40 MILLIONS D’IMAGES

- 31 décembre 2012

UN ÉLÉPHANT POUR ÉTRENNES.

Dessin de MJR

 

Éléphant, mémoire du cinéma québécois, vit sa quatrième période des fêtes et je ne m’y suis pas encore vraiment fait à ce cadeau extraordinaire offert aux Québécois et aux cinéastes depuis que le projet a été mis en chantier.

Lorsque Pierre Karl Péladeau nous a passé un coup de fil, à Marie-José Raymond et moi, il y a maintenant cinq ans, s’informant s’il ne serait pas possible de numériser le patrimoine du cinéma québécois et de le rendre ensuite disponible sur la vidéo sur demande, nous avons eu un moment d’incrédulité. C’était une idée de génie, mais tellement extravagante. D’autant qu’au départ, Pierre Karl avait songé à tout le cinéma: documentaire comme de fiction. Il n’a pas fallu de longues recherches avant de restreindre un peu la commande. Déjà, se borner au cinéma de long métrage exigerait des années de travail et des millions de dollars; à première vue, il semblait y avoir environ 1,200 films de fiction à numériser et restaurer. La tâche serait longue et ardue, mais faisable.

Pierre Karl Péladeau, le mécène d'Éléphant

C’est un fabuleux animal de compagnie qu’allait ainsi se choisir Pierre Karl Péladeau!

Je me souviens encore de l’enthousiasme avec lequel il donna son feu vert à ce projets dont on ne savait pas encore quel nom il porterait, l’excitation fébrile d’un enfant qui reçoit ses premières étrennes, pourtant c’était lui qui offrait aux Québécois un cadeau inestimable: leur propre histoire en images, leur cinéma! La mémoire collective d’un peuple.

Même si cette cinématographie est modeste, comparée à celle des États-Unis ou de la France, il reste que le Québec deviendra, il semble bien, le premier pays au monde dont toute la cinématographie de long métrage aura été numérisée, restaurée et rendue accessible. Un accès qui, en cours d’année, devrait s’étendre à travers le Québec et dans le reste du Canada, puis un jour dans le monde.

Ce cadeau, comme il se présente en ce début d’année 2013, compte déjà près de deux cents films. Quarante millions d’images! Quarante millions d’images de la vie de notre société, un album de famille d’une richesse inimaginable. Des images émouvantes, drôles, étonnantes, mais vraies, authentiques, incontestables. Le Québec comme il a été et comme il est. Le Québec disséqué, imaginé et filmé par ses cinéastes, une prodigieuse mosaïque à laquelle le travail de restauration d’Éléphant redonne son éclat et ses diaprures.

Chaque film numérisé et restauré peut requérir jusqu’à cinq mois de travail et notre Éléphant, devenu très vorace, en consomme en moyenne un par semaine. Il y a donc toujours une dizaine de longs métrages sur les établis sophistiqués de Technicolor, à Montréal (parfois même à Los Angeles et Paris) où s’affaire une équipe de techniciens et d’artistes aux connaissances très pointues.

Cette formidable ration de films que réclame notre Éléphant exige toute l’énergie, l’incessant labeur et la patience d’ange de Marie-José Raymond pour la réunir. Il faut non seulement trouver les éléments physiques des films, mais aussi retracer les détenteurs des droits. Les droits! Quel micmac parfois! Fouiller, chercher, démêler. Un vrai nœud de serpents. Pour les éléments physiques, je m’en voudrais de ne pas mentionner particulièrement la collaboration de la Cinémathèque québécoise dont le gouvernement du Québec ne sera jamais assez conscient de l’essentiel de son existence.

Chez Québecor, l’Éléphant est habilement cornaqué par Sylvie Cordeau, vice-présidente aux communications de Québecor Media, secondée par Lise Gascon.

Le gros animal a aussi son site web – elephant.canoe.ca – avec son webmestre, un Pascal Laplante toujours aux aguets sur le monde grouillant du cinéma québécois.

