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	<title>Dans la jungle</title>
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	<description>Ce blogue est une sorte de «making of» du projet Éléphant. Il raconte la naissance du projet, sa vie et sa survie dans la jungle du cinéma. Les événements actuels de notre cinéma sont rapportés en rapport avec la mission d’Éléphant, c&#039;est-à-dire la préservation et la diffusion du patrimoine cinématographique.</description>
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		<title>Les mendiants du 7e art.</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Mar 2013 00:16:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[Cinéaste au bord de la crise de nerfs! &#160; Mais non, je ne piquerai pas de crise, j&#8217;ai vraiment passé l&#8217;âge. Cependant, en zappant entre Le Gala des Jutra et La Voix, cet autre dimanche, je me suis retrouvé au bord, juste au bord de la crise de nerfs, en entendant les gens de cinéma [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">Cinéaste au bord de la crise de nerfs!</span></h1>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mais non, je ne piquerai pas de crise, j&#8217;ai vraiment passé l&#8217;âge. Cependant, en zappant entre Le <em>Gala des Jutra</em> et <em>La Voix</em>, cet autre dimanche, je me suis retrouvé au bord, juste au bord de la crise de nerfs, en entendant les gens de cinéma supplier littéralement le public d&#8217;aller voir les films québécois; mendier en quelque sorte la clientèle. Sans avoir vérifié les cotes d&#8217;écoute, je suis assuré par ailleurs que la plus grande partie des téléspectateurs écoutaient <em>La Voix</em> et ont ainsi raté les suppliques des mendiants du septième art, au <em>Gala des Jutra</em>.</p>
<p><a title="Le Gala des Jutra" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/b/e/9/5/f/be95fdc03966c5b84e4170b996e58f32.jpg?stmp=1364342011"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33274808/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Le Gala des Jutra" width="320" height="198" /></a>Je trépignais d&#8217;impatience, Gilles Carle a dû se tourner dans sa tombe et Denys Arcand, s&#8217;il n&#8217;avait pas été sur ses terrains de golf de Floride, se serait sûrement abandonné à quelque persiflage. Se jeter aux genoux du public pour qu&#8217;il vienne voir nos films? Non!</p>
<p>Mieux travailler pour attirer le public. Oui!</p>
<p>Il y avait une leçon à tirer de ce zapping entre le <em>Gala</em> et <em>La Voix</em>. Ce spectacle de TVA (une recette hollandaise, mais si bien adaptée qu&#8217;on la prendrait pour une poutine originale) a tous les ingrédients nécessaires pour attirer le public: drame, humour, lyrisme&#8230; Et même du grand mélo! De surcroît, on raconte une histoire, l&#8217;histoire de chaque participant et d&#8217;une partie de sa famille. C&#8217;est presque irrésistible, même pour moi qui regarde si peu de télévision.</p>
<p>Permettez-moi de ne pas commenter davantage le <em>Gala</em>. On aura compris que ça ressemblait à un film bien ordinaire, comme il s&#8217;en trouve dans tous les cinémas nationaux, pas seulement le cinéma québécois.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Le cinéma, une fête!</span></h3>
<p>Aller au cinéma, c&#8217;est une fête. <em>Life of Pi</em>, c&#8217;était une fête; <em>Django</em>, une fête! <em>Skyfall</em>, une fête! Même <em>Lincoln</em>, c&#8217;était une fête. Ce qui manque depuis quelques années au cinéma québécois (et qui a peut-être presque toujours manqué), ce sont des «fêtes». C&#8217;est sans doute à cause de cela qu&#8217;on a crié à la crise, une fausse crise, puisqu&#8217;il y a eu, même cette année, de très bons films: <em>Rebelle</em>, <em>Laurence Anyways</em>, <em>Inch&#8217;Allah</em>. Mais, ne nous le cachons pas: aucun de ces films n&#8217;était une «fête»! Qu&#8217;on me comprenne bien; je suis allé voir <em>Amour</em> de Haneke, j&#8217;ai beaucoup aimé, mais ce n&#8217;était pas une fête non plus. (surtout pas à l&#8217;âge que j&#8217;ai!).</p>
<p><a title="J'ai tué ma mère, l'affiche." href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/b/f/3/7/0/bf370c9b354cb60a39277614d3f6bb24.jpg?stmp=1364342240"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33274823/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="J'ai tué ma mère, l'affiche." width="190" height="266" /></a>Et ce n&#8217;est pas, comme pensent certains, seulement une question d&#8217;argent! Beaucoup s&#8217;étaient fait une fête d&#8217;aller voir <em>J&#8217;ai tué ma mère</em>, qui n&#8217;a presque rien coûté; seulement les économies de son jeune réalisateur.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Où est le bobo?</span></h3>
<p>À vrai dire, je n&#8217;essaierai pas d&#8217;être plus perspicace que les autres, je ne sais pas trop, mais je me demande si l&#8217;on pense assez au public. Bien sûr, en entrevue, tous répondront qu&#8217;ils ont toujours le public en tête, mais l&#8217;ont-ils vraiment? Le scénariste dans le cerveau de qui germe une idée, pense-t-il au public? Le réalisateur qui va la traduire en images, pense-t-il au public lui aussi? Et le producteur? Et les analystes et fonctionnaires de la SODEC et de Téléfilm dont dépend une bonne partie du financement? En principe, le distributeur est celui qui devrait être le plus près du public avec l&#8217;exploitant de salle, mais leur métier n&#8217;en est pas un de création. Leurs connaissances du marché, cependant, devraient servir de guide. Comme un bon éditeur peut guider l&#8217;écrivain.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Le financement public.</span></h3>
<p>Le cinéma québécois, comme dans tous les autres pays du monde (sauf les États-Unis et l&#8217;Inde) est en majeure partie financé par l&#8217;État: investissements et crédits d&#8217;impôt. Sans cette contribution publique, pas de cinéma, un point c&#8217;est tout. Le Canada mérite d&#8217;avoir son cinéma, le Québec aussi. Impossible donc de couper le financement public.</p>
<p>Contrairement à la France, qui a intelligemment adopté un système de financement qui repose en bonne part sur un prélèvement sur les billets vendus aux guichets et sur des contraintes bien spécifiques obligeant les diffuseurs de signaux de télévision à investir dans le cinéma national, le Canada et le Québec &#8211; pour n&#8217;avoir pas à affronter les majors américains et les exploitants de salles &#8211; ont plutôt institué des fonds et donné à leurs institutions, Téléfilm Canada et la SODEC, le pouvoir discrétionnaire de les distribuer. Les crédits d&#8217;impôt s&#8217;ajoutent à ce financement; les conditions pour obenir ces crédits sont strictement objectives (en principe).</p>
<p>Grâce au système français de prélèvement, les années où le cinéma américain fait florès en France, acteurs et artisans du cinéma ne vont pas par désespoir se jeter dans la Seine, car ils savent que sur chaque billet vendu un pourcentage de l&#8217;argent ira à la production nationale. Une sorte de principe d&#8217;utilisateur-payeur.</p>
<p>En France, lorsqu&#8217;il y a une crise du cinéma, c&#8217;en est une vraie! C&#8217;est que les gens fuient les salles. Tout le cinéma pâtit, y compris le cinéma américain. Les salles, ici, n&#8217;ont pas pâti cet hiver; j&#8217;ai dû me reprendre à deux ou trois fois pour voir <em>Skyfall, Django</em> ou <em>Life of Pi</em> ou le <em>Hobbit</em>, il y avait des queues partout. Imaginez la belle cagnotte que cela eût constituée si notre cinéma vivait selon les règles du système français!</p>
<p>Non, ici les fonds proviennent directement de l&#8217;État et sont administrés par des fonctionnaires au service de l&#8217;État. Dans un système rigide et complexe comme seuls les États savent les formater.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que notre cinéma s&#8217;est de plus en plus bureaucratisé. Tellement que ça me donne envie de paraphraser Camus dans <em>La Peste</em>: «<em>certains&#8230; </em>films, <em>qui sont des débauches bureaucratisées, deviennent en même temps les monotones corbillards de l&#8217;audace et de l&#8217;invention»</em>.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Corbillards de l&#8217;audace et de l&#8217;invention!</span></h3>
<p>Permettez-moi de généraliser un peu. Se pourrait-il que scénaristes, réalisateurs et producteurs québécois, lorsqu&#8217;ils pensent au public en créant leur œuvre, soient aussi passablement distraits par les desiderata des fonctionnaires des institutions. Car, en fin de parcours, ce sont eux qui ont droit de vie ou de mort sur les projets. Difficile de garder un œil serain du côté du public lorsque, la tête sous la guillotine, on ne sait pas si le couperet tombera ou si l&#8217;on sera épargné in extremis. Monter un financement avec les institutions, c&#8217;est un véritable parcours de combattant ou, si l&#8217;on veut, c&#8217;est inscrire son projet dans l&#8217;aile des comdamnés à mort. Là, après s&#8217;être consumés d&#8217;attente, un petit nombre sera gracié et se métamorphosera en films, les autres seront incinérés et leurs cendres déposées dans l&#8217;immense columbarium des œuvres inachevées, les limbes de la création.</p>
<p><a title="Rebelle aux Oscars" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/6/6/4/e/1/664e1364416597a644eaf0629c8f4e96.jpg?stmp=1364342719"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33274869/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Rebelle aux Oscars" width="125" height="160" /></a>Je n&#8217;accuse pas les fonctionnaires de ne faire que du mauvais travail; à preuve, plusieurs films québécois se sont taillés des carrières dans toutes sortes de festivals, des grands, des petits et d&#8217;autres avec encore moins d&#8217;importance. Mais leur donner crédit pour ce succès de festival, c&#8217;est aussi leur imputer une part de responsabilité quand on fait le constat de la baisse constante du boxoffice de nos films. Leurs décisions sont évidemment basées sur les projets de films qu&#8217;on leur soumet, mais n&#8217;arrive-t-il pas qu&#8217;on leur offre le genre de film qui risque justement de leur plaire à eux davantage qu&#8217;au public? La question se pose.</p>
<p><a title="Inch'Allah le film" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/7/4/4/d/b/744dbac51bd55c5786bc2e0dc058f14e.jpg?stmp=1364342979"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33274887/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Inch'Allah le film" width="145" height="189" /></a>Reste qu&#8217;il y a une déconnection évidente entre le cinéma québécois et son public, comme si ce dernier ne s&#8217;y retrouvait plus, qu&#8217;il n&#8217;y reconnaissait plus son image. Ces derniers temps, par exemple, je ne pense à aucun film dans lequel le grand public eût pu facilement et avec plaisir se retrouver. Ce qui ne veut pas dire qu&#8217;il ne faille par tourner <em>Rebelle, Inch&#8217;Allah ou Laurence Anyways</em>, mais il faut aussi s&#8217;assurer qu&#8217;il y ait à l&#8217;écran des sujets plus populaires, plus accrocheurs, j&#8217;oserais presque ajouter: plus locaux! Même <em>Argo</em> détourne son sujet pour mieux l&#8217;américaniser, au diable les diplomates canadiens!</p>
<p>Il y a une tendance à oublier que ce doit être une fête d&#8217;aller au cinéma, un divertissement, une récréation, pas un pensum. On n&#8217;engage pas une gardienne d&#8217;enfants, on ne paie pas un parking et le prix d&#8217;entrée dans une salle où l&#8217;on va s&#8217;ennuyer avec, pour seule consolation, une chaudière de popcorn achetée à prix d&#8217;or. Non, on reste chez soi devant la télévision avec la perception erronée que c&#8217;est gratuit.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Pourquoi pas une fête du cinéma?</span></h3>
<p>Malgré l&#8217;embouteillage de festivals de toutes sortes, à Montréal et au Québec, je me demande s&#8217;il n&#8217;y aurait pas place ici, comme en France, pour une fête annuelle et nationale du cinéma. La Fête du cinéma est une opération de promotion du cinéma qui a lieu, chaque année, en France, au mois de juin, depuis 1985. Cette fête avait été instituée pour parer à une vraie crise du cinéma celle-là, alors que les cinéphiles français avaient commencé de délaisser les salles, ce qui n&#8217;est pas tout à fait le cas ici.</p>
<p>Durant cette fête qui dure quatre jours, à travers tout le pays, le cinéphile peut se procurer un carnet-passeport à l&#8217;achat d&#8217;une place au tarif normal pour ensuite avoir accès, grâce à ce passeport, à tous les autres films à l&#8217;affiche à un tarif vraiment préférentiel. Depuis l&#8217;an dernier, le passeport a été remplacé par un bracelet. La fête, organisée par la Fédération nationale des cinémas français et sponsorisée par de riches partenaires commerciaux, permet aux salles de vendre plus d&#8217;un million d&#8217;entrées par jour durant cette courte période et fait renouer le public avec le plaisir de voir un film en salle, dans des conditions techniques de plus en plus impressionnantes.</p>
<p><a title="La fête à l'Espace Cardin (photo MJR)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/d/7/2/9/d/d729d58d5129abab3d11cb1d4a7b5973.jpg?stmp=1364343241"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33274909/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="La fête à l'Espace Cardin (photo MJR)" width="240" height="179" /></a>Cette Fête du cinéma a été instaurée par le Ministère français de la Culture. Et je peux témoigner de l&#8217;engouement qu&#8217;elle a tout de suite suscité puisque, avec Marie-José Raymond, nous fûmes invités aux premières manifestations, dont la cérémonie d&#8217;ouverture, à Paris, à l&#8217;Espace Pierre Cardin, en présence de vedettes et de nombreux réalisateurs de cinéma. Nous y avions amené Jérôme Décarie, le fils de José, qui faisait son apprentissage d&#8217;artiste-bruiteur avec les frères Lévy dans les studios parisiens.</p>
<p>La fête du cinéma provoque chaque année une poussée d&#8217;adrénaline extraordinaire chez les cinéphiles. S&#8217;il y en avait une ici, des gens &#8211; par effet d&#8217;entraînement &#8211; iraient même voir des films québécois et les aimeraient!  J&#8217;ai encore trés présent à l&#8217;esprit cette atmosphère enthousiasmante dans laquelle nous baignions, ce jour-là, à l&#8217;Espace Cardin. Comme nous étions fiers de faire partie de ce monde du cinéma. Comme il était encourageant de voir des files à la porte de chaque cinéma, d&#8217;entendre partout, dans les rues, dans le métro, parler de cinéma, et de lire dans tous les journaux des papiers sur le cinéma.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Le cinéma était ce qu&#8217;il doit toujours être: UNE FÊTE !</span></h3>
