Flash-back nostalgique

- 15 janvier 2010

Gilles Carle et la Chloé oubliée !

Mélancolie ! Parler encore de Gilles Carle. Vite avant qu’on l’oublie, car lorsque la neige aura fondu devant la maison qu’il habitait à Abbotsford, près de chez moi, la majorité des gens aura déjà à peu près tout oublié à propos de Gilles, un vague souvenir quelque part dans un album de famille qu’on ne feuillettera sans doute plus souvent. Heureusement qu’il reste ses films, dont plusieurs sont maintenant disponibles sur Éléphant, mémoire du cinéma québécois (Illico, canal 900)

Dans le concert d’éloges qui ont suivi la disparition de ce cinéaste si doué, si original, on aura rarement oublié de mentionner Chloé Ste-Marie, l’ange-gardien qui a acccompagné Gilles durant la dernière partie de sa vie et qui a remué mer et monde afin que ses jours se terminent le plus lumineusement possible, en dépit des ténèbres qui s’appesantissaient sur lui et le plongeraient encore vivant dans la nuit des temps.

Mais cet ange-gardien aura été le deuxième à veiller sur Gilles. Il y en avait eu un autre, une Chloé oubliée, dont on a fait bien peu état, au moment de la disparition du cinéaste.  Sans cet oublié, sans cet autre ange-gardien, Gilles aurait-il connu une carrière aussi vertigineuse et aussi dépourvue de tous les soucis d’argent que doivent affronter pour tourner les cinéastes québécois, quelle que soit leur notoriété?

Je ne crois pas.

Pierrre Lamy, producteurCet oublié, c’est un producteur, PIERRE LAMY. Voici la description que je fais de cet ancien associé, chez Onyx Films, dans mes mémoires,   À force de vivre «… il fallait le connaître. Ce bonhomme lippu et obèse, bon comme un saint-bernard, salivait aussi comme un saint-bernard, et il était né avec un cheveu sur la langue qui le faisait bléser (…) Après des études universitaires en comptablité, Pierre avait commencé sa carrière comme administrateur de la famille Von Trapp, au Vermont où il avait épousé une jeune cuisinière allemande qu’il appela joliment liebling toute sa vie… »

Si ce n’est ses propres enfants, je dirais que le seul autre liebling (chéri) dans la vie de Pierre, ce fut Gilles Carle. De 1968 à 1975, Pierre produisit sept longs métrages de Gilles, plusieurs parmi les plus significatifs: Les mâles, La vraie nature de Bernadette, La mort d’un bûcheron, Les corps célestes, La tête de Normande St-Onge.

Sans doute à cause de son côté très humain, sensible, bon enfant, Pierre avait l’art de tirer le meilleur des gens, de les encourager, de les soutenir, et, avec Gilles, la symbiose était telle que ces qualités s’épanouissaient d’une manière très particulière.

Il faut dire que le commensalisme entre Michael Spencer, alors directeur général de la SDICC (maintenant Téléfilm) et Pierre Lamy rendait à ce dernier la partie assez facile. En effet, rien (ou à peu près) de ce que proposait Pierre à la SDICC n’était refusé, il s’y présentait comme à un guichet automatique. Ce laissez-passer lui permettra de produire également Brassard, Arcand, Jacques Gagné, Jutra, Labrecque, etc.

Mais Pierre fera plus que produire les films de Gilles, dès l’arrivée de celui-ci à Onyx en 1966, il le prendra carrément sous son aile ; il gère ses affaires personnelles, s’assure que Gilles s’occupe correctement de sa femme et de ses enfants, s’ingéniant même à épargner à la famille les contrecoups de la vie sentimentale tumultueuse de son protégé.

Après la débâcle d’Onyx Films, Pierre et Gilles s’associeront dans les Productions Carle-Lamy, bureaux à la Place Bonaventure où justement Gilles fait la découverte de sa «Bernadette» : Micheline Lanctot, qui dessine alors aux studios d’animation de Gerald Potterton.

