’aborda avec Manon, durant ses derniers jours, et il lui arracha la promesse de continuer le combat.

« Je le lui ai promis, mais cette promesse comment arriverai-je à la tenir ? », m’a confié Manon Leriche, avec dans les yeux cette pointe de nostalgie qu’ont tous ceux que 1995 a laissés meurtris.

Un film aussi vrai que l’homme.

Mercredi le 20 octobre, dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, avait lieu la première du film Pierre Falardeau, au cinéma Impérial. Quatre-vingt-huit minutes d’un cinéma émouvant et beau, réalisé par German Guttierez et Carmen Garcia, aussi productrice. Leur documentaire est aussi vrai que Pierre lui-même et parce que ce dernier était l’homme qu’on connaît, eh bien le film est aussi très percutant! C’est bien monté par Hélène Girard et les images d’archives (il y en a beaucoup) sont magnifiquement choisies. Quel morceau d’anthologie ce moment où Jacques Godbout perd la face devant Falardeau dans cet extrait de Bouillon de culture avec Bernard Pivot! Et le bout d’entrevue avec Denise Bombardier qui – ayant rencontré préalablement la mère de Pierre – veut faire admettre au cinéaste qu’il peut «perler» aussi bien qu’elle. Et comment ne pas être ému par les interventions si vraies, si simples et si discrètes de Manon Leriche, la blonde de Falardeau, la mère de leurs trois enfants dont l’un est déjà cinéaste.  Le générique indique que la production a été rendue possible entre autres grâce à Julie Snyder et Pierre-Karl Péladeau, espérons que TVA qui en détient la licence le passera dans son intégralité. Le film a rempli la salle de l’Impérial, il fera aussi, à n’en pas douter, son plein d’auditoire. À voir absolument pour mieux comprendre l’homme… et parfois ses excès

P.S. Le génial sculpteur Armand Vaillancourt achève de créer un monument funéraire qui nous rappellera le souvenir de Pierre.


Éléphant, mémoire du cinéma québécois, fait de même en commençant la numérisation et la restauration de ses films ; Le party, le premier de ceux-ci, est maintenant disponible sur Illico, canal 900 de Videotron. À voir sans faute.

Catégories: Cinéma

Abonnez-vous à cet article

28 commentaires

  1. ti-pouh dit :

    Pierre Falardeau est mort et enterré, donc s.v.p. ne pas nous en reparlé car c’est un bon débarras.

  2. Pas De Taxes dit :

    J’aime bien le « mange d’la marde » de Pierre Falardeau à l’endroit de PET.

    Cela aurait été tellement drôle si le pilote de l’avion publicitaire avait accepté de faire voler ce message, LOL !!!!

  3. Carole Chouinard dit :

    Très beau ce portrait que vous faites d’un homme que trop de Québécois ont sous-estimé et rabaissé. Ils ne lui arrivaient pourtant pas à la cheville.

  4. Luc dit :

    Salut M.Fournier

    Li faudrait peut-être simplement ajouter que Pierre, sur quelques-unes de tes pîerres, un peu rugueuses parfois mais solides et fiables, reposera sûrement les aasises d’un Québec indépendant si celui-ci devient un jour pays……
    Un fier combattant……

  5. Très touchant cette chronique sur la vie de Pierre Falardeau. Lorsque j’ai appris son décès, cela m’a secoué au plus profond de mon âme. Je ne m’en cache pas, oui j’ai pleuré.
    Je me suis exprimé sur des forums de discussion. Il n’est pas nécessaire de répéter ce que j’ai écrit ce qui ferait injure à votre texte, mais j’ai toujours terminé mes incursions en écrivant : PIERRE, REPOSE EN PAIX, JAMAIS NOUS NE T’OUBLIERONS.

  6. Claude Fournier dit :

    Votre commentaire, Marcel, est touchant aussi. Merci.

  7. Claude Fournier dit :

    En réponse à Carole Chouinard. Je crois qu’une bonne partie des Québécois ont plutôt bien compris Pierre. Des hommes comme lui, comme Chartrand ne pourront jamais rallier tout le monde, ni même un grand poète comme Gaston Miron.

  8. Claude Fournier dit :

    En réponse à Ti’pouh. Chaque être moral et conséquent qui disparaît reste à jamais une perte pour la société en général. Heureusement, le cycle de la vie continue, il en est pour ces êtres-là comme pour les primeroses qui meurent, mais laissent tomber leur semence en terre leur permettant ainsi de regermer le printemps venu. Ainsi naissent les nouvelles voix dont le Québec a tant besoin.

  9. Yves N. dit :

    C’était un homme qui méprisait les personnes qui ne pensaient pas comme lui et tant qu’à moi un gars qui se réjouit de la mort de quelqu’un (Claude Ryan) et qui le dit publiquement et bien ça ne mérite pas de respect,bon débarras!

  10. Claude Fournier dit :

    Pierre n’était ni sans faille, ni sans excès. Mais pourquoi répliquez-vous vous-même par les mêmes excès que vous déplorez?

  11. Yves N. dit :

    J’ai jamais dis que je me réjouissais de sa mort c’est qu’il ne me manquera pas….comme bien d’autres.