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		<title>TIENS, SERGE, PRENDS MON ESPACE !</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Feb 2013 00:27:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[Il m&#8217;était impossible, même si je l&#8217;eus vivement souhaité, d&#8217;écrire sur Normand Corbeil qui vient de nous quitter, trop jeune, à la suite d&#8217;une terrible maladie, un texte aussi vrai et aussi chaleureux qu&#8217;il le méritait, car je ne le connaissais pas suffisamment. Puis, j&#8217;ai appris que Serge Bouchard était de ses amis, qu&#8217;il avait [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ffff00;">Il m&#8217;était impossible, même si je l&#8217;eus vivement souhaité, d&#8217;écrire sur Normand Corbeil qui vient de nous quitter, trop jeune, à la suite d&#8217;une terrible maladie, un texte aussi vrai et aussi chaleureux qu&#8217;il le méritait, car je ne le connaissais pas suffisamment. Puis, j&#8217;ai appris que Serge Bouchard était de ses amis, qu&#8217;il avait lu, lors d&#8217;une cérémonie intime en souvenir de Normand, un texte remarquable, remarquable comme le sont toujours les textes de Serge. Alors, j&#8217;ai pris la décision de lui céder mon espace afin que tout le monde puisse l&#8217;apprécier, ce texte,  et apprendre à connaître un peu cet immense compositeur que fut Corbeil.</span></p>
<p><span style="color: #ffff00;"><strong>Claude Fournier</strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h1 style="text-align: center;"><span style="color: #ff0000;">LE COMPOSITEUR</span></h1>
<p>&nbsp;</p>
<p><a title="Serge Bouchard" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/0/6/e/c/f/06ecf25d1317031c2f5d70cb08c558de.jpg?stmp=1360023760"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33125494/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Serge Bouchard" width="176" height="132" /></a>La délicatesse est une vertu rare en notre monde. Normand était finalement un murmure, il est passé le pas léger, absolument timide, en essayant certainement de ne rien bousculer. Le compositeur n’a jamais fait la manchette, même dans la mort il ne la fera pas.</p>
<p>le Nous venons de perdre un artiste, un grand artiste. La société du Québec a l’habitude de reconnaître les siens, mais Normand fut si discret qu’il aura réussi à rester à l’écart de la lumière, jusqu’à la fin. À Londres, à Prague, à Los Angeles, il dirigeait des orchestres qui jouaient sa musique, sans que personne ne le remarque dans les coulisses du <em>star system</em> de Montréal. Il entrait dans le studio mythique d’Abbey Road comme s’il était chez lui. Il était apprécié partout où il allait, reconnu par ses pairs, mais ignoré du public.</p>
<p>Je lui ai souvent demandé s’il souffrait de son anonymat, lui qui existait si fort dans son art. « L’important, c’est le travail, disait-il ; je fais exactement ce que je veux, de la musique, je fais aussi &#8220;du bon argent&#8221; ; je suis un homme libre, simplement confronté à l’obstacle de la création. » Il est vrai que le compositeur était un être concentré, peu distrait par les éclats du monde. Le problème de Normand était d’ordre musical. Il ne cherchait pas la notoriété, il cherchait une note.</p>
<p>Il y a plus de trente ans, lorsque je l’ai connu, le jeune musicien était déjà très ambitieux, travaillant, courageux, mais il était surtout vulnérable. Avec José, il formait un couple d’oiseaux blessés, réunis par amour pour tout refaire ensemble, pour vivre et créer une forteresse de chaleur et de sécurité. Ils avaient tous deux un grand besoin de consolation. Afin de construire ce monde de réconfort, Normand allait «faire de la musique», envers et contre tous. Il ne comptait pas sur des diplômes, ni sur des relations, il ne s’appuyait que sur lui-même, il avait foi en sa bonne étoile.</p>
<p>De grâce et de courage, il a réussi. Normand a fait de la musique pour la télévision, il en a fait pour la publicité, pour le cinéma, puis pour les jeux vidéos. Il a suivi le train du monde sans vraiment faire partie de ce monde. Nous avions l’impression que Normand était intemporel : il ne vieillissait pas vraiment ; au fil des ans et des œuvres, son visage gardait la candeur de sa jeunesse, il conservait des traits curieusement angéliques, comme José, comme les enfants aussi. Il avait la retenue d’un gentilhomme d’un autre siècle. Le même Normand que nous avons connu aurait pu vivre en 1800, et c’eût été le même, avec sa délicatesse et ses manies, avec sa concentration, avec son rythme, sa douceur. Il aurait visité l’Italie dans un carosse de luxe, dormant dans les meilleurs hôtels, dépensant l’argent honorable de son travail régulier, le fruit des milliers d’heures passées dans la solitude de son studio. Car il aimait la routine de la vie, ce qui est une grande force.</p>
<p><a title="Normand Corbeil" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/8/7/9/b/8/879b888b9c03fd29d4ca471f80aff453.jpg?stmp=1360023928"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33125506/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Normand Corbeil" width="300" height="168" /></a>Dans sa vie routinière justement, il ne faisait pas de bruit. Il cuisinait des pâtes pour huit sans que rien n’y paraisse ; il dirigeait des orchestres philharmoniques sans même écrire à sa mère ; il conduisait une Porsche sans s’en vanter auprès de ses chums. Il vivait en diva sans répandre autour de lui le parfum capiteux des stars. Comme s’il avait continué de travailler à la buanderie de l’Hôpital Sacré-Cœur. Toute sa vie, il a travaillé.</p>
<p>Il ne tenait pas à ce que tout le monde en parle. Il m’a fait l’honneur cependant de venir me visiter, en compagnie de Serge Fiori, sur les <em>Chemins de travers</em>, à la radio de Radio-Canada en juillet 2008. Les auditeurs, plusieurs années après le fait, me parlent encore de ces heures bénies, un dimanche soir, alors que Fiori et Corbeil, deux ermites au caractère asocial, acceptaient de parler musique, sans ambages ni artifices ; une discussion d’honnêtes hommes sur les ondes nationales. Cela valait son pesant d’or. Normand m’a fait le cadeau de cette ultime pièce d’archives. Je la remets aujourd’hui à José, Étienne et Laurent.</p>
<p>Ce fut un grand ami. Il était là, aux heures insupportables où je perdais ma femme depuis longtemps malade, Ginette, la complice de José. Aux traverses les plus dures, Normand était immensément là, tout en restant discret. Voilà bien le secret. Il avait ce grand pouvoir d’être, sans la lourde manie de paraître. Tant de force dans autant de délicatesse, c’est rare pour un seul homme.</p>
<p>Je sais d’expérience que plus le temps va passer, plus tu seras près de nous, Normand. Tout simplement.</p>
<p>Il était en quête d’une musique, «la musique du silence», selon sa propre expression. Nous ne serons jamais consolés, mais disons-nous quand même que le compositeur l’aura finalement trouvée, sa note.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h4 style="text-align: center;"><span style="color: #ffff00;">Texte lu par Serge Bouchard, le 3 février à la cérémonie de</span></h4>
<h4 style="text-align: center;"><span style="color: #ffff00;">commémoration en souvenir de Normand Corbeil.</span></h4>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>40 MILLIONS D&#8217;IMAGES</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Dec 2012 23:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[UN ÉLÉPHANT POUR ÉTRENNES. &#160; Éléphant, mémoire du cinéma québécois, vit sa quatrième période des fêtes et je ne m&#8217;y suis pas encore vraiment fait à ce cadeau extraordinaire offert aux Québécois et aux cinéastes depuis que le projet a été mis en chantier. Lorsque Pierre Karl Péladeau nous a passé un coup de fil, [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;"><span style="color: #ff0000;">UN ÉLÉPHANT POUR ÉTRENNES.</span></h1>
<p><a title="Dessin de MJR" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/5/9/d/8/c/59d8c57c200bbe54fb3a9ef803805eb4.jpg?stmp=1356994976"><img src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33005429/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Dessin de MJR" width="550" height="422" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Éléphant, mémoire du cinéma québécois</strong>, vit sa quatrième période des fêtes et je ne m&#8217;y suis pas encore vraiment fait à ce cadeau extraordinaire offert aux Québécois et aux cinéastes depuis que le projet a été mis en chantier.</p>
<p>Lorsque Pierre Karl Péladeau nous a passé un coup de fil, à Marie-José Raymond et moi, il y a maintenant cinq ans, s&#8217;informant s&#8217;il ne serait pas possible de numériser le patrimoine du cinéma québécois et de le rendre ensuite disponible sur la vidéo sur demande, nous avons eu un moment d&#8217;incrédulité. C&#8217;était une idée de génie, mais tellement extravagante. D&#8217;autant qu&#8217;au départ, Pierre Karl avait songé à tout le cinéma: documentaire comme de fiction. Il n&#8217;a pas fallu de longues recherches avant de restreindre un peu la commande. Déjà, se borner au cinéma de long métrage exigerait des années de travail et des millions de dollars; à première vue, il semblait y avoir environ 1,200 films de fiction à numériser et restaurer. La tâche serait longue et ardue, mais faisable.</p>
<p><a title="Pierre Karl Péladeau, le mécène d'Éléphant" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/b/5/9/2/d/b592db07fcc702bddd5cde74991a6da9.jpg?stmp=1356995256"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33005444/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Pierre Karl Péladeau, le mécène d'Éléphant" width="156" height="199" /></a></p>
<p>C&#8217;est un fabuleux animal de compagnie qu&#8217;allait ainsi se choisir Pierre Karl Péladeau!</p>
<p>Je me souviens encore de l&#8217;enthousiasme avec lequel il donna son feu vert à ce projets dont on ne savait pas encore quel nom il porterait, l&#8217;excitation fébrile d&#8217;un enfant qui reçoit ses premières étrennes, pourtant c&#8217;était lui qui offrait aux Québécois un cadeau inestimable: leur propre histoire en images, leur cinéma! La mémoire collective d&#8217;un peuple.</p>
<p>Même si cette cinématographie est modeste, comparée à celle des États-Unis ou de la France, il reste que le Québec deviendra, il semble bien, le premier pays au monde dont toute la cinématographie de long métrage aura été numérisée, restaurée et rendue accessible. Un accès qui, en cours d&#8217;année, devrait s&#8217;étendre à travers le Québec et dans le reste du Canada, puis un jour dans le monde.</p>
<p>Ce cadeau, comme il se présente en ce début d&#8217;année 2013, compte déjà près de deux cents films. Quarante millions d&#8217;images! Quarante millions d&#8217;images de la vie de notre société, un album de famille d&#8217;une richesse inimaginable. Des images émouvantes, drôles, étonnantes, mais vraies, authentiques, incontestables. Le Québec comme il a été et comme il est. Le Québec disséqué, imaginé et filmé par ses cinéastes, une prodigieuse mosaïque à laquelle le travail de restauration d&#8217;<strong>Éléphant</strong> redonne son éclat et ses diaprures.</p>
<p>Chaque film numérisé et restauré peut requérir jusqu&#8217;à cinq mois de travail et notre <strong>Éléphant</strong>, devenu très vorace, en consomme en moyenne un par semaine. Il y a donc toujours une dizaine de longs métrages sur les établis sophistiqués de Technicolor, à Montréal (parfois même à Los Angeles et Paris) où s&#8217;affaire une équipe de techniciens et d&#8217;artistes aux connaissances très pointues.</p>
<p>Cette formidable ration de films que réclame notre <strong>Éléphant</strong> exige toute l&#8217;énergie, l&#8217;incessant labeur et la patience d&#8217;ange de Marie-José Raymond pour la réunir. Il faut non seulement trouver les éléments physiques des films, mais aussi retracer les détenteurs des droits. Les droits! Quel micmac parfois! Fouiller, chercher, démêler. Un vrai nœud de serpents. Pour les éléments physiques, je m&#8217;en voudrais de ne pas mentionner particulièrement la collaboration de la Cinémathèque québécoise dont le gouvernement du Québec ne sera jamais assez conscient de l&#8217;essentiel de son existence.</p>
<p>Chez Québecor, l&#8217;<strong>Éléphant</strong> est habilement cornaqué par Sylvie Cordeau, vice-présidente aux communications de Québecor Media, secondée par Lise Gascon.</p>
<p>Le gros animal a aussi son site web &#8211; elephant.canoe.ca &#8211; avec son webmestre, un Pascal Laplante toujours aux aguets sur le monde grouillant du cinéma québécois.</p>
<p><a title="Le répertoire 2013" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/a/6/3/6/5/a6365574698bf755c806ff4cd68e398d.jpg?stmp=1356995591"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/33005463/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Le répertoire 2013" width="257" height="300" /></a></p>
<p>La publicisation d&#8217;<strong>Éléphant</strong>, un des plus importants projets culturels philanthropiques jamais entrepris ici, est assurée généreusement par son mécène. J&#8217;en cite pour exemple la publication annuelle du Répertoire <strong>Éléphant</strong>, tiré à près de 600,000 exemplaires, inséré dans le <em>Journal de Montréal</em> et <em>Le Devoir</em>, distribué dans les publi-sacs et envoyé aux organismes de cinéma, au Québec et en France.</p>
<p>Le cinéma québécois, c&#8217;est soixante-quinze ans de notre histoire en images, c&#8217;est un album de famille qu&#8217;entend préserver <strong>Éléphant</strong> jusque dans la nuit des temps. Un album qui permettra aux générations futures de se poser à l&#8217;occasion, de regarder derrière et de mieux comprendre d&#8217;où elles viennent et comment étaient celles qui les ont précédées.</p>
<p>Chaque film qui s&#8217;ajoute au répertoire <strong>Éléphant</strong> devient un nouveau repère. Chaque film ouvre une nouvelle lucarne sur le monde que nous avons été et celui que nous sommes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><span style="color: #ff0000;">2013 ajoutera ses films comme autant de nouveaux jalons. Souhaitons qu&#8217;ils seront captivants, drôles, palpitants et émouvants&#8230; comme la vie.</span></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>LAUZON, LE GÉNIAL DESPOTE</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Nov 2012 00:39:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[LÉOLO FRAPPE FORT &#160; Retour à cet été, l&#8217;instant d&#8217;un blogue. À la sortie de la projection-souvenir de Léolo, numérisé en HD et restauré par Éléphant, il y avait dans l&#8217;air une telle intensité de sentiments de toutes sortes chez les spectateurs qui venaient de voir ou revoir le film que j&#8217;ai eu envie d&#8217;écrire [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">LÉOLO FRAPPE FORT</span></h1>