Pierre a sans doute géré les affaires de Gilles mieux que les siennes, car lorsqu’il prit sa retraite, à la fin des années 80, il n’était vraiment pas riche et il avait toujours vécu assez modestement. Disons-le : pour s’enrichir ici comme producteur, il faut travailler comme un forcené (pas le style de Pierre) et être bien plus finaud et roué que lui. Heureusement, il reçut, en 1981, le prix Albert-Tessier, un choix certes mieux avisé que beaucoup d’autres qui ont été faits depuis pour cette distinction.

Je ne sais pas combien d’anges entourent Gilles maintenant, mais il en aura eu deux durant sa vie. J’avais envie qu’on se souvienne aussi du premier.

Difficile à digérer en effet !

Je ne répondrai pas toujours aux commentaires passés sur mes blogues. Mais, dans certains cas, oui ! Par exemple, celui de Roger Kemp, suite à La vraie nature de Gilles Carle. Je reste, M. Kemp, absolument campé sur mes positions. Et je reste bêtement incrédule lorsque vous racontez qu’en octobre dernier, à Trois-Rivières, Gilles a parfaitement reconnu Hubert Reeves, etc. Gilles qui, il y a quelques années, ne reconnaisait plus Carole Laure ! Si ces épisodes miraculeux se sont produits, tant mieux !  Mais ce n’est pas le point que je soulevais. Je m’insurgeais sur l’exhibition qu’on a fait jusqu’à la fin de Gilles, lui qui, toute sa vie, malgré ses côtés flamboyants, demeurait plutôt réservé.

Portion de photo parue dans CTVM(À preuve, il reste bien peu d’entrevues de lui). Ce qu’il souhaitait qu’on connaisse de lui, il l’a splendidement raconté dans Moi, j’me fais mon cinéma et dans un livre. Je m’insurgeais aussi contre le triste manège auquel se sont prêtés certains journalistes alors que Gilles a été honoré par les exploitants de salle et qu’ensuite dans leurs articles on lui prêtait des déclarations comme si elles venaient de lui, pourtant totalement aphasique.

Et les photos de lui, en mars de l’an dernier, lorsqu’on sort un coffret de ses films (numérisés par le projet Éléphant). Je publie (en aussi petit que je peux) une de ses photos parues à cette occasion. À qui et à quoi peut servir pareille image de Gilles (qui brise le cœur) ? Comment pareille exhibition eût-elle pu lui faire plaisir? Je maintiens que cela manquait de respect! Quelles que furent les fins visées.

Éléphant : son territoire !  Les réalisatrices !

Louis Pelletier attend impatiemment en Abitibi la possibilité de voir le répertoire Éléphant. Nous y arriverons, Louis, soyez patient. L’ambition d’Éléphant, c’est de voir un jour tous les films québécois disponibles partout, à commencer bien sûr par l’ensemble du Québec et du Canada.

Vous le dites bien, Lucette Lupien… «notre cinématographie est véritablement un trésor national» et ce trésor est aussi constitué de longs métrages de réalisatrices.Micheline Lanctôt a raison de sourire

Et c’est loin d’être mauvaise volonté qu’il y en ait actuellement si peu surÉléphant, Illico canal 900. Tristesse, plutôt. C’est que le (mauvais) sort veut que les droits d’une grosse partie des longs métrages de réalisatrices sont détenus par des distributeurs qui se font un peu tirer l’oreille pour collaborer avec Éléphant. C’est auprès d’eux qu’il faut faire pression. Quand même, la grande détermination d’Éléphant commence à porter fruit ; nous serons bientôt en mesure, par exemple, d’ajouter au répertoire deux films de Micheline Lanctôt, une des plus ardentes supportrices d’Éléphant, depuis la première heure de ce magnifique projet.

Éléphant avance, mais ne nous y trompons pas, c’est la jungle !

Catégories: Cinéma

Abonnez-vous à cet article

Laisser un commentaire

 characters available