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LA TROMPE ENTRE LES DENTS

- 31 décembre 2011

Notre éléphant fait son chemin!

À peine trois ans d’existence, que de chemin parcouru par Éléphant, mémoire du cinéma québécois !Le nouveau répertoire  Le répertoire 2012, inséré dans plusieurs journaux, au début du mois, et publié à plus d’un demi-million d’exemplaires, fait état du cheminement prodigieux de cette entreprise philanthropique, initiée il y a maintenant trois ans par ce fou de cinéma, Pierre Karl Péladeau. L’idée elle-même paraissait plutôt folle au départ : numériser, restaurer et rendre accessible la totalité du patrimoine cinématographique québécois, incluant les coproductions avec les pays étrangers.

Après trois ans et quelques millions dépensés en promotion (argent qui ne provient pas du budget Éléphant) Éléphant et son magnifique logo sont en train de s’imposer dans le ciboulot des Québécois un peu comme Leo, le lion rugisssant de MGM s’est gravé dans l’imaginaire des amateurs de cinéma, depuis sa première apparition, d’abord sur les films de la Goldwyn, en 1917, et la version revisée lorsque Goldwyn devint la Metro Goldwyn Mayer, en 1924.

Évidemment, les temps ont changé… MGM pour ses logos a utilisé de vrais lions qu’elle a commencé par faire dresser avant de les inviter en studio devant les caméras. Le grand rôle de LéoLe premier s’appelait Slats et ne rugissait pas, se contentant de regarder à gauche, puis à droite; c’était à l’époque du muet, alors pourquoi rugir ! Léo Deuxième, Jackie, parfait sosie de Slats, a rugi, lui, pour le premier film sonore de la MGM, White Shawdos in the South Seas ; un grognement un peu sourd d’abord, un feulement, puis un grognement plus puissant, suivi d’un rugissement mémorable. Jackie tournait la tête vers la droite de l’écran et le film commençait.

Comme si d’être la vedette du début de chaque film de MGM, de 1928 à 1956, ne lui avait pas suffi, Jackie a joué dans une centaine de films, dont tous les Tarzan avec Johnny Weismuller. Moi qui n’ai jamais raté un Tarzan de cette époque, je n’avais jamais fait le rapprochement entre le lion de la MGM et l’animal à crinière royale, compagnon de Weismuller. Jackie a terminé sa carrière publique en participant à l’Exposition universelle de New York, en 1939. J’avais huit ans. Au fond, c’est à lui que je pensais encore lorsque, il y a trois ans, au début du projet de Pierre Karl, je m’étais dit que ce serait astucieux de trouver un animal (les animaux, on ne les oublie jamais) comme symbole de ce grand dessein de mémoire. Avec sa mémoire proverbiale, son entregent et son intelligence, l’éléphant s’est presque tout de suite imposé : ce serait Éléphant, mémoire du cinéma québécois. Les temps ayant changé, pas besoin de capturer d’éléphant, ni de le dresser, il n’y avait qu’à le confier à des designers géniaux, Directo Création Marketing, à Montréal. Le logo était né, le vrai travail commençait.

Le logo MGM

Le logo ÉléphantIl lui faudrait, l’éléphant, se frayer un chemin dans la jungle en apparence inextricable des différents détenteurs de droits de ces films anciens et en trouver les meilleurs éléments physiques afin de les numériser et de les restaurer. Ces éléments, il y en a un peu partout ; à la Cinémathèque québécoise, bien sûr et fort heureusement, aux Archives nationales à Ottawa, dans des entrepôts disparates, dans des sous-sols ou des greniers de sociétés ou de particuliers; il y en a même qui ont été récupérés in extremis alors qu’on les chargeait dans un camion pour les jeter aux ordures.

Cette tâche ardue, patiente et entêtée de fin limier, je ne connais personne qui l’accomplirait mieux que Marie-José Raymond Marie-Joséqui partage avec moi la direction d’Éléphant. Persévérante, tenace et avec sa tête de pioche minutieuse d’archéologue, Marie-José reconstitue, film par film, la trace de notre cinématogaphie, les images de la société québécoise, ce qui en somme fait de nous un peuple.

Il reste certes un bon millier de films à retrouver, numériser et restaurer, mais plus de cent cinquante sont déjà prêts et disponibles en tout temps sur Illico et il y en a une trentaine d’autres sur les établis de Technicolor. Plus de cent cinquante films en trois ans, cela pourrait paraître insignifiant pour de non initiés, mais il aurait fallu voir, à Paris, au Forum des Images, s’écarquiller les yeux de ceux qui entendaient ces chiffres lors de la table ronde: Le numérique au service de la mémoire, organisée à l’occasion de la Semaine du cinéma québécois à Paris pour marquer le troisième anniversaire d’Éléphant. Bien au fait du piétinement de la numérisation en haute définition du cinéma français, l’auditoire était soufflé de réaliser que le Québec deviendrait sans doute le premier pays du monde dont toute la cinématographie aura été numérisée, restaurée et rendue accessible aux cinéphiles. (D’ici et bientôt peut-être du reste du monde).

Visionnaire, nourricierL’Éléphant marche d’un bon pas vers cet objectif qui devient de plus en plus réalisable à mesure qu’il avance, bien qu’il ait semblé à priori la vision chimérique, le rêve fou d’un visionnaire qui croit sincèrement qu’un univers virtuel existera bientôt contenant tous les trésors de notre civilisation, accessibles en tout temps; il n’y aura qu’à presser un petit bouton.

Meilleurs vœux PKP : bonheur, santé et… PROSPÉRITÉ, car un éléphant ne peut pas aller à cette allure, les oreilles au vent, la trompe entre les dents, s’il a le ventre vide.