<p>&nbsp;</p>
<p>Retour à cet été, l&#8217;instant d&#8217;un blogue.</p>
<p>À la sortie de la projection-souvenir de <em>Léolo</em>, numérisé en HD et restauré par Éléphant, il y avait dans l&#8217;air une telle intensité de sentiments de toutes sortes chez les spectateurs qui venaient de voir ou revoir le film que j&#8217;ai eu envie d&#8217;écrire un deuxième billet d&#8217;affilée à propos de Jean-Claude Lauzon qu&#8217;un accident d&#8217;avion est venu nous ravir beaucoup trop tôt.</p>
<p>Ce génial cinéaste n&#8217;avait eu le temps que de tourner deux longs métrages dont ce <em>Léolo</em> autobiographique, souvent poétique, parfois révoltant, avec son langage cinématographique qui reste d&#8217;une finesse d&#8217;orfèvrerie assez rare dans le cinéma des cinquante dernières années. J&#8217;ai idée qu&#8217;il faille remonter à <em>Citizen Kane</em>, le premier Orson Welles, pour croiser un film dont la structure est aussi complexe et aussi originale, tout en respectant la plus correcte grammaticalité cinématographique.</p>
<p>Pourtant, j&#8217;avais été diablement heurté par <em>Léolo</em>, au moment de sa sortie. <em>Léolo</em> m&#8217;était apparue comme une œuvre si dédaigneuse de notre société, si méprisante pour ce que nous sommes, que j&#8217;avais même lancé à la blague que son scénario avait dû être inspiré par Mordecai Richler, notre médisant national. De plus, je ne me doutais pas à quel point le film était autobiographique, ce qui en fait une œuvre d&#8217;un acumen terrifiant.</p>
<p>En le numérisant pour Éléphant, j&#8217;ai revu <em>Léolo</em> au moins une dizaine de fois, en plus de l&#8217;analyser scène après scène pour l&#8217;étalonnage couleur (avec Vince Amari) et une autre fois encore avec Marie-José Raymond qui se charge des restaurations (avec François Massé), puis de nouveau pour l&#8217;approbation du DCP, le fichier numérique utilisé pour la projection au Quartier latin, à l&#8217;occasion du Festival des Films du Monde. Eh bien ce film me tire les larmes. À chaque visionnement. Impossible de tisonner davantage les sentiments.</p>
<p>Rien n&#8217;était plus évident qu&#8217;à la sortie du cinéma, ce soir tiède du 29 août dernier.</p>
<p>Éléphant avait souhaité que cette projection fût l&#8217;occasion de rappeler le souvenir de trois personnes vitales à ce film, trois personnes maintenant disparues: Jean-Claude, évidemment, le scénariste et le réalisateur, Aimée Danis, la productrice, et Pierre Bourgault, le philosophe-communicateur, qui y tient le rôle du Dompteur de mots et dont l&#8217;influence sur Lauzon est reconnue par tous.</p>
<p>Outre le public et les invités, il s&#8217;y trouvait beaucoup des proches et des amis des trois personnes dont nous voulions honorer la mémoire. Une salle comble et bien disposée. Pierre Karl Péladeau, le mécène d&#8217;Éléphant, avait chaleureusement accueilli le public et prononcé quelques mots sur l&#8217;importance de la préservation de notre patrimoine cinématographique; Franco Nuovo, un ami de Bourgault, avait rappelé l&#8217;éblouissement de ce dernier de se retrouver au Festival de Cannes à cause de son rôle; Lyse Lafontaine avait parlé de la détermination et de la patience d&#8217;Aimée Danis avec qui elle a produit <em>Léolo</em> et esssayé tant bien que mal de contenir le capricieux et fougureux Lauzon; finalement, Gaston Lepage avait expliqué dans les mots les plus simples le tendre rapport fraternel qui l&#8217;unissait à Jean-Claude, à la vie&#8230; à la mort.</p>
<p>Je dirais que ces anecdotes constituèrent le moment le plus paisible de la soirée&#8230;</p>
<p>Dès les premières images<em>, Léolo</em> a commencé à remuer les émotions; cent sept minutes, sans relâche! À la fin, presque pas de réactions et surtout, pas d&#8217;ovation! comme si les spectateurs étaient trop sonnés, puis au bout d&#8217;un long moment des applaudissements qui s&#8217;enclenchent petit à petit, grandissent sans jamais éclore complètement. À deux fauteuils du mien, Christine St-Pierre, encore ministre de la Culture, demeure clouée sur place, le visage brisé par l&#8217;émotion. Plus loin, Julie Snyder et Pierre Karl sont debout sans bouger, troublés, sous le choc. Comme presque tout le reste de la salle. Les placeurs montent et descendent les allées en implorant littéralement les spectateurs de se bouger, de sortir, qu&#8217;une autre projection doit commencer.</p>
<p>Mais on dirait que les gens ne veulent pas quitter le Quartier latin. Ils embouteillent le hall, s&#8217;agglutinent, argumentent, discutent; certains n&#8217;ont pas trop aimé, parmi eux: Manon Leriche, la veuve de Pierre Falardeau, qui trouve trop esthétisante la façon de Lauzon; Julie Payette, l&#8217;astronaute, explique qu&#8217;elle n&#8217;a pas compris grand-chose; la Parisienne Martine Scoupe, spécialiste des grands festivals, s&#8217;extasie sur les images du film et la qualité de leur restauration; Julie et Pierre Karl resteront de longues minutes à échanger des impressions avec les gens qui les abordent et qui, comme eux, ont été secoués par les vérités troublantes que charrie cette histoire de vie précaire et de folie; René Malo, producteur et distributeur en jachère, aurait bien souhaité que ce film fît partie de son répertoire; et le Dr Jean-Daniel Arbour, ce super ophtalmologue, qui avoue à sa fille Raphaëlle &#8211; bouleversée &#8211; regretter ne pas avoir entendu la chanson de Ginette Reno dont il avait le souvenir qu&#8217;elle accompagnait le film en le lénifiant un peu; puis, plus loin, Nathalie Petrowski essayant de convaincre son père, un André encore dubitatif, qu&#8217;il ne devrait plus entretenir la moindre amertume envers Lauzon, dont il fut le mentor, que ce <em>Léolo</em> qu&#8217;il lui a dédié, au générique, restait le plus magnifique cadeau qu&#8217;on puisse faire à quiconque&#8230; Disons-le, une sortie de film chargée, intense, mémorable.</p>
<p>Trois semaines plus tôt, au Festival Fantasia, le film <em>Dans le ventre du dragon,</em> numérisé et restauré par Éléphant, avait aussi provoqué beaucoup de réactions, mais à l&#8217;opposé de celles de <em>Léolo</em>. Les centaines de spectateurs avaient quitté le Théâtre Hall de l&#8217;université Concordia, sourire aux lèvres, l&#8217;esprit euphorique. Autant <em>Dans le ventre, </em>le film de Yves Simoneau avait mis tout le monde en liesse, autant <em>Léolo</em> fit réfléchir.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">De grands moments de cinéma!</span></h3>
<p><a title="Gaston Lepage, Charlotte Laurier répète pour Piwi avec Jean-Claude" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/b/8/3/d/9/b83d987c4589167fc475f3f3ac7c518c.jpg?stmp=1352506562"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32850820/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Gaston Lepage, Charlotte Laurier répète pour Piwi avec Jean-Claude" width="280" height="178" /></a>Il est difficile de s&#8217;extirper brusquement de pareils orages de sentiments, aussi nous sommes-nous retrouvés un petit groupe au restaurant L&#8217;Express. Pour décompresser. Reprendre nos esprits. Il y avait Julie Payette, Manon Leriche, Louise Laparé, Nathalie Mongeau, Dominique Parent, Marie-José Raymond, Gaston Lepage (Gaston qui avait été du court métrage <em>PIWI </em>de Jean-Claude avec Charlotte Laurier) René Malo, Louis Grenier et moi, tous des amis plus ou moins proches de Lauzon et, surtout, quatre d&#8217;entre nous, des pilotes d&#8217;avion! Voler, cette passion qui semblait rendre à Jean-Claude la vie à peu près tolérable.</p>
<p>L&#8217;aviation, voilà ce qui par-dessus tout unissaient Julie, Nathalie, Louis et Gaston au cinéaste. La première partie du repas s&#8217;est donc passée à écouter des histoires d&#8217;aviation; d&#8217;abord, on a repassé seconde par seconde le crash qui a coûté la vie à Jean-Claude, puis la description d&#8217;un autre crash, l&#8217;année auparavant, qui l&#8217;avait envoyé valdinguer en pleine forêt, mais dont il s&#8217;était miraculeusement tiré indemne. Chacun de ces pilotes a ensuite raconté par le menu détail son ou ses écrasements, toujours en rigolant bien sûr puisqu&#8217;ils se trouvent encore là, vivants, et attendant qu&#8217;on leur apporte de quoi manger. On a même eu droit à la narration d&#8217;atterrissages catastrophes du mari de Julie Payette, lui-même pilote d&#8217;essai. Manon Leriche qui redoute l&#8217;avion plus que le jugement dernier cherche désespérément, depuis un bon moment, à faire décoller la conversation sur une autre piste.</p>
<p><a title="Louis Grenier, le patron de Kanuk" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/5/4/a/0/e/54a0e90170cca9cf96758fe69219917b.jpg?stmp=1352506873"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32850835/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Louis Grenier, le patron de Kanuk" width="168" height="126" /></a>Tiens, si Louis Grenier racontait son expérience de tournage dans <em>Léolo</em>. Louis, grand patron de Kanuk, y tenait le rôle du gynéco qui découvre que la mère (Ginette Reno) a été engrossée par une tomate, contaminée par la semence d&#8217;un cueilleur sicilien.</p>
<p>_ Pourquoi Jean-Claude vous avait-il demandé de jouer ce rôle?</p>
<p>_ Nous étions copains, explique Louis, et il voulait absolument que je joue dans le film.</p>
<p>_ Parce que vous aviez envie d&#8217;être acteur?</p>
<p>_ Pas du tout, c&#8217;est parce que Jean-Claude voulait m&#8217;humilier!</p>
<p>Je crois qu&#8217;il blague, c&#8217;est la première fois que je rencontre Louis Grenier qui m&#8217;est apparu tout de suite comme un bonhomme sensible et généreux; son affirmation m&#8217;intrigue donc.</p>
<p>_ Je crois, poursuit Louis, que cela amusait Jean-Claude de prendre presque douze heures de tournage pour que j&#8217;arrive à dire comme il le souhaitait la dizaine de mots qui constituaient l&#8217;ensemble de mon rôle de gynéco; je n&#8217;étais plus son ami, pilote comme lui, ni son ami businessman, j&#8217;étais un pauvre type qui essayait «désespérément» de lui plaire comme acteur et à qui il n&#8217;épargnait aucune misère. Une journée infernale.</p>
<p>_ Parce que j&#8217;ajoutais toujours un mot de trop à une réplique, que nous étions rendus à la énième prise, Jean-Claude péta carrément les plombs: «ç&#8217;est ça, hurla-t-il devant tout le monde, tu veux réécrire le scénario, vas-y, réécris, on attend».</p>
<p>Dominique Parent, celle qui a réalisé un <em>«making of»</em> du tournage de Léolo et qui est une mine de souvenirs et d&#8217;anecdotes au sujet de Jean-Claude, renchérit que ce dernier, malgré son charme inné, pouvait à l&#8217;occasion être très despotique. Obsessif, minutieux, exigeant, perfectionniste, il allait au bout des choses sans égard aux remous qu&#8217;il pouvait provoquer autour de lui.</p>
<p>Et il était comme ça pour tout, renchérirent Louise et Gaston.</p>
<p><a title="Jean-Claude et des frères de sang! (Photo A. Petrowski)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/3/5/7/6/e/3576e4d646cecf8a05c9499c8f744a74.jpg?stmp=1352507095"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32850851/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Jean-Claude et des frères de sang! (Photo A. Petrowski)" width="280" height="198" /></a>Le jour, par exemple, où il décida de commencer à chasser à l&#8217;arc, eh bien il se mit dans le crâne de fabriquer lui-même ses propres flèches. Il avait beau avoir du sang indien, celui ne lui vint pas naturellement. Il fit des recherches, rencontra des spécialistes et finit par passer des heures et des heures à tailler ses flèches. «Après l&#8217;accident, raconte Gaston, en riant, j&#8217;en ai trouvé au moins deux mille chez lui».</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">La fille de Jean-Claude.</span></h3>
<p>Bien sûr, pendant ce souper qui s&#8217;est étiré jusqu&#8217;à très tard, il a été question des amours changeantes et souvent tumultueuses de Jean-Claude. Même de Marie-Soleil Tougas qui était sa copine depuis près de deux ans, au moment du crash fatal, il s&#8217;obstinait à dire qu&#8217;elle n&#8217;était pas sa blonde, mais «une de ses blondes». Ce que Marie-Soleil acceptait en souriant, l&#8217;œil en coin, malicieux.</p>
<p>Jean-Claude vivait dans l&#8217;épouvante d&#8217;être atteint de folie, comme le furent tant de membres de sa famille, sauf sa mère. Et c&#8217;est pourquoi il avait résolu de ne pas avoir d&#8217;enfant, de crainte de transmettre des gênes qui l&#8217;angoissaient tant lui-même. Cela dit, il eut une fille qu&#8217;il n&#8217;a jamais connue. Une semaine avant l&#8217;accident d&#8217;avion, cette jeune femme &#8211; qui avait été adoptée par une famille &#8211; avait fini par le retrouver et il avait accepté, par téléphone, de la rencontrer le mercredi suivant. Cela ne se produisit jamais. Pour Gaston Lepage qui, lui, l&#8217;a rencontrée plusieurs fois, il n&#8217;y a pas de doutes: «Juste à la voir, c&#8217;était Jean-Claude tout craché». Mais depuis quelques années, on a perdu sa trace. On avait espéré qu&#8217;elle se manifestât à la projection. Non. Rien.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Chanson pour  Léolo.</span></h3>
<p><a title="Pas question d'une chanson de Ginette!" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/2/2/1/3/f/2213fa5fc3aaba5705972fba445b4eb1.jpg?stmp=1352507342"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32850867/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Pas question d'une chanson de Ginette!" width="135" height="135" /></a>Cette fameuse chanson dont l&#8217;absence durant le générique avait étonné le Dr Arbour. Mais non, elle n&#8217;était pas sur le film, elle n&#8217;y a jamais été. Pas que Ginette Reno qui l&#8217;a écrite et la chante n&#8217;ait pas fait des pieds et des mains pour que Lauzon s&#8217;en serve. Pourquoi pas en accompagnement du générique. Jean-Claude avait décidé que cela ne convenait pas et il allait tenir son bout. Devant les assauts persistants de Ginette pour que Jean-Claude accepte la chanson, et de guerre lasse, Aimée Danis, la productrice, demanda à Guy Fournier d&#8217;intercéder auprès du réalisateur. Rien n&#8217;y fit. La Chanson pour Léolo sera finalement endisquée, mais elle n&#8217;accompagnerait jamais le film bien qu&#8217;elle jouât souvent sur les radios, imprégnant sans doute ainsi dans la mémoire (défaillante) de mon ophtalmo préféré qu&#8217;elle faisait partie intégrante de <em>Léolo</em>, le film. Tiens, pour ceux qui aimerait l&#8217;écouter, voici le lien</p>
<p class="p1"><a href="http://yt.cl.nr/h1PoyeR9DL0">http://yt.cl.nr/h1PoyeR9DL0</a></p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Post-scriptum:</span></h3>