  12. Jacques dit :

    Yves N. c’est parce que t’es un colonisée. Faut qu’on te le dise, parce que dans ton état de colonisé tu peux pas t’en rendre compte par toi-même…ça fait effet sur la mémoire cet état là.

  13. Yves N. dit :

    @ Jacques

    Mêle toi donc de tes hos… d’affaires parce que t’as l’air aussi mal poli que l’était Falardeau lui-même…ou bien explique tes propos d’un autre facon.

  14. Rick dit :

    Wouais…jve layouire mon permis biere! dans un Canada francais, francophonnnne de l’angue francaise d’amarique du nore. Falardeau est le Don Cherry du Canada Anglais d’engleterre anglais d’amarique du nore. Merci thank you very much. Sante Graton et mange dla marde….

  15. Claude Fournier dit :

    Ne ternissons pas le souvenir de Pierre en nous injuriant. Ce n’est ni le propos de ce blogue ni la manière de nous remémorer cet homme controversé d’accord! mais intègre et diablement engagé dans ses luttes.

  16. Fantomasssss dit :

    Pierre Falardeau compte parmi mes idoles au même titre que très peu de gens comme Michel Chartrand!

    J’ai lu et « écouté » ces deux personnes et l’image que les médias aimaient nous en faire a fait en sorte que des « Elvis Gratton » réagissent comme certain plus haut…

    Faut leur pardonner, ce n’est pas de leur faute, ils font avec ce qu’ils ont…

    Mais faut aussi savoir répliquer au bon moment comme dirait Pierre et ne pas se gêner… Là on semble hésitant… Mais moi j’ai pas honte d’avoir eu mes 3 idoles Québécoises en matière « politique »:

    1- Michel Chartrand
    2- Pierre Falardeau
    3- Jacques Parizeau

    Par un pur hasard… leurs trois noms ont la même place sur l’écran que dans ma tête…

    Merci Claude pour cet excellent texte!

  17. Yves N. dit :

    @ Fantomasssss

    Vous vous contentez de pas grand chose comme idoles même si c’est en matière « politique ».

  18. Claude Fournier dit :

    Et si l’on souhaitait, Fantomass, être positif: quelles sont vos idoles, politiques ou autres puisque celles-ci vous semblent inacceptables?

  19. Fantomasssss dit :

    @ Claude Fournier

    Votre message du 4 novembre 2010 à 16:45 semble ne pas s’adresser à la bonne personne…

    Me trompais-je???

  20. Claude Fournier dit :

    Mille excuses, elle s’adressait au commentaire de M. Nadeau. Votre commentaire à vous était bien conçu et constructif, ce que j’aime beaucoup, que ce soit négatif ou positif… mais que ça fasse avancer la discussion. Merci.

  21. Maurice dit :

    Pierre Falardeau fut un contemporain que j’ai suivi de par ses livres et de par ses films. Ses déclarations comme celle de « bon débarras » pour le bonhomme sept heures furent un régal. Cela peut choquer une minorité mais quand viendra le temps, plusieurs diront « bon débarras » pour cette minorité. C’était un chef de révolution Falardeau.

  22. Yves N. dit :

    Je trouvais ça drôle aussi.

    Moi des idoles politiques on peux pas dire que j’en ai eu vraiment,par contre j’aimais bien la ténacité de Michel Chartrand.Au niveau sportif j’ai bien aimé Bobby Orr et puisquon en parle beaucoup présentement Mr. Édouard Carpentier,un vrai gentleman dans son sport et dans la vie de tous les jours.

  23. Yves N. dit :

    Ah oui j’oubliais Louis Laberge,son franc parler mais sans jamais être déplacé et impoli sauf le « Trudeau Trudeau Trudeau mange d’la m… répondi l’écho » je l’avais trouvé bien drôle quand même.

  24. Rick dit :

    @Fantosmatte

    ils font avec ce qu’ils ont… un autre intello gogauche a lunette avec la pense unique (probablement un fonfon de la commission des municipalite qui a juste ca faire des blogs). Ben oui ya juste toi d’intelligent, comme l’image de Falardeau vous etes tellement intelligent ca fait juste 40 ans you have been trying to seperate without any luck, et c’est pas en disant bon debarras pourriture que vous allez nourrir les feds en saparatistes. Intello a blogueu.

  25. Rick dit :

    @Mr Fournier,

    Mes excuses pour mon commentaire a Fantosmatte, mais j’etait pas capable de me retenir. Merci.

  26. Claude Fournier dit :

    Vos excuses sont non seulement acceptées, mais très appréciées. C’est gentil à vous!

  27. Fantomasssss dit :

    Je pense que Rick m’a pris en grippe sur un autre billet et il semble très « fru » le pôvre…

    Permettez-moi d’en rire… :)

  28. Lara dit :

    Bonjour M. Fournier, Pierre Falardeau a vécu et mort debout. Il ne s’est pas vendu à personne. Son franc-parler l’a nuit. La langue de bois étant de plus en plus à la mode. Paix à son âme. Sympathies à sa femme et ses enfants.

Laisser un commentaire

 characters available