Le répertoire 2013

La publicisation d’Éléphant, un des plus importants projets culturels philanthropiques jamais entrepris ici, est assurée généreusement par son mécène. J’en cite pour exemple la publication annuelle du Répertoire Éléphant, tiré à près de 600,000 exemplaires, inséré dans le Journal de Montréal et Le Devoir, distribué dans les publi-sacs et envoyé aux organismes de cinéma, au Québec et en France.

Le cinéma québécois, c’est soixante-quinze ans de notre histoire en images, c’est un album de famille qu’entend préserver Éléphant jusque dans la nuit des temps. Un album qui permettra aux générations futures de se poser à l’occasion, de regarder derrière et de mieux comprendre d’où elles viennent et comment étaient celles qui les ont précédées.

Chaque film qui s’ajoute au répertoire Éléphant devient un nouveau repère. Chaque film ouvre une nouvelle lucarne sur le monde que nous avons été et celui que nous sommes.

 

2013 ajoutera ses films comme autant de nouveaux jalons. Souhaitons qu’ils seront captivants, drôles, palpitants et émouvants… comme la vie.

 

Catégories: Cinéma

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6 commentaires

  1. Antoine dit :

    C’est une idée de génie. On parle peu de PKP de façon positive parce qu’on lui reproche souvent la convergence de ses médias, son appétit pour le profit etc. Merci PKP pour ce projet rassembleur. L’histoire culturelle du Québec est importante, et cette initiative nous permet d’en préserver un jalon. Fabuleux! M. Fournier vous m’avez donné le sourire en ce premier jour de 2013.

  2. Pierre Harel dit :

    Claude, reconnaissant de tout le travail accompli, je souhaite à Marie-Josée ainsi qu’à toi-même une belle et heureuse 2013. N’eût été d’Éléphant et du nationalisme éclairé de son maître, Pierre-Karl Péladeau, deux de mes films importants, « Bulldozer » et « Vie d’Ange », seraient demeurés sur la tablette de l’oubli. Grâce à vous tous, le cinéaste en moi reprend vie et se remet à la table de travail. Merci beaucoup…

    Amitiés, Pierre Harel

  3. lara dit :

    On ridiculise que ceux dont nous ne sommes pas capable d’égaler. C’est une de mes réflexions sur le dernier Bye, Bye……. le tiers des 80 minutes, sans compter les pubs, se sont passées à se moquer des émissions de TVA et de LCN…… c’est triste, mais c’est ça !! Pourtant tous ces animateurs, acteurs et concepteurs ont travaillé très fort pour se moquer encore une fois sur ce qui se passe dans la cour des autres….. M. Fournier, merci de donner à César ce qui appartient à César….. Sans mettre Pierre Péladeau sur un piédestal…. donnons lui ce qui lui revient.

  4. Katia dit :

    Je ne suis probablement pas au bon endroit… Mais comment avoir accès à l’éléphant sans vidéotron? Je suis avec Cogeco et il n’y a pas videotron à Rimouski… Est-ce vraiment accessible pour tous?

  5. Normand dit :

    J’ai commandé quelques films sur Éléphant. C’est intéressant de découvrir certaines de ces réalisations qui peuvent laisser cependant une impression d’amateurisme. Ce serait une plateforme idéale pour les courts-métrages qui manquent cruellement de visibilité. Ce qui m’agace avec Éléphant, c’est que les films québécois semblent avoir mal vieilli. Le prix demandé pour le visionnement est vraiment à la portée de tous, mais laisse toutefois une impression générale assez décevante à mes yeux. Il faudrait surtout entendre parler de ces films qui ne sont pas assez publicisés et résistent mal à la concurrence de tous les jours.

  6. Claude Fournier dit :

    Pour répondre à Katia de Rimouski. Oui, nous serons bientôt disponible à travers tout le pays. Patience. Ce sera en novembre.

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