<p>Après la projection, André Petrowski m&#8217;a dit avoir en sa possession la première sculpture faite par Lauzon, au moment où il a commencé ses cours d&#8217;art. Une sculpture érotique que j&#8217;ai fait promettre à André de donner à la Cinémathèque québécoise, de même que plusieurs photos qu&#8217;il a de Jean-Claude.</p>
<p>Une semaine plus tard, je recevais d&#8217;une Caroline Trudel un courriel annonçant: <em>Je connaissais un peu Jean-Claude car il fréquentait une de mes amies et collègues de travail.  Un vendredi, cette amie m&#8217;a téléphoné pour me demander si je ne voulais pas corriger le scénario de Jean-Claude.  Je vous saute les détails. Toujours est-il que j&#8217;ai avec moi la première version papier du scénario LÉOLO. Je l&#8217;ai trainé avec moi dans mes nombreux déménagements.  Sur la première page, il est écrit ACHEVÉ D&#8217;ÉCRIRE À MONTRÉAL LE 10 JUIN 1990.</em></p>
<p>Eh bien, à Caroline aussi j&#8217;ai fait promettre de remettre ce document à la Cinémathèque québécoise.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>LAUZON, GASTON, PETROW, NATHALIE ET LES AUTRES&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Aug 2012 00:03:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>
		<category><![CDATA[André Petrowski]]></category>
		<category><![CDATA[Gaston Lepage]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Claude Lauzon]]></category>
		<category><![CDATA[Léolo]]></category>
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		<description><![CDATA[Tristesse et nostalgie d&#8217;un mois d&#8217;août! Jean-Claude Lauzon me plaisait beaucoup, bien que je le connus peu; il était beau, arrogant, en apparence très sûr de lui, il affectionnait motos, voitures et avions &#8211; tout ce qui décollait vite &#8211;  il avait choisi de ne pas avoir le style de vie misérabiliste qu&#8217;affectionnent certains cinéastes [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">Tristesse et nostalgie d&#8217;un mois d&#8217;août!</span></h1>
<p><a title="Jean-Claude Lauzon (photo Lyne Charlebois)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/e/a/8/0/8/ea808c10195851b8d2a904918b27f9eb.jpg?stmp=1344974948"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32573578/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Jean-Claude Lauzon (photo Lyne Charlebois)" width="256" height="350" /></a>Jean-Claude Lauzon me plaisait beaucoup, bien que je le connus peu; il était beau, arrogant, en apparence très sûr de lui, il affectionnait motos, voitures et avions &#8211; tout ce qui décollait vite &#8211;  il avait choisi de ne pas avoir le style de vie misérabiliste qu&#8217;affectionnent certains cinéastes québécois, très talentueux néanmoins; non, Lauzon allait vivre de cinéma et bien en vivre, dût-il pour cela devenir le réalisateur chouchou des agences de pub.</p>
<p>Lauzon, je l&#8217;ai surtout connu par téléphone. Les deux dernières années de sa vie, nous nous téléphonâmes assez régulièrement, des conversations qui tournaient autour du métier et des voitures et parfois aussi parce que Jean-Claude se sentait mal accepté par une partie de la confrérie des réalisateurs. Là-dessus, je le suivais bien, ayant toujours été moi-même frappé par cet ostracisme souterrain. J&#8217;ai appris plus tard qu&#8217;il se confiait aussi assez souvent à Denys Arcand. (Excellent choix !)</p>
<p>Parce que, à <strong><em>Éléphant</em></strong>, nous venons de restaurer son dernier film, <em>Léolo</em>, (cette version restaurée sera projetée en grande première au Festival des Films du Monde, le 29 août, dans la salle numéro 9 du Quartier Latin &#8211; hommage à Jean-Claude, à Pierre Bourgault, qui y tient un rôle important, et à Aimée Danis, la productrice exécutive, disparue elle aussi, récemment) j&#8217;ai eu envie d&#8217;en savoir plus long sur ce réalisateur si talentueux que le crash de son avion nous a ravi, il y a quinze ans, en même temps que son amoureuse, Marie-Soleil Tougas.</p>
<p>J&#8217;ai donc invité à luncher Nathalie Petrowski dont le père, André, a pour ainsi dire révélé le jeune Jean-Claude Lauzon à lui-même. C&#8217;était au Birks Café. <a title="Nathalie Petrowski" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/6/7/6/8/c/6768c54e793c8aa70c6a1ce82c22250a.jpg?stmp=1344975136"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32573587/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Nathalie Petrowski" width="95" height="130" /></a>J&#8217;ai appris beaucoup sur Jean-Claude, appris également que Nathalie est gourmande, que la seule vue d&#8217;une collection de petits pots de crème anéantit momentanément tous ses moyens.</p>
<p>Elle était arrivée, à peine quelques minutes en retard, vive, déterminée et passionnée d&#8217;avoir à raconter Jean-Claude Lauzon. Un Jean-Claude dont elle aurait fort bien pu s&#8217;éprendre lorsque André, son père leur a amené à la maison ce beau garçon de dix-sept ans aux apparences romantiques. Nathalie, qui avait le même âge, jugea tout de suite que ce romantisme n&#8217;était que leurre. «Je n&#8217;ai pas éprouvé la moindre inclination pour lui, explique-t-elle, il était arrogant et chiant, je ne voyais que le petit bum, je me demandais vraiment quelle mouche avait piqué mon père.»</p>
<p>Dans un petit livre dont je ne connaissais pas l&#8217;existence et que m&#8217;a remis Nathalie, <em>Jean-Claude Lauzon, le poète</em>, écrit par elle et son père et publié chez Art Global, en 2006, elle raconte<em>: Notre rencontre ne fut pas des plus amicales. D&#8217;entrée de jeu, j&#8217;ai pris Lauzon en grippe, et d&#8217;après ce dont je me souviens, la grippe fut réciproque</em>.</p>
<p>Ce «grippé» au regard d&#8217;aigle et au caractère fauve était né à Montréal, le 29 septembre 1953, d&#8217;une mère abénakie et d&#8217;un père canadien-français, buveur, batailleur, un pauvre type écrasé par la maladie mentale qui passait autant de temps à Saint-Jean-de-Dieu que chez lui où, tant bien que mal, une femme forte, une mère ourse, essayait en pleine débâcle de protéger et d&#8217;élever quatre petits. Une nuit, pendant que la famille dormait, le père avait ouvert les robinets de gaz; la mère, alertée dans son sommeil, bondit à la cuisine et les sauva tous d&#8217;une asphyxie certaine.</p>
<p>Tout au long de sa vie, Jean-Claude gardera la hantise d&#8217;avoir hérité lui aussi de cette pathologie <a title="Maxime Collin/Ginette Reno (photo Roger Dufresne)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/d/b/2/4/0/db240369347552cf93d45eeeeac33c58.jpg?stmp=1344972685"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32573442/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Maxime Collin/Ginette Reno (photo Roger Dufresne)" width="222" height="256" /></a>mentale de la famille. Cette terreur de la folie, c&#8217;est le moteur dramatique de Léolo, une œuvre saisissante, brutale, mais débordante d&#8217;une curieuse poésie, cette forme littéraire que Lauzon aurait tant voulu maîtriser. Justement, dans ce livre chez Art Global se trouvent plusieurs poèmes composés par Lauzon avant 1975, de même que ce message typiquement lauzonnien à André Petrowski: «Tu aurais voulu être poète. Moi je le suis. Sans rancune.»</p>
<p>Mais on n&#8217;est pas Gaston Miron à force de le vouloir ou de le dire, il arrive que l&#8217;on reste Jean-Claude Lauzon, un être d&#8217;exception qui eût été notre Miron du cinéma et serait devenu notre cinéaste national si cette intensité et cette fougue effrénée qu&#8217;il avait de vivre ne l&#8217;avaient pas précipité trop tôt au-devant de son destin.</p>
<p>Gaston Lepage, son meilleur ami et celui qui l&#8217;avait initié à l&#8217;aviation, me l&#8217;a redit au téléphone: «Jean-Claude n&#8217;avait peur de rien et il n&#8217;était pas suicidaire, sa seule et lancinante obcession était la folie; il y en avait dans sa famille et il était terrorisé à l&#8217;idée qu&#8217;elle l&#8217;atteigne lui aussi». «Les jours qui ont précédé l&#8217;accident, poursuit-il, il était optimiste, heureux, il se proclamait &#8216;the new improved Jean-Claude&#8217; et tout allait bien avec son amoureuse, <a title="Marie-Soleil et Jean-Claude (coll. Gaston Lepage)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/6/d/c/e/4/6dce41a1e53436beeb164b82b3bb874b.jpg?stmp=1344973159"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32573458/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Marie-Soleil et Jean-Claude (coll. Gaston Lepage)" width="240" height="143" /></a>Marie-Soleil, quoiqu&#8217;il se fachât lorsqu&#8217;on se référait à elle comme sa blonde». «C&#8217;est pas ma blonde, précisait-il fût-ce devant elle, c&#8217;est UNE des MES blondes». Ces petites rebuffades n&#8217;obscurcissaient pas le soleil que la jeune actrice arborait aussi bien dans son nom que sur son visage. «Tu sais, me confie Gaston en baissant un peu la voix: Jean-Claude, c&#8217;était un gars qui avait un peu la queue par-dessus l&#8217;épaule!»</p>
<p>«Le petit bum que mon père avait ramené à la maison, se souvient Nathalie, fanfaronnait qu&#8217;il voulait être poète ou caïd dans une bande de criminels, il n&#8217;avait pas encore arrêté son choix; sa rencontre avec papa allait tout changer.»</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Curieuse occurence</span>.</h3>
<p>Un prof de secondaire, ami de Pétrowsky, avait proposé un questionnaire un peu sybillin à ses élèves pour qu&#8217;ils essayent de définir leur signification de l&#8217;amour, de l&#8217;art, du désir, de l&#8217;avortement, etc. Alors que ses camarades suent sang et eau, le cancre Lauzon y va d&#8217;une déferlante. À <strong>Maitresse</strong>, il répond : <em>un homme avec deux repas devant lui</em>. <strong>Viol</strong> : <em>une personne qui se promène sur un terrain privé.</em> <strong>Prostitution</strong> : <em>un grand ravin et un homme suspendu à une branche.</em> <strong>Hymen</strong>: <em>femme derrière un nuage.</em> <strong>Fiançailles</strong> : <em>les premières neiges à l&#8217;automne. </em><strong>Journaux</strong> : <em>Deux bonnes vieilles dames de Ste-Anne en train de discuter</em>. <strong>Menstruations</strong> : <em>les fonctionnements d&#8217;une machine dans une grande usine.</em></p>
<h3><span style="color: #ff0000;"><strong>Peur</strong>: <em>Un enfant devant quelque chose d&#8217;inconnu.</em></span></h3>
<p>Lorsque le prof, éberlué, montre ces réponses à André Petrowski, ce dernier n&#8217;a plus qu&#8217;un désir: rencontrer l&#8217;auteur. Mais l&#8217;auteur est un décrocheur qui vient de plaquer là les études. Comment le retrouver? Pas une trace de lui dans les dossiers de l&#8217;école. Est-ce le souvenir de sa propre délinquance, lorsqu&#8217;il avait le même âge, qui pousse Petrowski à s&#8217;acharner à retrouver l&#8217;autre, l&#8217;apprenti-délinquant (Enfin, après des mois de recherches, le voilà!) Ilave des bouteilles dans une usine d&#8217;embouteillage de l&#8217;est de Montréal). Alors à l&#8217;Office national du film, Petrowski qui se décrit lui-même comme «<em>un vieux con de 40 ans avec des cheveux tout ébouriffés et des bottes Kodiak</em>» insiste par téléphone pour fixer un rendez-vous au jeune Lauzon qui pense tout de suite: <em>«encore un vieux suceux de queues qui en veut à mes fesses».</em></p>
<p>Jean-Claude, fesses bien serrées, cravaté et sur son trente et un, se présente enfin devant Petrowski. Ça ne se fera pas en un tournemain, mais ce dernier finira par convaincre Lauzon que «lorsque l&#8217;on a un talent comme le tien, on ne le gaspille pas, on en prend soin». Lauzon commence à lire (du Réjean Ducharme surtout) l&#8217;intervention de Petrow (comme il l&#8217;appelait) le fait accepter au Cégep du Vieux-Montréal en arts graphiques et photo. Sa passion pour la photo le propulse vers le cinéma et l&#8217;Université du Québec à Montréal où Pierre Bourgault lui enseignera.</p>
<p>En dépit de <em>Super Maire</em> et de <em>Piwi</em>, deux premiers courts métrages,  Nathalie n&#8217;est toujours pas vendue au talent de «ce petit baveux à voix de falsetto». Mais cette dure-à-plaire se mettra quasiment à plat devant Lauzon, après avoir visionné <em>Un zoo la nuit</em>. «J&#8217;ai douté de toi, lui dit-elle, recommençons à zéro!».</p>
<p>Lauzon, Petrowski et cie reprennent alors des relations assez harmonieuses jusqu&#8217;à la première de <em>Léolo</em> que Nathalie néglige pour se rendre à la première de <em>La Postière</em> de Gilles Carle puisque, la veille même, en compagnie de son père André, elle avait assisté à un visionnement de <em>Léolo</em> dont elle était ressortie absolument subjuguée. Lorsque Jean-Claude la voit arriver à sa réception et qu&#8217;il ne l&#8217;a pas aperçue dans la salle, il explose. Nathalie a beau protester qu&#8217;elle a vu <em>Léolo</em>, la veille&#8230; qu&#8217;elle a adoré&#8230;</p>
<p>Pur crime de lèse-majesté. Jean-Claude lui tourne le dos, ils ne se reparleront jamais.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Je ne te dois plus rien, Petrow!</span></h3>
<p><a title="Petrowski et Jean-Claude: une histoire de dettes! (coll. A. Petrowski)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/6/a/1/c/d/6a1cd1918f9e065e5d7315afc9665590.jpg?stmp=1344973701"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32573480/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Petrowski et Jean-Claude: une histoire de dettes! (coll. A. Petrowski)" width="308" height="212" /></a>Les sangs abénaki de Jean-Claude et ukrainien d&#8217;André Petrowski sont toujours restés un mélange imprévisible et détonant. Même si à la cérémonie des <em>Genies</em> à Toronto, Jean-Claude déclare que le dernier trophée (de treize!) ne lui appartient pas, qu&#8217;il appartient à André Petrowski, ce dernier ne peut s&#8217;empêcher de penser (et il l&#8217;écrit): <em>c&#8217;est facile, petit con, t&#8217;en as gagné 13, tu peux bien m&#8217;en donner un</em>.</p>
<p>Comme si le petit con avait flairé cette pensée désobligeante, il va frapper chez Petrowski, au retour de Toronto, et la lui remet, la statuette.</p>
<p>Et même si de surcroît Lauzon lui a dédié son dernier et meilleur film, <em>Léolo</em>, avec le sentiment qu&#8217;il ne devait plus rien à Petrowski, le mentor inapaisé en garde encore une certaine amertume. Triste histoire de reconnaissance&#8230; de dettes.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Le poids du souvenir.</span></h3>
<p>Lorsqu&#8217;elle me parle du yoyo de ses rapports avec Lauzon, je vois aussi dans les yeux de Nathalie du vague à l&#8217;âme. Ils s&#8217;assombriront et ne recommenceront à briller que lorsque le garçon arrivera avec la collection de crèmes: les petites verrines du chef Roland Del Monte. Panna cotta, mousse chocolat et pistaches et tiramisu à la framboise ramèneront un peu de sérénité sur le visage de Nathalie dont je me doute qu&#8217;elle se revoit, en ce moment même, jeune fille de dix-sept ans éprouvant un curieux sentiment d&#8217;amour et de haine envers ce garçon magnifique qu&#8217;introduit son père à la maison.</p>
