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DE VRAIES ÉTRENNES D’ÉLÉPHANT

- 3 janvier 2016

Un cadeau magnifique.

Il faut bien le dire (et parfois… le répéter) Éléphant, mémoire du cinéma québécois est un cadeau magnifique, somptueux. Un cadeau qui grandit chaque année puisque les films s’additionnent sur les plates-formes numériques et qu’il y en a maintenant plus de 225, restaurés, pimpants et visibles à toute heure du jour ou de la nuit. Il suffit de visiter la vidéo à demande illico de Vidéotron ou encore de se rendre sur iTunes dans la case : Films en Français et de là sur Éléphant, et ce partout dans le monde où le français ou l’anglais est une des langues officielles.PIERRE DION, PDG de Québecor

Ce cadeau royal (environ 22 millions$ ont été investis depuis huit ans en frais techniques et en valeur publicitaire) nous le devons à Québecor, dont le président-directeur général, Pierre Dion, a renouvelé, lors des célébrations d’Éléphant ClassiQ, en novembre dernier, l’attachement de sa société envers ce gros animal de projet, la plus importante contribution philanthropique au Québec dans le domaine de la culture. Et Pierre Dion a bien réitéré qu’il désirait continuer pour longtemps sur la lancée d’un projet dont l’idée de départ revient à Pierre Karl Péladeau, son prédécesseur chez Québecor.

Pierre Karl PéladeauÇa nous trotte souvent dans le ciboulot, Marie-José et moi, l’ampleur de ce chantier dans lequel Pierre Karl et son bras-droit d’alors, Luc Lavoie, nous ont lancés lorsqu’ils nous ont confié cette aventure qui ne portait pas encore de nom et qui est devenu Éléphant parce que nous lui voulions un vocable ludique et dont on se souviendrait aisément, comme du lion de la Metro Goldwyn Mayer qui rugissait jadis au début de chacun de leurs films.

Éléphant a maintenant pris sa place lui aussi dans la jungle du cinéma. On le remarque, on en parle, on le récompense. En effet, quelle reconnaissance pour Éléphant d’avoir vu ses films sélectionnés deux fois d’affilée à Cannes Classics, deux fois au Festival Lumière de Lyon et, en novembre dernier, au Musée d’Art Moderne de New York à son événement To Save and Project.

Cela écrit, rien ne me fait plus plaisir que lorsque je vais, comme le 30 décembre dernier, à la Canadian Tire, à Granby, et que l’un des commis vient me serrer la main pour me raconter comment Éléphant le réjouit et comment il s’en sert comme outil de culture pour ses enfants. «Autrement, dit-il, comment aurais-je pu leur montrer les films que j’ai aimés, qui m’ont marqué et qui leur permettent maintenant de comprendre les années de ma propre jeunesse et de se former une identité.»

Restaurer, rendre accessible

C’est ça la grande mission d’Éléphant. Et pour remplir cette mission, l’équipe Éléphant (sauf les techniciens du numérique) se compte sur les doigts d’une main, ce qui me permet de les remercier individuellement sans outrancièrement encombrer cette chronique.Marie-José Raymond (Photo Pierre Dury)

La première que je tiens à remercier, c’est Marie-José Raymond, une tenace, une acharnée, une consciencieuse, méticuleuse, exigeante, une fanatique du travail bien fait. Et un œil d’épervier, celle-là! Pas une rayure, pas un sautillement d’image, pas une poussière, rien ne lui échappe lorsqu’elle fait avec les techniciens l’ultime vérification des films avant qu’ils ne soient versés sur illico ou sur iTunes. Une inspection tyrannique que je suis impuissant à faire parce que j’ai la manie de me laisser prendre par le film et d’ignorer facilement un léger dérèglement de pixels.

Mais ce sont les tâches en amont où elle est particulièrement remarquable. Chercher les détenteurs de droits, plus difficiles à repérer que des aiguilles dans un tas de foin, dénicher les éléments propices à la numérisation et à la restauration, valider les contrats avec les différents intervenants, concevoir des solutions pour que les différentes associations (acteurs, réalisateurs, scénaristes, etc.) voient Éléphant comme une bête amie qui porte sur son dos l’histoire de soixante ans de cinéma québécois de fiction.

Marie-José, c’est aussi le «règne de la beauté». Elle se bataille constamment pour que tout ce que Éléphant produit graphiquement et visuellement soit le plus esthétique, harmonieux et soua-soua possible. (Mais, malgré ses efforts, elle ne réussit pas toujours!)

