Archives pour juillet 2012

TOUT UN OISEAU, CE ROCK !

- 6 juillet 2012

UN OISEAU DE LÉGENDE

Rock

Le curé qui a baptisé le poupon Demers, à Sainte-Cécile-de-Lévrard, au début de décembre 1933, a-t-il d’emblée épelé son prénom avec un «k» ou a-t-il par inadvertance fait quelque pâté en traçant le «h» ? avec le résultat que le cinéma ne connait désormais que ce Rock Demers, un cas dans tous les cas.

Ce prénom-là, je dois dire qu’il le porte bien. Ramassé sur lui-même, ce type à l’air souvent grave, qui a aussi longtemps que je me souvienne arboré une barbe, a peut-être maintenant la tête d’un brave grand-père, mais derrière ce paravent de poils, ces yeux vifs et cette bouche moqueuse se cache un monsieur volontaire avec la tête dure comme du roc, un monsieur en voie de devenir un producteur de légende comme l’oiseau fabuleux qui porte lui aussi le nom de rock.

Il fallait vraiment au Québec une tête de pioche pour arriver comme Demers à monter une collection de films jeunesse aussi importante et originale que LES CONTES POUR TOUS, l’œuvre d’une vie loin d’être terminée puisque Rock a décidé de produire trois ou quatre autres films avant, dit-il sans nous convaincre, de tirer sa révérence. Soit, il vient de vendre La Fête, sa maison de production, à Me Bruno Ménard qui en assurera la continuation, mais il compte pour tout de suite rester la figure de proue de ce bateau qui a traversé toutes les tempêtes, depuis 1980. Dix ans plus tôt, il s’était impliqué comme distributeur et coproducteur dans Le martien de Noël, l’ancêtre des Contes pour tous.

Demers l’admet lui-même, il est un producteur interventionniste. Atavisme sans doute d’un fils de cultivateurs. Il aime tracer le sillon, guider la charrue, ensemencer, voir pousser, puis battre le blé, le moudre et pourquoi pas, allons-y! cuire aussi le pain. Cela dit, il ne serait pas tyrannique, à preuve: plusieurs réalisateurs ont travaillé plusieurs fois sous sa direction.

Le tandem Mélançon-Demers

Le réalisateur André MélançonAndré Mélançon est un de ceux-là. André dont le projet de film qu’il a actuellement avec Demers Le gang des hors-la-loi vient d’être refusé par Téléfilm et la SODEC, les deux  invoquant qu’il est rare qu’un projet soit accepté au premier dépôt!

«Refuser un projet sous prétexte que c’est son premier dépôt!» le producteur enrage! «Surtout, fulmine-t-il, que ce scénario formidable d’André Mélançon est la somme de son expérience de la vie et de son expérience de réalisateur.»

J’aurais bien envie moi-même d’en rajouter sur ces troubles de l’esprit «fonctionnaire», mais j’ai déjà été rabroué très sévèrement par M. François Macerola pour avoir signalé ces abus de pouvoir des fonctionnaires de nos institutions prêteuses! Ce serait triste de le faire remonter de nouveau au créneau.

Pourtant ce n’est pas l’expérience qui manque lorsque l’on a affaire à un Mélançon, doublé de ce Demers. On pourrait imaginer que pareil tandem pourrait mener une production à bon port sans qu’elle ait été tripotée par les fonctionnaires.

Basta cosi!

 Le fameux club Faroun

C’est sûr que Rock n’est pas né de la dernière pluie. Après son cours classique au Collège du Sacré-Cœur de Victoriaville, il a poursuivi à l’École normale Jacques-Cartier, il se destinait à l’enseignement. Et partout où il se trouvait, il organisait des ciné-clubs. C’est sans doute ce qui l’a inspiré lorsque étant devenu distributeur de films jeunesse, à l’enseigne de Faroun Films – après avoir été directeur général et programmateur du Festival du Film de Montréal – il fonda le Club Faroun; pour 7$ le Club Faroun vous donnait droit de visionner sept films, soit dans un cinéma local avec lequel Faroun avait des arrangements, soit carrément dans un sous-sol d’église, comme dans le bon vieux temps. Eh bien, le Club Faroun a déjà compté 175,000 membres. J’allais oublier: Demers a aussi fondé la revue Images avec les Joussemet, Lamothe, Breton, Latulippe et Cadieux.Le logo des Contes pour tous

Jusqu’ici les films produits par Rock Demers ont remporté deux-cent-dix prix ou trophées, de quoi décorer toutes les corniches et toutes les tablettes de ses bureaux maintenant situés au deuxième étage d’un immeuble de briques ancien, sur la rue Guy au sud de la rue Notre-Dame.

Qu’est-ce qui fait persister Rock dans ces films pour toute la famille alors que rien dans les programmes des institutions prêteuses ne les encourage? C’est la mission qu’il s’est donnée, en 1980, lorsqu’il prit connaissance par un article de journal du nombre de jeunes qui se suicident chaque année. Il fut tellement choqué par ces statistiques qu’il prit la résolution de commencer à produire des films qui donneraient aux jeunes le goût et l’appétit de vivre. Et, à la même époque, la jeune fille de Viviane, sa femme d’alors et de toujours! venait de s’enlever la vie. Cela le galvanisa dans sa résolution.

Rock le déterminé!Cette résolution, il faut avoir la ferveur de Demers pour continuer de la concrétiser, lui le presque octogénaire, alors que rien ne l’y aide, ni à Téléfilm, ni à la Sodec, leurs programmes n’étant pas adaptés à des films, comme ceux de la collection LES CONTES POUR TOUS, qui n’ont pas de vedettes, qui ne se plient pas à la mode et dont la rentabilité n’est pas immédiate. Ce sont des films de long cours qui traversent les générations.

Tiens, on fait souvent des comparaisons avec la Scandinavie. Alors, allons-y encore. En Scandinavie, les institutions financent 80% du budget des films jeunesse. Le producteur n’a qu’à trouver le solde de 20%. Et de plus, si ce producteur réinvestit les recettes dans d’autres films jeunesse il n’a pas à rembourser les prêts de l’État.

Ces arguments, ces chiffres, Demers les balance aux institutions depuis des lunes, mais pour le moment elles restent sourdes, comme les gouvernements qui les commandent.

Toujours taper sur la casserole

Comme les étudiants, il continue, Demers, de taper sur ses casseroles et de faire du bruit, mais le gouvernement ne l’entend pas davantage que les étudiants!

Demers, c’est un rebelle, avec une cause!