<p><a title="Gaston Lepage et Jean-Claude (coll. Gaston Lepage)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/1/5/a/8/8/15a88476bc8abdefdf698cbae688d708.jpg?stmp=1344975327"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32573599/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Gaston Lepage et Jean-Claude (coll. Gaston Lepage)" width="400" height="229" /></a>Ce n&#8217;est pas semblable image, hélas, qui reste gravée à jamais dans le crâne de Gaston Lepage; non, c&#8217;est celle d&#8217;un Cessna, piloté par son meilleur ami, qui s&#8217;approche dangereusement et inexpliquablement de la montagne en face. Lui, en compagnie de Patrice Lécuyer, a déjà amerri sur le lac où Jean-Claude avec Marie-Soleil Tougas devait le suivre, mais juste au moment d&#8217;amerrir lui aussi, Jean-Claude décide de remettre les gaz et de refaire un circuit avant de se poser. Lui et Gaston demeurent en contact radio. Lécuyer trouve que le Cessna vole bien près de la montagne. Lepage croit d&#8217;abord à une illusion d&#8217;optique, puis il s&#8217;inquiète, il lance à la radio: «Check la montagne, Jean-Claude!».</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">L&#8217;avion s&#8217;abîme dans les arbres, sur la montagne.</span></h3>
<p>Trois ans auparavant, Gaston Lepage avait été témoin d&#8217;un pareil crash; l&#8217;avion de Lauzon avait été démoi, mais s&#8217;était sorti indemne de l&#8217;épage, et en riant! Un autre miracle? Il appelle, appelle à la radio. Cette fois, rien! Et brusquement, des flammes immenses jaillissent de l&#8217;endroit où s&#8217;est enfoncé l&#8217;avion, des flammes sans espoir, des flammes de fin du monde.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">La terreur, l&#8217;horreur, l&#8217;impuissance.</span></h3>
<p>Lorsque des secours appelés par Lepage atteindront beaucoup plus tard le lieu de l&#8217;écrasement, il ne restait presque rien de Marie-Soleil Tougas, les flammes ayant originé dans l&#8217;aile du côté où elle était assise. Sa ceinture était débouclée, pas celle de Jean-Claude qui aurait eu le temps d&#8217;essayer de la libérer, mais de ne rien faire de plus avant que le feu ne les engouffre. Il aurait, lui, survécu une trentaine de secondes à cet enfer, lui qui avait écrit, à vingt et un an, dans un poème: «je sais déjà que je vais m&#8217;évaporer trop tôt&#8230;»</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Une fille? qu&#8217;il n&#8217;aura jamais connue.</span></h3>
<p>Dans sa détresse, Gaston s&#8217;est souvenu qu&#8217;avant de partir pour ce week-end fatidique près de Kuujjuak, Jean-Claude lui avait mentionné avoir pris rendez-vous avec une jeune fille, adoptée par une famille de Montréal; cette orpheline avait retracé sa mère qui lui aurait avoué que Jean-Claude était son père.</p>
<p>Jean-Claude ne sera jamais à ce rendez-vous, mais Gaston, lui, l&#8217;honorera un peu plus tard. En effet, cette jeune fille ne voulait profiter d&#8217;aucune situation, elle eût aimé connaître son père, c&#8217;est tout! et demanda à Gaston s&#8217;il n&#8217;aurait pas quelques souvenirs personnels de lui pour elle. Une affaire de cœur, pas d&#8217;A.D.N. «De toute façon, me raconte Gaston, cette fille, c&#8217;était Jean-Claude tout craché: les mêmes yeux, les mêmes airs, la même position des dents dans la bouche.»</p>
<p>Depuis, Gaston a perdu sa trace&#8230; Si elle voyait ce message et était présente à cette soirée-hommage à Jean-Claude?</p>
<p>Quinze ans qu&#8217;est arrivé ce terrible accident, et vingt ans que <em>Léolo</em> a été projeté au Festival de Cannes où &#8211; à la grande déception de Jean-Claude &#8211; il n&#8217;a pas été reçu comme il aurait dû. Pourtant maintenant, le <em>Times</em> classe <em>Léolo</em> parmi les cent meilleurs films du cinéma.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Projection en souvenir de deux autres disparus.</span></h3>
<p><a title="Pierre Bougault (photo Antoine Désilets)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/e/e/c/6/8/eec680af580c5a02646c92691adf7dbd.jpg?stmp=1344988588"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32574466/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Pierre Bougault (photo Antoine Désilets)" width="169" height="136" /></a><a title="Aimée Danis" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/2/a/6/7/4/2a6741052e0691d21bd74502b8d97fc5.jpg?stmp=1344988802"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32574482/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Aimée Danis" width="115" height="152" /></a></p>
<p>La projection de Léolo, au Quartier Latin, le 29 août prochain se veut aussi un hommage à deux autres disparus qui ont contribué au succès du film: Pierre Bourgault que Lauzon a choisi pour un rôle qu&#8217;il interprète magnifiquement, et Aimée Danis, productrice exécutive, et présidente des Productions du Verseau. Elle vient de disparaître à l&#8217;âge de 82 ans.</p>
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<h4 style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><span style="color: #ffff00;"><strong><em>Quand le temps m&#8217;aura pris</em></strong></span></h4>
<h4 style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><span style="color: #ffff00;"><strong><em></em></strong><strong><em>Sans que je puisse m&#8217;offrir en fruit</em></strong></span></h4>
<h4 style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><span style="color: #ffff00;"><strong><em>Même si je suis parti</em></strong></span></h4>
<h4 style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><span style="color: #ffff00;"><strong><em>Je ne serai pas plus loin qu&#8217;ici</em></strong></span></h4>
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<h6>Extraits<em>: Jean-Claude Lauzon Le poèt</em>e André Petrowski/Nathalie Petrowski Art Global, 2006.</h6>
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		<title>TOUT UN OISEAU, CE ROCK !</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Jul 2012 23:43:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[UN OISEAU DE LÉGENDE Le curé qui a baptisé le poupon Demers, à Sainte-Cécile-de-Lévrard, au début de décembre 1933, a-t-il d&#8217;emblée épelé son prénom avec un «k» ou a-t-il par inadvertance fait quelque pâté en traçant le «h» ? avec le résultat que le cinéma ne connait désormais que ce Rock Demers, un cas dans [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">UN OISEAU DE LÉGENDE</span></h1>
<p><a title="Rock" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/d/9/d/9/0/d9d906fa36da800d3a416c8cae396488.jpg?stmp=1341617229"><img class="  alignright" title="Rock, la tête dure! " src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32444110/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Rock" width="315" height="235" /></a></p>
<p>Le curé qui a baptisé le poupon Demers, à Sainte-Cécile-de-Lévrard, au début de décembre 1933, a-t-il d&#8217;emblée épelé son prénom avec un «k» ou a-t-il par inadvertance fait quelque pâté en traçant le «h» ? avec le résultat que le cinéma ne connait désormais que ce Rock Demers, un cas dans tous les cas.</p>
<p>Ce prénom-là, je dois dire qu&#8217;il le porte bien. Ramassé sur lui-même, ce type à l&#8217;air souvent grave, qui a aussi longtemps que je me souvienne arboré une barbe, a peut-être maintenant la tête d&#8217;un brave grand-père, mais derrière ce paravent de poils, ces yeux vifs et cette bouche moqueuse se cache un monsieur volontaire avec la tête dure comme du roc, un monsieur en voie de devenir un producteur de légende comme l&#8217;oiseau fabuleux qui porte lui aussi le nom de rock.</p>
<p>Il fallait vraiment au Québec une tête de pioche pour arriver comme Demers à monter une collection de films jeunesse aussi importante et originale que <em>LES CONTES POUR TOUS</em>, l&#8217;œuvre d&#8217;une vie loin d&#8217;être terminée puisque Rock a décidé de produire trois ou quatre autres films avant, dit-il sans nous convaincre, de tirer sa révérence. Soit, il vient de vendre La Fête, sa maison de production, à Me Bruno Ménard qui en assurera la continuation, mais il compte pour tout de suite rester la figure de proue de ce bateau qui a traversé toutes les tempêtes, depuis 1980. Dix ans plus tôt, il s&#8217;était impliqué comme distributeur et coproducteur dans <em>Le martien de Noël</em>, l&#8217;ancêtre des <em>Contes pour tous</em>.</p>
<p>Demers l&#8217;admet lui-même, il est un producteur interventionniste. Atavisme sans doute d&#8217;un fils de cultivateurs. Il aime tracer le sillon, guider la charrue, ensemencer, voir pousser, puis battre le blé, le moudre et pourquoi pas, allons-y! cuire aussi le pain. Cela dit, il ne serait pas tyrannique, à preuve: plusieurs réalisateurs ont travaillé plusieurs fois sous sa direction.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Le tandem Mélançon-Demers</span></h3>
<p><a title="Le réalisateur André Mélançon" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/b/7/1/3/a/b713a1d92596e28b8f98635216f0d159.jpg?stmp=1341617601"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32444140/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Le réalisateur André Mélançon" width="192" height="144" /></a>André Mélançon est un de ceux-là. André dont le projet de film qu&#8217;il a actuellement avec Demers <em>Le gang des hors-la-lo</em>i vient d&#8217;être refusé par Téléfilm et la SODEC, les deux  invoquant qu&#8217;il est rare qu&#8217;un projet soit accepté au premier dépôt!</p>
<p>«Refuser un projet sous prétexte que c&#8217;est son premier dépôt!» le producteur enrage! «Surtout, fulmine-t-il, que ce scénario formidable d&#8217;André Mélançon est la somme de son expérience de la vie et de son expérience de réalisateur.»</p>
<p>J&#8217;aurais bien envie moi-même d&#8217;en rajouter sur ces troubles de l&#8217;esprit «fonctionnaire», mais j&#8217;ai déjà été rabroué très sévèrement par M. François Macerola pour avoir signalé ces abus de pouvoir des fonctionnaires de nos institutions prêteuses! Ce serait triste de le faire remonter de nouveau au créneau.</p>
<p>Pourtant ce n&#8217;est pas l&#8217;expérience qui manque lorsque l&#8217;on a affaire à un Mélançon, doublé de ce Demers. On pourrait imaginer que pareil tandem pourrait mener une production à bon port sans qu&#8217;elle ait été tripotée par les fonctionnaires.</p>
<p>Basta cosi!</p>
<h3> <span style="color: #ff0000;">Le fameux club Faroun</span></h3>
<p>C&#8217;est sûr que Rock n&#8217;est pas né de la dernière pluie. Après son cours classique au Collège du Sacré-Cœur de Victoriaville, il a poursuivi à l&#8217;École normale Jacques-Cartier, il se destinait à l&#8217;enseignement. Et partout où il se trouvait, il organisait des ciné-clubs. C&#8217;est sans doute ce qui l&#8217;a inspiré lorsque étant devenu distributeur de films jeunesse, à l&#8217;enseigne de Faroun Films &#8211; après avoir été directeur général et programmateur du Festival du Film de Montréal &#8211; il fonda le Club Faroun; pour 7$ le Club Faroun vous donnait droit de visionner sept films, soit dans un cinéma local avec lequel Faroun avait des arrangements, soit carrément dans un sous-sol d&#8217;église, comme dans le bon vieux temps. Eh bien, le Club Faroun a déjà compté 175,000 membres. J&#8217;allais oublier: Demers a aussi fondé la revue <em>Images</em> avec les Joussemet, Lamothe, Breton, Latulippe et Cadieux.<a title="Le logo des Contes pour tous" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/d/e/b/a/4/deba4ef466d451375a2dceb12f57bec5.jpg?stmp=1341617724"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32444141/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Le logo des Contes pour tous" width="168" height="126" /></a></p>
<p>Jusqu&#8217;ici les films produits par Rock Demers ont remporté deux-cent-dix prix ou trophées, de quoi décorer toutes les corniches et toutes les tablettes de ses bureaux maintenant situés au deuxième étage d&#8217;un immeuble de briques ancien, sur la rue Guy au sud de la rue Notre-Dame.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce qui fait persister Rock dans ces films pour toute la famille alors que rien dans les programmes des institutions prêteuses ne les encourage? C&#8217;est la mission qu&#8217;il s&#8217;est donnée, en 1980, lorsqu&#8217;il prit connaissance par un article de journal du nombre de jeunes qui se suicident chaque année. Il fut tellement choqué par ces statistiques qu&#8217;il prit la résolution de commencer à produire des films qui donneraient aux jeunes le goût et l&#8217;appétit de vivre. Et, à la même époque, la jeune fille de Viviane, sa femme d&#8217;alors et de toujours! venait de s&#8217;enlever la vie. Cela le galvanisa dans sa résolution.</p>
<p><a title="Rock le déterminé!" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/4/c/c/8/0/4cc806b163d672880acea7116ef07901.jpg?stmp=1341617900"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32444144/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Rock le déterminé!" width="240" height="180" /></a>Cette résolution, il faut avoir la ferveur de Demers pour continuer de la concrétiser, lui le presque octogénaire, alors que rien ne l&#8217;y aide, ni à Téléfilm, ni à la Sodec, leurs programmes n&#8217;étant pas adaptés à des films, comme ceux de la collection LES CONTES POUR TOUS, qui n&#8217;ont pas de vedettes, qui ne se plient pas à la mode et dont la rentabilité n&#8217;est pas immédiate. Ce sont des films de long cours qui traversent les générations.</p>
<p>Tiens, on fait souvent des comparaisons avec la Scandinavie. Alors, allons-y encore. En Scandinavie, les institutions financent 80% du budget des films jeunesse. Le producteur n&#8217;a qu&#8217;à trouver le solde de 20%. Et de plus, si ce producteur réinvestit les recettes dans d&#8217;autres films jeunesse il n&#8217;a pas à rembourser les prêts de l&#8217;État.</p>
<p>Ces arguments, ces chiffres, Demers les balance aux institutions depuis des lunes, mais pour le moment elles restent sourdes, comme les gouvernements qui les commandent.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Toujours taper sur la casserole</span></h3>
<p>Comme les étudiants, il continue, Demers, de taper sur ses casseroles et de faire du bruit, mais le gouvernement ne l&#8217;entend pas davantage que les étudiants!</p>
<h4><span style="color: #ffff00;">Demers, c&#8217;est un rebelle, avec une cause!</span></h4>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>MON FRÈRE INSTANTANÉ</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 23:03:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est Jean-Charles Tacchella  À pareille date, l&#8217;an dernier, je file avec Marie-José Raymond, dans le petit train qui mène de Paris à Versailles. À mes pieds, la caméra HD avec laquelle je filmerai Jean-Charles Tacchella, ce réalisateur français que je ne connais pas personnellement. J&#8217;ai vu quelques-uns de ses films, dont évidemment Cousin cousine et [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">C&#8217;est Jean-Charles Tacchella </span></h1>