Le trait-d’union avec Québecor

Sylvie Cordeau Depuis les débuts d’Éléphant, nous avons eu presque toujours les coudées franches. Difficile d’entretenir de meilleures relations qu’avec un mécène qui fait confiance et qui apprécie franchement le travail accompli. Cela ne veut pas dire que nous ayons la bride sur le cou. Quelqu’un tient les cordeaux (pardon, elle était trop facile) : c’est Sylvie Cordeau, vice-présidente, Philanthropie et commandites. Sylvie fait partie de Québecor depuis toujours, je crois, elle y a commencé presque au sortir de ses études de droit. Sylvie, un peu rigide, vive, intelligente et québecorienne «to the core» constitue le trait-d’union entre nous, les artisans d’Éléphant, et Québecor. Elle négocie les budgets avec la direction, relaie les idées, les initiatives, en prend elle aussi, bref elle contribue parfois à contenir un peu notre éléphant toujours très fringant, considérant qu’il sort à peine de l’adolescence et qu’il peut être porté par-ci par-là à s’écarter des contenances corporatives… traditionnelles. Mme Lise Gascon, adjointe de Sylvie, veille, elle aussi, à ce que l’éléphant soit nourri, que l’eau reste limpide dans son abreuvoir, enfin tout pour l’empêcher de barrir pour rien.

Notre geek surdouée

Virginie ValastroVirginie Valastro, une canado-italienne, aux yeux pétillants, était fraîche émoulue de Concordia lorsqu’elle vint frapper à la porte du bureau de production du film The Book of Eve, en 2001. Elle accepterait n’importe quoi et elle devint réceptionniste. Elle ne resta pas longtemps à répondre aux téléphones, Marie-José Raymond, la productrice, ayant noté son intelligence et sa vivacité. Book of Eve fut une sorte de cauchemar, lorsque une partie du financement britannique s’effondra à la suite de 9/11. Des contrats (pay-or-play) étaient signés avec les principaux acteurs, les décors étaient construits, et 1 million$ venait de s’évaporer. Marie-José consulta son bon ami André Link qui essaya de la réconforter en disant : «Tu es au sommet d’une côte à-pic, au volant d’un gros camion qui n’a plus de freins… mais heureusement tu sais bien conduire, j’ai confiance».

Durant cette descente vertigineuse qui, heureusement, se termina bien, Virginie veilla sans cesse aux côtés de la conductrice, épluchant contrats, appelant avocats, et la nourrissant régulièrement de dattes puisqu’elle ne pouvait pas quitter le volant. Un assistant de production plutôt discourtois remit à un moment une nouvelle boite de dattes à Virginie en murmurant : «Tiens, c’est pour le singe!».

Virginie est restée avec nous plusieurs années, puis elle est allée œuvrer dans d’autres maisons de production, mais depuis les débuts d’Éléphant, en 2008, la geek qu’elle est devenue, y revient toujours; elle a aidé à concevoir et monter la banque de données, et, à temps partiel, continue – secondée par l’ingénieux Daniel Rodrigue – à aplanir beaucoup des embûches que le numérique et l’informatique sèment sur la route d’Éléphant.

Webmestre et marathonien

Pascal LaplantePascal Laplante, le webmestre d’Éléphant, s’entraîne maintenant pour devenir marathonien. Je ne comprends pas exactement pourquoi d’ailleurs il a commencé à courir : peut-être pour prendre ses distances du web, rester en forme et humer l’air du dehors, lui qui passe quatre jours par semaine à bourdonner dans sa petite alvéole au siège social de Québecor afin de garder frais le site elephant.canoe.ca, un trésor d’informations, de données, de dossiers spéciaux, de vidéos sur le cinéma québécois, ses créateurs et ses artisans. Et c’est aussi Pascal qui voit à la publication, depuis quatre ans, du Répertoire Éléphant, un catalogue en couleur tiré à plus d’un demi-million d’exemplaires qui fournit toute l’information sur les films restaurés et diffusés par Éléphant. Pascal a beaucoup de qualités, mais celle que je lui préfère entre toutes, c’est sa connaissance du français. Voilà un type qui écrit bien, ce qui est encore plus rare aujourd’hui qu’un marathonien.

Marie-Claude AsselinEt lorsque les besoins de communications deviennent trop intenses, nous avons recours à Marie-Claude Asselin, MCA pour faire court. Visage un peu rond, rose et appétissant comme un bonbon, un sourire presque perpétuel et des yeux toujours vaguement moqueurs, Marie-Claude est infatigable et d’une patience qui m’a semblé infinie, jusqu’à présent. Comment elle réussit à faire un faisceau de toutes les notes et directives (parfois divergentes) qu’elle reçoit? je ne le sais toujours pas, mais ce doit être cela une Dame des Communications.

Et toi, l’octogénaire?

Eh bien moi, Éléphant me donne l’occasion de travailler aussi fort que si j’avais la moitié de mon âge et surtout la chance qui n’arrive pas souvent à cet âge de maîtriser des techniques nouvelles et difficiles. Depuis huit ans, j’apprends! Et c’est formidable. Dans toute restauration numérique, un des aspects les plus importants, c’est l’étalonnage couleur : restituer aux films qu’ils soient en noir et blanc ou en couleur leur beauté d’origine, l’améliorer même, puisque les moyens à notre disposition sont cent fois plus sophistiqués que lorsque j’ai commencé dans le cinéma, il y a maintenant 61 ans.

Je suis en quelque sorte la mémoire vivante d’Éléphant.

Pas un jour que je n’invoque le ciel de continuer à retrouver assez facilement ce que j’ai donné en garde à ma mémoire. Et de continuer à voir ces belles choses créées par le cinéma.