<p><span style="color: #ff0000;"><span id="more-14841"></span></span></p>
<p>À pareille date, l&#8217;an dernier, je file avec Marie-José Raymond, dans le petit train qui mène de Paris à Versailles. À mes pieds, la caméra HD avec laquelle je filmerai Jean-Charles Tacchella, ce réalisateur français que je ne connais pas personnellement. J&#8217;ai vu quelques-uns de ses films, dont évidemment <em>Cousin cousine</em> et <em>Escalier C</em>.</p>
<p><a title="L'homme de ma vie (L'affiche)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/a/3/b/7/d/a3b7d87df87971d91d19acae98d42a16.jpg?stmp=1336948935"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32289590/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="L'homme de ma vie (L'affiche)" width="157" height="206" /></a>Nous allons tourner avec lui les présentations de deux autres de ses films, des coproductions avec le Canada ceux-ci, que nous numériserons et restaurerons bientôt pour Éléphant: <em>L&#8217;homme de ma vie</em> et <em>Les dames galantes</em>.<a title="Dames galantes (L'affiche)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/e/d/7/5/4/ed754b1e2dfb519e62d6260aad8c7c6c.jpg?stmp=1336949013"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32289593/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Dames galantes (L'affiche)" width="151" height="214" /></a></p>
<p>Si je me souviens bien, l&#8217;arrêt où il faut descendre donne sur la rue de la Bonne-Aventure. Aventure en effet, car c&#8217;est comme descendre nulle part ! Pas vraiment de gare, pas de taxi, pas de téléphone, pas de passant à qui s&#8217;informer. Même pas la silhouette du château quelque part à l&#8217;horizon. Pourtant, c&#8217;est Versailles!</p>
<p>Enfin quelqu&#8217;un ! Un vieux passant, très vieux, qui devait déambuler là au temps de Louis XIV. Comme il paraît avoir deux siècles de plus que moi qui en ai presque déjà un, je m&#8217;empresse vers lui. Heureusement, il n&#8217;est pas sourd, bien qu&#8217;il ait un peu de mal à lever le bras pour m&#8217;indiquer d&#8217;aller tout droit sur Bonne-Aventure que coupe, à quelques centaines de mètres plus loin, le boulevard de Lesseps où habite Tacchella.</p>
<p>Joie de la miniaturisation technique, la caméra HD Sony avec tous ses accessoires tient confortablement dans une mallette sur roues comme en ont les avocats pour leurs gros dossiers. (Durant les trois semaines de procès contre Mario Clément et la Société Radio-Canada, nous avions eu tout le loisir de faire un choix judicieux de mallette parmi toutes celles qui roulent dans les corridors du Palais de Justice !)</p>
<p>Sur cette section du boulevard de Lesseps, toutes les maisons &#8211; en crépi à pierres apparentes, en touches d&#8217;ocre et de safran &#8211; s&#8217;élèvent en général sur trois étages, et très près les unes des autres. Des maisons chaleureuses qui ont l&#8217;air confortables d&#8217;être posées là, au coude à coude.</p>
<p>À peine le temps de mettre le doigt sur le bouton de la sonnette, la porte s&#8217;ouvre grand et, de l&#8217;intérieur, rayonne un octogénaire aux cheveux blancs, au visage souriant et aux yeux pétillants, encadrés de lunettes d&#8217;écaille. Il y a un vrai moment d&#8217;effusion, puis il nous embrasse avec chaleur tous les deux, déjà comme de la famille.<a title="Jean-Charles Tacchella" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/0/6/5/5/9/06559582fae5d157b1dedba85986635e.jpg?stmp=1336949127"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32289598/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Jean-Charles Tacchella" width="240" height="180" /></a></p>
<p>Son visage s&#8217;assombrit, une seconde, le temps de nous annoncer que sa femme, Gigi, ne va pas très bien, qu&#8217;elle se repose, mais qu&#8217;elle devrait pouvoir se joindre à nous un peu plus tard.</p>
<p>Jamais Français, lors d&#8217;une première rencontre, ne nous aura reçus avec tant d&#8217;ouverture et de sympathie. Pourtant, nous savons si peu l&#8217;un de l&#8217;autre. Mais, en quelques instants, comme par magie, les amis que nous avons en commun surgissent dans la conversation comme sur une page Facebook : Gilles Carle, Anne Létourneau, Micheline Lanctôt, Robert Enrico, Michel Cournot, et qui sais-je encore ? Les anecdotes fusent sur les uns et les autres et sur le métier alors que nous nous installons dans le jardin pour tourner les présentations des films que nous restaurerons et expliquer un peu ce qu&#8217;est Éléphant.</p>
<p>Tacchella qui est encore à ce jour président d&#8217;honneur de la Cinémathèque française et qui connaît bien les problèmes de la conservation des œuvres cinématographiques est complètement stupéfait d&#8217;apprendre qu&#8217;au Québec un généreux mécène a pris à son compte la numérisation et la restauration de l&#8217;ensemble du patrimoine cinématographique québécois et, de surcroît, résolu de le rendre accessible grâce à la vidéo sur demande.</p>
<p>« Et vos deux films, lui annoncent-t-on, font partie de ce patrimoine! «Vos». Il demande tout de suite que nous le tutoyions, ne sommes-nous pas de vieilles connaissances, mêmes amis, mêmes métiers.</p>
<p>Mauvais choix, le jardin!</p>
<p>C&#8217;est maintenant l&#8217;heure où les jets commencent à décoller de Roissy à la queue leu leu et entreprennent leur deuxième ascension au-dessus de Versailles. Jean-Charles réussit tout de même, entre les vrombissements, à dire ce qu&#8217;il nous faut sur <em>L&#8217;homme de ma vie</em>, comédie tournée en 1992 avec Maria Medeiros, Jean-Pierre Bacri et Anne Létourneau, puis il poursuit avec <em>Les dames galantes</em>, un film de 1990 avec Richard Bohringer, Isabella Rossellini et encore Anne Létourneau.</p>
<p>Beaucoup plus tôt, en 1974, Tacchella avait choisi comme vedette féminine du <em>Voyage en Grande Tartarie, </em>aux côtés de Jean-Luc Bideau, l&#8217;actrice québécoise Micheline Lanctôt; comme ça! sans contingence de coproduction! parce qu&#8217;il l&#8217;avait adorée dans <em>La vraie nature de Bernadette</em> de Carle.</p>
<p>La journée achève. Il n&#8217;y a quasiment plus de lumière. Gigi, sa femme, qui a secondé Jean-Charles pour tous ses films, se sent mieux, elle descend au salon où il a préparé des canapés de foie gras et ouvert du champagne.</p>
<p>Nous apprenons comment il s&#8217;est passionné très jeune pour le cinéma, qu&#8217;à dix-neuf ans il entre à la revue <em>L&#8217;Écran français</em> à laquelle collaborent Jean Renoir, Jacques Becker, Grémillon. Là, il rencontre André Bazin avec qui, en 1948, il fonde un ciné-club d&#8217;avant-garde <em>«Objectif 49»</em> dont le président est Jean Cocteau; Jacques Doniol-Valcroze, Alexandre Astruc, Claude Mauriac, René Clément et Pierre Kast se joindront à eux comme collaborateurs. Ce fameux ciné-club est considéré historiquement comme le berceau de la Nouvelle Vague française.</p>
<p><a title="Cousin cousine (L'affiche)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/b/1/7/d/c/b17dc011a2c59e16d4183401947fea1b.jpg?stmp=1336949434"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32289618/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Cousin cousine (L'affiche)" width="160" height="224" /></a>Jean-Charles écrit aussi pour le cinéma: la première version de <em>La grande vadrouille</em> pour Gérard Oury, des scénarios pour Christian-Jaque, Maurice Ronet, Astruc&#8230; Il écrit, écrit, écrit et, finalement, il décide de passer à la réalisation. <em>Voyage en Grande Tartarie</em> sera son premier long métrage. En 1975, <em>Cousin cousine</em> connaîtra un succès extraordinaire en France comme aux États-Unis et sera sélectionné pour trois Oscar&#8230;</p>
<p>Mais, subitement, Tacchella se cabre, il a suffisamment répondu à nos questions, il veut maintenant tout savoir de nous; depuis combien de temps nous sommes ensemble José et moi ? (45 ans!) comment nous avons commencé dans le métier ? comment et comment ?</p>
<p>À lui qui nous a dit qu&#8217;il avait tenu un journal de tournage de chacun de ses films, journaux qu&#8217;il n&#8217;a jamais publiés, j&#8217;annonce que j&#8217;ai eu plus de témérité et que j&#8217;ai publié un livre de mémoires, l&#8217;année précédente.</p>
<p><a title="À force de vivre (Libre Expression)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/3/e/8/7/0/3e8701c33fdf55a3e328ff70230ab0b4.jpg?stmp=1336949524"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32289620/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="À force de vivre (Libre Expression)" width="128" height="193" /></a>«Tiens, si ça t&#8217;amuse, je te l&#8217;envoie; tu ne sauras pas tout, mais bien davantage que nous pourrions nous raconter maintenant, mais tu sais c&#8217;est une brique, une grosse brique rouge!.»</p>
<p>Il insiste pour recevoir la brique rouge&#8230; Nous pouvons donc continuer à parler de lui et de Gigi, eux aussi toujours amoureux et travaillant ensemble depuis toujours.</p>
<p>Plusieurs mois plus tard, je recevais de Jean-Charles, écrite en vacances à Deauville, une lettre émouvante&#8230; <em>«Je viens de terminer la lecture de ton livre. Quel bonheur, ces mémoires. On dirait un film.</em>»</p>
<p>Il raconte que mon livre lui a rappelé un incident dramatique vécu aussi par lui, en Inde. <em>«Toi et moi, on a failli mourir, massacrés, aux Indes!» </em>&#8230; <em>«Printemps 1956, je reviens du Japon où j&#8217;ai passé sept mois pour écrire la première co-production franco-japonaise. Moi qui ne fais jamais de tourisme </em>(&#8230;.) <em>Un matin, je prends un train, à New-Delhi. J&#8217;ai une place réservée dans un compartiment bondé, je lis mes journaux français et anglais. Quelqu&#8217;un me demande en mauvais anglais si je suis Français. Je réponds oui. J&#8217;ai eu tort. Aussitôt les voyageurs commencent à m&#8217;insulter. C&#8217;était la guerre d&#8217;Algérie, la France condamnée à l&#8217;O.N.U., le Tiers-Monde s&#8217;en prenait à tout ce qui était français. Aux insultes succèdent les coups. Ils me fappent, coups de pieds, coups de poings&#8230;»</em></p>
<p>Jean-Charles est tiré <em>in extremis</em> de sa fâcheuse position par un jeune policier en civil.</p>
<p>Au récit que je fais d&#8217;un moment où j&#8217;ai failli tourner avec John Wayne, il m&#8217;écrit cette anecdote: <em>«&#8230; tu n&#8217;as pas tourné avec John Wayne mais moi il m&#8217;a invité à danser!»</em></p>
<p><em><a title="«Voulez-vous danser avec moi?»" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/7/c/9/9/8/7c998c6aa25b7d942d99e8bbe2f5e0de.jpg?stmp=1336950029"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32289634/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="«Voulez-vous danser avec moi?»" width="89" height="89" /></a>«Cinq heures du matin, fin des années 50. À St-Germain des Prés, l&#8217;une des premières boites de Régine. À cette heure tardive, nous ne sommes plus que trois clients dans l&#8217;établissement. Maurice Ronet et moi, à une table, discutant comme presque toutes les nuits. Deux tables plus loin, John Wayne, seul, ivre-mort, descendant des whiskies. À plusieurs reprises, il a tenté d&#8217;entamer la conversation. Il est si éméché que Maurice et moi n&#8217;avons pas répondu. Brusquement Wayne se lève, très digne, fait un grand arc de cercle sur la piste, boutonne son veston et vient face à moi, il s&#8217;incline comme un militaire invitant sa fiancée, et me prie de lui accorder la prochaine danse. Complètement ahuri, je balbutie: Non, merci, je ne danse pas. Alors Wayne se tourne vers Maurice, l&#8217;invite à son tour mais avec moins de cérémonial. Maurice le rabroue plutôt. Impassible, Wayne va se rasseoir à sa table, ordonne un autre whisky. Cinq minutes plus tard, il s&#8217;en va en nous ignorant superbement.»</em></p>
<p>Jean-Charles termine cette lettre à la calligraphie précise et ordonnée en citant une phrase de mon livre où je parle de Marie-José: <em>Elle est le vent dans la voilure, l&#8217;intelligence qui guide la force, la pente que l&#8217;on grimpe, insoucieux qu&#8217;au sommet apparaîtra le versant qui décline et l&#8217;insane espoir qu&#8217;il se trouvera là-haut suffisamment d&#8217;oxygène pour y vivre et n&#8217;en jamais redescendr</em>e.</p>
<p>Et lui de conclure: «C&#8217;est Marie-José et c&#8217;est Gigi, c&#8217;est nous, tu ne peux pas savoir combien ces mots m&#8217;ont touché».</p>
<p>Je m&#8217;imagine les yeux de Tacchella s&#8217;embuer en écrivant cela, je le sens angoissé par la santé de Gigi, mais préoccupé aussi par quelque écriture de scénario, un scénario qu&#8217;il réaliserait, lui dont l&#8217;âge n&#8217;a ni altéré son originale vision du monde, ni son amour immodéré du cinéma.</p>
<p>Tacchella, devenu instantanément mon frère. Il y a maintenant un an.</p>
<h4><span style="color: #ffcc00;">P.S. La numérisation des 2 films de Tacchella est un peu retardée, car leurs éléments sont restés emprisonnés au laboratoire parisien LTC, en faillite. Mais nous y arrivons.</span></h4>
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		<title>CE PARFUM DE GAULOISES BLEUES</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Apr 2012 18:07:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Michel Cournot à la Cinémathèque française. À Paris, en ce début d&#8217;avril ensoleillé, grand événement à la Cinémathèque française où l&#8217;on projette le film de Michel Cournot, Les Gauloises bleues, avec Annie Girardot, Jean-Pierre Kalfon, Bruno Crémer et Nella Bielski. Cette projection marque aussi le lancement par Gallimard d&#8217;un magnifique bouquin,  «DE LIVRE EN LIVRE», [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="color: #ff0000;"><strong>Michel Cournot à la Cinémathèque française.</strong></span></h3>
<p>À Paris, en ce début d&#8217;avril ensoleillé, grand événement à la Cinémathèque française où l&#8217;on projette le film de Michel Cournot, <em>Les Gauloises bleues</em>, avec Annie Girardot, Jean-Pierre Kalfon, Bruno Crémer et Nella Bielski.</p>
<p><a title="La couverture" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/5/4/b/c/3/54bc304cc5fae5cdcc450ab9370fe3cb.jpg?stmp=1333820751"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32174374/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="La couverture" width="102" height="179" /></a>Cette projection marque aussi le lancement par Gallimard d&#8217;un magnifique bouquin,  «DE LIVRE EN LIVRE», une anthologie de chroniques littéraires que Cournot a livrées durant une quarantaine d&#8217;années au <em>Nouvel Observateur</em>. <em>Comment qualifier ces chroniques?</em> écrit en avant-propos J.-B. Pontalis, <em>d&#8217;insolites, d&#8217;intempestives, peut-être, dans le double sens du mot: elles ne sont pas «convenables», elles sont éloignées de tout conformisme et, tout en étant actuelles, elle sont inactuelles et peuvent être lues aujourd&#8217;hui comme au jour où elles sont apparues pour la première fois</em>.</p>
<p><em>Les Gauloises Bleues</em>, réalisé en 1968 par Cournot et produit par Claude Lelouch, était au programme du Festival de Cannes, mais il n&#8217;y fut jamais présenté lorsque l&#8217;on décida de mettre fin abruptement au festival à cause des troubles de Mai 68.<a title="L'affiche originale du film" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/2/5/4/7/9/2547984ccb420c99ea0aec9a1326eecc.jpg?stmp=1333821314"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32174395/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="L'affiche originale du film" width="149" height="223" /></a></p>
<p>Beau, poétique, mais si étrange ce film de Cournot. Une espèce d&#8217;olibrius dans son originalité.</p>
<p>Comme le titre qu&#8217;il porte il dégage ce parfum singulier et ensorcelant dont je me souviens de jadis alors que je fumais des Gauloises bleues qui nous imprégnaient inexorablement jusqu&#8217;à la moelle. Je me souviens, dès qu&#8217;on en allumait une, de la joyeuse crépitation initiale, puis des volutes bleuâtres qui en montaient ensuite, parfumant tout autour avant de s&#8217;insinuer jusqu&#8217;au cerveau pour y mettre de l&#8217;ordre, de l&#8217;entrain, de la réflexion et, souvent aussi, du rêve! Tel était l&#8217;effet des Gauloises, tel aussi fut l&#8217;effet du film de Michel sur les spectateurs qui remplissaient la salle Henri-Langlois en ce dimanche après-midi d&#8217;avril, cinq ans après la mort de son réalisateur.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;"><strong>Cournot, le veilleur.</strong></span></h3>
<p><a title="SergeToubiana" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/0/5/8/c/d/058cddc9f0369df1c5046dd25799a634.jpg?stmp=1333821524"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32174405/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="SergeToubiana" width="104" height="133" /></a>Avant la projection, Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française, a rappelé comment Michel Cournot, le critique de cinéma, l&#8217;avait inspiré et combien ses réflexions sur les films au cours des années, dans <em>L&#8217;Express</em> et le <em>Nouvel Observateur</em>, resteraient d&#8217;une originalité et d&#8217;une profondeur rarement égalées.</p>
<p>«C&#8217;était un critique de cinéma absolument incroyable, fait-il remarquer, on ne pouvait pas ne pas lire Michel Cournot dans <em>Le Nouvel Observateur</em>, dans les années 70, où j&#8217;ai un peu moi-même grandi avec le cinéma.» <em>(Toubiana a été le rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, de 1974 à 2002.)</em></p>
<p><a title="Michel Cournot" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/d/a/8/0/c/da80cfc19fbea6ac258221594bfc23b3.jpg?stmp=1333821663"><img class="alignright" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32174413/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Michel Cournot" width="300" height="224" /></a>«C&#8217;était un veilleur, c&#8217;était un guetteur, c&#8217;était ce qu&#8217;on dirait: un regardeur», poursuit-il. «Dans le cinéma, il avait une fonction absolument unique, il était dans une situation d&#8217;alerte par rapport au cinéma, à ce qui se faisait de neuf&#8230; à la modernité.»</p>
<p>Toubiana souligne ensuite combien Michel Cournot était bel homme, un des plus beaux qu&#8217;il ait connus, «mais, continue-t-il en se tournant avec un large sourire vers Martine Pascal, je vous laisse cela, ce serait plutôt votre affaire!».</p>
<p><a title="Martine Pascal" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/4/e/3/3/c/4e33c882e59b34f07adc37060175633f.jpg?stmp=1333821818"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32174426/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Martine Pascal" width="120" height="140" /></a>La comédienne Martine Pascal, la dernière compagne de Michel, elle qui a beaucoup contribué à l&#8217;organisation de cette projection-hommage, acquiesce à cette remarque avec beaucoup de sensibilité et demande à deux amis très proches de Cournot, Robert Hossein et moi, de prendre la parole.</p>
<p>On ne me fera reproche, je l&#8217;espère, de reprendre dans ce billet les quelques souvenirs que j&#8217;ai alors partagés avec le public:</p>
<h3><span style="color: #ff0000;"><strong>L&#8217;ami le plus cher.</strong></span></h3>
<p>Il y a cinq ans une bêtise de santé m&#8217;avait empêché de venir du Canada au chevet de Michel. (<em>Cournot a succombé à la maladie, le 8 février 2007).</em> Je dus me contenter d&#8217;une lettre que justement Robert Hossein avait eu la gentillesse de lire à la cérémonie au Père-Lachaise, mais aujourd&#8217;hui, je suis là pour honorer la mémoire de celui qui fut, à mon avis, un des plus grands critiques de notre époque et qui reste dans mon cœur l&#8217;ami le plus cher que j&#8217;aie eu.</p>
<p>Michel, je l&#8217;ai rencontré en 65. Le <em>Nouvel Obs</em> l&#8217;avait envoyé à Montréal où ça recommençait à bouger dans le cinéma. Je ne le connaissais pas du tout, je veux l&#8217;inviter à déjeuner dans un bon endroit, mais il insiste pour quelque chose de typiquement canadien et suggère un endroit de hamburgers!</p>
<p>Nous nous retrouvons au comptoir d&#8217;un Harvey&#8217;s, rue Ste-Catherine. Je vois ce bonhomme, l&#8217;air raffiné, assez intello, qui sort de l&#8217;emballage la tablette de chewing gum Spearmint que la serveuse a posé dans l&#8217;assiette avec les sachets de moutarde et de relish. Il soulève le pain et glisse soigneusement &#8211; en garniture &#8211; la gomme sur la boulette de viande. J&#8217;éclate de rire, je lui explique que le chewing c&#8217;est pour après, pour purifier l&#8217;haleine. Michel est franchement déçu, il trouvait plutôt décoratif ce bâtonnet vert pale sur la viande graisseuse.</p>
<p>Dans le <em>Nouvel Obs</em>, Michel consacra les pages centrales à Jean-Pierre Lefebvre et moi comme si nous étions à nous deux tout le cinéma québécois; j&#8217;en fus touché, ému, mais loin de me rendre compte qu&#8217;une amitié indéfectiible était née.</p>
<p>Deux ans plus tard, je passai plusieurs jours sur le plateau des <em>Gauloises bleues</em>. Michel faisait enfin du cinéma. Jamais je l&#8217;ai vu si heureux et dans un pareil état de légèreté physique incroyable.</p>
<p>Pourquoi n&#8217;a-t-il pas continué?</p>
<h3><span style="color: #ff0000;"><strong>Non, pas Bardot dans les pattes!</strong></span></h3>
<p>Michel avait acquis les droits de <em>Renata n&#8217;importe quoi</em>, il en avait terminé l&#8217;adaptation et il avait rendez-vous chez Claude Lelouch qui allait le produire, mais qui voulait d&#8217;abord lui parler de casting.</p>
<p>Il me demande de l&#8217;accompagner. C&#8217;est loin d&#8217;être le Michel des bons jours et je comprends vite pourquoi: Lelouch est prêt à financer la production à condition que Nella Bielski <em>(la femme d&#8217;alors de Cournot)</em> ne tienne pas le rôle principal comme dans <em>Les Gauloises bleues</em>.</p>
<p>Je demande: il pense à qui?</p>
<p>Je ne sais pas, mais il serait assez con pour me proposer Bardot, me répond Michel avec une moue dégoûtée.</p>
<p>Bardot! N&#8217;importe qui, me dis-je, serait heureux de tourner avec elle, moi le premier! et je le lui laisse délicatement entendre.</p>
<p>Il se câbre aussitôt.</p>
<p>Il y a déjà Girardot dans le coup, je n&#8217;ai pas besoin d&#8217;une autre vedette, ce sera Nella ou je ne ferai pas le film.</p>
<p>Michel avait vu juste, Lelouch suggéra Bardot. Il avait demandé à celle-ci de lire <em>Renata</em>, elle était emballée, le financement du film était dans le sac.</p>
<p>Mais avec elle, réplique calmement Michel, c&#8217;est deux ou trois cents briques de plus.</p>
<p>Justement avec elle, je les aurai sans problème. Bardot, c&#8217;est une fille formidable, tu ne vas pas t&#8217;emmerder et puis <em>Renata</em> c&#8217;est pour elle. Vous ferez un beau film, dit Lelouch.</p>
<p>Je ne ferai pas le film avec Bardot, assène Michel.</p>
<p>Il me faut une vedette, une grande, insiste Lelouch.</p>
<p>Une vedette, je n&#8217;y tiens pas, je tournerai le film avec Nella ou il ne se fera pas, conclut fermement Michel.</p>
<p>En sortant de chez Lelouch, nous avons marché longtemps en silence, Michel me tenant le bras comme il le faisait toujours. Je le sentais immensément blessé, au bord des larmes, et j&#8217;avais, moi, le cœur dans un étau: c&#8217;était évident qu&#8217;il venait de s&#8217;empêcher à jamais de poursuivre une carrière de réalisateur. Il avait claqué la porte à Lelouch et je me doutais bien qu&#8217;il serait trop fier pour aller frapper ailleurs.</p>
<p>J&#8217;avais rendez-vous avec Annie Girardot, ce soir-là, et Michel me demanda si je pouvais lui annoncer que le film ne se ferait pas.</p>
<p>J&#8217;avais donc raison, il ne démarcherait pas d&#8217;autres producteurs.  C&#8217;était la fin de Cournot réalisateur, la fin de Cournot dans un état de légèreté physique incroyable&#8230; sur un plateau.</p>
<p>Cet unique film de Michel, s&#8217;il revit aujourd&#8217;hui, c&#8217;est grâce à la ténacité et à l&#8217;amour de Martine Pascal et de Raphael Holt <em>(petit-fils de Martine)</em> qui en a assuré la numérisation.</p>
<p>Chère Martine à qui j&#8217;avais insolemment prédit une idylle de cinq ans maximum lorsque nous allâmes, la première fois, manger ensemble avec Michel. Elle m&#8217;en a gentiment tenu rigueur assez longtemps, mais elle m&#8217;a fait terriblement mentir. <em>(Ils partageront 35 ans de vie ensemble!).</em></p>
<p>Et je crois, dis-je en terminant, que Michel a aimé Martine, comme il n&#8217;avait pas espéré qu&#8217;il fût encore possible, et elle le lui a rendu, ce qui est aussi prodigieux que&#8230; redoutable.</p>
<h3><span style="color: #00ffff;"><strong>Les Gauloises bleues.</strong></span></h3>
<p>Au moment où les lumières s&#8217;éteignent et que commence la projection du film, je ne peux m&#8217;empêcher &#8211; comme Serge Toubiana &#8211; de me rappeler combien Michel était beau. Et, surtout, les feux qu&#8217;il allumait ne semblent jamais s&#8217;être complètement éteints, puisque deux de ses ex-compagnes sont dans la salle: Nella Bielski, l&#8217;actrice, la romancière, et Michèle Rosier, la designer et réalisatrice de films elle aussi. Si elles n&#8217;avaient pas déjà disparu, les deux femmes précédentes eussent sans doute assisté à cette projection elles aussi&#8230;</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">Note: Un dossier vidéo complet sur cette projection-hommage est maintenant disponible dans le dossier <em>Les beaux souvenirs</em> de notre site elephant.canoe.ca</span></h4>
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		<title>TÊTE À TÊTE AVEC LA MORT</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Mar 2012 21:34:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[LES PLAIES INCICATRISABLES. Ce mercredi matin du quatorze mars, à mon réveil, j&#8217;entends à la radio une nouvelle atroce: un autobus transportant une bande de jeunes Belges revenant de vacances à la neige, en Suisse, a percuté le mur d&#8217;un tunnel et a été éventré, tuant vingt-huit personnes dont vingt-deux enfants, tous d&#8217;une douzaine d&#8217;années. [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">LES PLAIES INCICATRISABLES.</span></h1>
<p>Ce mercredi matin du quatorze mars, à mon réveil, j&#8217;entends à la radio une nouvelle atroce: un autobus transportant une bande de jeunes Belges revenant de vacances à la neige, en Suisse, a percuté le mur d&#8217;un tunnel et a été éventré, tuant vingt-huit personnes dont vingt-deux enfants, tous d&#8217;une douzaine d&#8217;années. Le chauffeur tentait, semble-t-il, d&#8217;insérer un disque compact pour divertir les enfants&#8230;</p>
<p>Au même bulletin suivait l&#8217;annonce qu&#8217;un chercheur de McGill aurait identifié une protéine qui anéantirait dans le cerveau humain les souvenirs trop insupportables ; des plaies morales toujours béantes des années après le choc se cicatriseraient magiquement, ces images disparaîtraient qu&#8217;aucune télécommande n&#8217;a le pouvoir d&#8217;enrayer et qui continuent souvent à défiler dans nos têtes, même pendant le sommeil.</p>
<p>Une protéine qui tournerait instantanément à OFF le bouton d&#8217;une zone précise de la mémoire. Finis les traumatismes. Finis les événements qui déclenchent des fomentations excédant notre seuil psychique de tolérance.</p>
<p>Cette découverte est diablement embryonnaire. Si cela se trouve, il faudra d&#8217;abord la tester sur des rats, des singes et ensuite sur des humains vraiment au bord du gouffre. Impossible de l&#8217;envoyer vite vite aux parents de ces vingt-deux enfants dont l&#8217;accident vient d&#8217;encombrer à jamais leurs cerveaux de souvenirs insoutenables, indélébiles et délétères.</p>
<p><a title="Arnaud Décarie, 11 ans." href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/1/8/f/8/6/18f8616b03befa30d68e94669569a831.jpg?stmp=1332018362"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32110430/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Arnaud Décarie, 11 ans." height="190" style="margin:0; padding:0 5px 0" /></a><a title="Éloi Décarie, 6 ans." href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/4/1/5/c/1/415c132841a55118782488a058a0e5e1.jpg?stmp=1332018487"><img src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32110440/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Éloi Décarie, 6 ans." height="190" style="margin:0; padding:0" /></a></p>
<p>Et cette protéine, comme je m&#8217;en nourrirais moi-même, comme j&#8217;en donnerais à celle qui partage ma vie et à tous ceux près de nous que le destin a si durement frappés, il y a maintenant six ans, ce 17 mars 2006, alors que nos petits-enfants, Arnaud, 11 ans, et Éloi, 6 ans, ont péri à Petite-Rivière-Saint-François, dans l&#8217;incendie d&#8217;une maison où ils visitaient leur ami Kevin, 8 ans, mort lui aussi, de même que Martine, la mère de ce dernier.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Six ans plus tard, la blessure reste toujours aussi vive.</span></h3>
<p>Et pour quiconque a jamais perdu un enfant, des annonces comme celles de cet accident de bus ne font qu&#8217;exacerber encore un traumatisme solidement agrippé, indélogeable. Dans « <em>La force de l&#8217;âge »</em>, Simone de Beauvoir affirme que <em>(&#8230;) jamais un traumatisme ne déclenche de sérieux troubles sans qu&#8217;un ensemble de circonstances y ait prédisposé le sujet</em>.</p>
<p>Les 17 mars, ces jours de cœur, je n&#8217;arrive pas à souscrire à cette froide assertion!</p>
<p><em>Un ensemble de circonstances qui m&#8217;eût prédisposé à des troubles</em> (et il en est survenus) j&#8217;y réfléchis, je cherche, mais je n&#8217;arrive pas à l&#8217;identifier. Il ne me vient à l&#8217;esprit que cette impitoyable cassure d&#8217;il y a six ans qui a mis sens dessus dessous tant vies dont celle de Marie-José et la mienne. De la même façon, je ne m&#8217;imagine pas les parents de ces vingt-deux enfants cherchant d&#8217;autre motif que cet accident de Sierre pour expliquer des troubles dont ils seraient éventuellement affligés, comme Julie doit toujours trotter dans le cerveau de M. Surprenant et Cedrika dans la tête des Provencher.</p>
<p>Non, ces drames-là sont trop énormes &#8211; un déplacement de plaques tectoniques &#8211; et je ne connaîtrais pas d&#8217;écorce humaine capable d&#8217;y résister sans inexorablement s&#8217;abîmer. Non plus que les inévitables failles  de nos existences gréseuses pourraient contribuer à empirer encore les dégâts de pareils cataclysmes.</p>
<p>Et pour moi qui ai atteint, comme me le répète gentiment mon ami Denys Arcand «un âge vénérable», ce traumatisme dont je n&#8217;arriverai jamais à déterminer les circonstances qui m&#8217;y eurent prédisposé a fondamentalement chambardé ma vie. Lors même que cela serait dans l&#8217;ordre des choses, les quelques années qui restent ne laisseront pas le temps à la vie de reprendre le dessus.</p>
<p>Tout ce que j&#8217;aime de la vie, du travail, tout ce qui normalement comble et rend heureux est désormais teinté par ce tête à tête quotidien avec la mort, la mienne et celle des autres.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Le 17 mars est une date facile à retenir.</span></h3>
<p>D&#8217;abord, c&#8217;est la fête de saint Patrick et surtout c&#8217;est le jour invariable où, lorsque j&#8217;étais enfant, je voyais ma mère planter les graines de tomates et de concombres dans de vieilles boîtes de conserve remplies de belle terre meuble qu&#8217;elle posait sur toutes les allèges de fenêtre où plombait le nouveau soleil du printemps. C&#8217;était le jour de la vie qui commence.</p>
<h3><span style="color: #ff0000;">Pas le jour de la vie qui se termine.</span></h3>
<p><a title="Arnaud, Charmant et Éloi" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/2/e/4/9/a/2e49adf1a182e1b466ab3ceab132216a.jpg?stmp=1332019394"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32110480/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Arnaud, Charmant et Éloi" width="324" height="350" /></a>C&#8217;est une période où l&#8217;on ouvre la terre pour planter, pas ensevelir ce qu&#8217;elle a porté de plus aimable, de plus affectueux, de plus parfait que ces deux petits-enfants qui, en visite chez nous sur la ferme, deux semaines avant de disparaître à jamais, avaient recueilli un chat errant si adorable et séduisant qu&#8217;ils l&#8217;avaient tout de suite baptisé : Prince charmant et nous avaient prié de le recueillir pour qu&#8217;il y soit chaque fois qu&#8217;eux reviendraient.Ce chat qui porte maintenant le diminutif de «Charmant» ne bouge plus de la maison. Comme s&#8217;il attendait. Mais il n&#8217;est pas dupe. Il a très bien compris, il est comme nous, il ne les attend plus. Vieillissant et rhumatisant (comme moi) Charmant passe, lui, de longues heures allongé dans le solarium à la chaleur qui se dégage du décodeur Videotron, il ferme les yeux ou, plus souvent, il contemple tranquillement le ciel, en tête à tête avec l&#8217;infini? Peut-être avec la mort?</p>
<p><strong>Ou peut-être avec eux&#8230;? C&#8217;est ce que j&#8217;aimerais croire !</strong></p>
<h4></h4>
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		<title>AMELIA ET CE MYSTÉRIEUX M. ARTHUR</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Feb 2012 00:03:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claude Fournier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Générale]]></category>

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		<description><![CDATA[Le ténébreux M. Arthur&#8230; Il y a quelques semaines, dans l&#8217;amas quotidien de courriels qui n&#8217;échappent pas automatiquement à la poubelle il y en un, succinct, qui provient d&#8217;une parfaite inconnue pour moi, Amelia Does. Elle veut savoir si, par hasard, je me souviendrais d&#8217;un certain Arthur Lipsett dont on lui dit qu&#8217;il a tourné [...]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h1><span style="color: #ff0000;">Le ténébreux M. Arthur&#8230;</span></h1>
<p>Il y a quelques semaines, dans l&#8217;amas quotidien de courriels qui n&#8217;échappent pas automatiquement à la poubelle il y en un, succinct, qui provient d&#8217;une parfaite inconnue pour moi, Amelia Does.<a title="Amelia Does" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/9/6/3/b/8/963b88adf31e7cf6e52b9d8742497ab9.jpg?stmp=1330471480"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32052167/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Amelia Does" width="251" height="230" /></a> Elle veut savoir si, par hasard, je me souviendrais d&#8217;un certain Arthur Lipsett dont on lui dit qu&#8217;il a tourné des images lors de cette épique soirée de tournage au Forum de Montréal, en 1961, pour le film <em>La lutte</em> que nous réalisions à l&#8217;Office national du Film. Amelia explique qu&#8217;elle est en train de terminer une biographie de Lipsett.</p>
<p>Oui, en effet, je me souviens qu&#8217;Arthur m&#8217;avait supplié de le laisser tourner, même s&#8217;il n&#8217;avait alors à peu près aucune expérience de cameraman. Ce sujet qui, au départ, n&#8217;avait emballé personne jusqu&#8217;à la visite à l&#8217;ONF du philosophe français Roland Barthes, lui-même auteur d&#8217;un essai sur le «catch», était devenu subitement le film auquel tout le monde voulait participer. Si bien que nous nous retrouvâmes quatre cinéastes à signer la réalisation de ce sujet qui m&#8217;avait tant tenu à cœur et devait devenir un exemple typique du cinéma vérité.</p>
<p>Bien sûr, je me souvenais de Lipsett, un garçon magnifique et ténébreux aux cheveux noir mat et au regard noir, mais étincelant. Il avait été engagé quelque temps auparavant par Colin Low et Robert Verrall et dirigé vers la section d&#8217;animation où son alllure avait tout de suite attisé Norman McLaren bien que le compagnon de ce dernier, Guy Glover, veillât sur lui presque aussi jalousement que Marcel sur son Albertine. Je me souvenais d&#8217;autant plus d&#8217;Arthur qu&#8217;il montait souvent en voiture avec moi après le travail; c&#8217;était sur ma route de le laisser à la porte du Clifton, un vieil immeuble de briques qu&#8217;il habitait, juste en face de l&#8217;entrée du cimetière Côte-des-Neiges.</p>
<h1><span style="color: #ff0000;">Very Nice, Very Nice<a title="Arthur Lipsett circa 1960 (Photo ONF)" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/c/0/a/d/3/c0ad3ef8041c07cd27b6a447fbd4803e.jpg?stmp=1330472972"><img class="aligncenter" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32052277/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="Arthur Lipsett circa 1960 (Photo ONF)" width="500" height="286" /></a></span></h1>
<p>Lorsque je reçus cette demande d&#8217;Amélia, j&#8217;avais perdu Arthur de vue  depuis que son tout premier film Very Nice Very Nice eût été mis en nomination, en 1962, pour un Oscar dans la catégorie des sujets courts. Je ne me souvenais même plus qu&#8217;il s&#8217;était enlevé la vie, en 1986, deux mois avant d&#8217;avoir cinquante ans, après être revenu s&#8217;installer dans ce Clifton encore plus délabré et maintenant rasé.</p>
<p>Cet Oscar de 1962, Arthur ne l&#8217;a pas remporté, mais son film, basé sur une bande sonore très originale accompagnée d&#8217;un étincelant montage image, fit tant d&#8217;effet que Stanley Kubrick lui demanda de créer la bande-annonce de <em>Dr. Strangelove</em>. Arthur refusa et Kubrick fit la bande-annonce lui-même en s&#8217;inspirant palpablement des techniques singulières de Lipsett qui allait aussi influencer George Lukas. Ce dernier ira jusqu&#8217;à inclure des éléments de films d&#8217;Arthur dans ses <em>Star Wars</em>.</p>
<p>Ce mystérieux Lipsett devait aussi avoir une profonde influence sur la jeune Amelia Does qui, en 2001, commençait ses études en cinéma à l&#8217;Université Western Ontario. Le prof, Mike Zryd projette <em>Very Nice, Very Nice</em> pour ses étudiants.</p>
<p>Dix ans après avoir visionné <em>Very Nice</em>, Amelia me décrit les impressions qui l&#8217;habitent encore : <em>« D&#8217;abord, c&#8217;est ce que le film disait avec ses mots et comment ses images illustraient le message. La première phrase de Very Nice c&#8217;est, We are living in a society whose motto is et, à ce instant, on voit l&#8217;image d&#8217;une voiture renversée avec le mot NO, puis ensuite l&#8217;image d&#8217;un grand placard publicitaire vide avec le mot BUY inscrit au-dessus ».</em></p>
<p>« <em>Pour moi</em>, poursuit Amelia, <em>le message était limpide: nous vivons dans une société obtuse, obsédée par la consommation. Je n&#8217;avais jamais rien vu de tel, surtout venant de cette période des années soixante. Le film m&#8217;inspirait et je n&#8217;arrivais pas à me le sortir du ciboulot. Et quand j&#8217;appris que ce film avait été produit par l&#8217;Office national du film, que le cinéaste était Canadien et qu&#8217;il s&#8217;était enlevé la vie, j&#8217;étais sous le choc, je n&#8217;avais plus qu&#8217;une envie: savoir qui était ce type. »</em></p>
<h1><span style="color: #ff0000;">L&#8217;obsession d&#8217;Amelia.</span></h1>
<p>Amélia poursuit studieusement ses cours de cinéma, mais le sujet de Lipsett la hante de plus en plus. Il s&#8217;est incrusté dans sa tête et dans son cœur, mieux que ne l&#8217;eût fait quelque amoureux. Elle lit tout sur lui, fouille l&#8217;internet et revient même en pélerinage à Montréal sur les pas du cinéaste; elle refait le trajet entre l&#8217;ONF et ce trou rocheux, à Côte-des-neiges où s&#8217;élevait jadis le <em>Clifton</em>. Elle n&#8217;en finit pas d&#8217;interroger des gens qui l&#8217;ont connu, elle en rencontre dix ou douze par années, leur extirpe leurs souvenirs, consignant tout dans des fiches scrupuleusement classées jusqu&#8217;à ce que germe l&#8217;idée d&#8217;écrire la biographie de cet étrange personnage qui est devenu sa vie, une vie qui singe aussi un peu la sienne: comme Arthur, Amélia est née à Montréal et comme lui, elle en est partie assez jeune pour vivre au Canada anglais. Il était affligé dans sa tête de toutes sortes de tourments, elle lutte contre son corps assailli par la fibromyalgie. Inapte, croit-elle, à écrire la biographie de son idole, le hasard lui fait croiser Dennis Mohr qui vient de filmer une longue entrevue avec George Lucas sur Arthur Lipsett. Voilà l&#8217;âme sœur!</p>
<p>La combinaison de ces deux-là deviendra une locomotive que rien n&#8217;arrêtera &#8211; la décision a été prise &#8211; ce ne sera pas une bio-papier, mais un film qui racontera la vie de leur idole. Il faut trouver des fonds, engager un «vrai» réalisateur; leur choix s&#8217;arrêtera sur Martin Lavut qui était un ami personnel de Lipsett. Le canal Bravo, TV Ontario et, après maintes hésitations, l&#8217;Office national du film contribueront modestement à rendre le projet possible. Ce<em> labour of love</em> allait-il libérer Amelia de son obsession? Sans doute pas!</p>
<p><em>Remembering Arthur</em> fut projeté au Festival international du film de Toronto, en 2006. Je l&#8217;ai visionné, il y a quelques semaines, sur le site de l&#8217;ONF <a href="http://www.nfb.ca/film/remembering_arthur"> http://www.nfb.ca/film/remembering_arthur</a> <span style="color: #3366ff;"> </span> c&#8217;est un document formidable avec des témoignages extrêmement émouvants et surtout on voit comment l&#8217;incroyable talent créateur d&#8217;un artiste arrive à le consumer tout entier sans que lui, ni personne, n&#8217;y puissent quoi que ce soit. La poisse! Mais heureusement le bonheur revient avec les films d&#8217;Arthur. Visionnez déjà son premier, <em>Very Nice, Very Nice</em> et vous vous rendrez compte&#8230; <a href="http://www.nfb.ca/film/Very_Nice_Very_Nice/">http://www.nfb.ca/film/Very_Nice_Very_Nice/</a></p>
<h1><span style="color: #ff0000;">L&#8217;obsédant Lipsett.</span></h1>
<p><a title="La couverture de la bio" href="http://storage.canoe.ca/v1/blogs-prod-photos/a/f/6/7/a/af67a59ece4a3cac121c5aa73dbe6e49.jpg?stmp=1330472374"><img class="alignleft" src="http://storage.canoe.ca/v1/dynamic_resize/id/32052224/?size=500x500&amp;site=blogs&amp;authtoken=3ef318efc0d861959b4b4c43bdd7f1d6&amp;quality=90" alt="La couverture de la bio" width="262" height="400" /></a>Mais non, à London, en Ontario, où elle habite maintenant, Amelia n&#8217;a jamais chassé le mystérieux M. Arthur de son cerveau, il a continué de l&#8217;habiter, de l&#8217;obséder et de la tourmenter allant, à l&#8217;occasion, jusqu&#8217;à lui faire ouvrir l&#8217;ordi et commencer à taper les premiers mots d&#8217;un biographie, mais écrite celle-là. Rien à faire, les mots ne venaient pas, l&#8217;écran tombait finalement en veille&#8230; comme Amelia. Presque sept ans d&#8217;un document tout blanc, de panne de cerveau, puis l&#8217;automne dernier les caractères noircissent l&#8217;écran, à toute vitesse, frénétiquement. En quelques semaines, Amelia Does terminera sa biographie de Lipsett, une centaine de pages qu&#8217;on peut acheter en ligne pour neuf dollars en cliquant:</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://arthurlipsett.weebly.com/">http://arthurlipsett.weebly.com/</a></span></p>
<p>Quelques centaines d&#8217;exemplaires-papier sortiront aussi des presses. La fin de l&#8217;obsession d&#8217;Amelia? Pas tout à fait.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui même, Amelia Does m&#8217;a envoyé un courriel. Elle aimerait bien écrire un autre livre, mais elle n&#8217;a pas encore son sujet, elle travaille aussi à un documentaire sur l&#8217;activiste David F. Noble et&#8230; oui! elle collaborera aussi à deux autres livres sur Arthur Lipsett: une anthologie publiée par les Presses de l&#8217;Université de Calgary et un album avec Mark Michaelson qui reprendrait une sélection des milliers et milliers de photos prises par Arthur (entre autres avec une Bolex 16mm.) au long de sa trop courte vie.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">Merci Amelia de tant d&#8217;obsession. Nous revivons Arthur Lipsett.</span></h4>
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