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ÉLÉPHANT: 150 FILMS PLUS TARD

- 17 novembre 2011

L’ANIMAL A TROIS ANS

Il y a exactement trois ans aujourd’hui, 18 novembre, naissait cet Éléphant dont la mémoire phénoménale s’enrichit d’un répertoire de plus en plus riche, généreux et significatif. L’animal avait été mis au monde pour emmagasiner l’histoire québécoise telle que la racontent les longs métrages produits au Québec depuis les débuts de notre cinéma, autour des années 40.

Cet Éléphant, c’était un peu une histoire de fous, presque à dormir debout. Bien peu de personnes y croyaient sauf l’initiateur du projet, Pierre Karl Péladeau et, nous, qu’il avait choisis pour être les cornacs de la bête.

En soi, le mandat paraissait simple: numériser en haute définition et rendre accessible via la télévision sur demande l’ensemble des longs métrages québécois. Aux environs de 1200 films.

Notre magnifique logo

Pur mécénat

Et autre singularité du projet: Quebecor s’engageait dans une opération parfaitement philantropique. Même si les films allaient avoir un prix de location sur illico, la télévision sur demande de Videotron, tout l’argent, absolument tout l’argent – sauf 10% pour défrayer une infime partie de la bande passante- serait remis aux ayants droit. Mêmes les sommes qu’aurait pu conserver Vidéotron en tant que diffuseur seraient retournées aux créateurs de ces œuvres qui deviendront sur Éléphant le plus vaste album de famille qu’aient jamais eu les Québécois.

Il fallut d’abord mettre au point un protocole technique et trouver un laboratoire montréalais ( Technicolor soumit la proposition la plus intéressante et devint le laboratoire de choix ) possédant l’appareillage requis pour effectuer cette cure de jouvence sur des films souvent en piteux état, gardés n’importe où, n’importe comment. Fort heureusement, beaucoup d’entre eux s’étaient retirés dans un bon hospice, la Cinémathèque québécoise, qui les bichonne autant qu’elle le peut, malgré ses moyens limités; là aussi comme dans les autres centres de soins de longue durée du Québec, l’argent manque !

Et un autre protocole qui recevrait l’accord des unions d’artistes, de réalisateurs et de scénaristes. Une entente reconnaissant le caractère patrimonial d’Éléphant a été paraphée, en juillet 2010 par l’Union des Artistes, l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec et la SARTEC.

Le cinéma, il en est fou !

Il fallait un véritable passionné de cinéma comme Pierre Karl Péladeau pour imaginer un tel projet que l’on baptisa Éléphant, mémoire du cinéma québécois. Un projet très différent, par exemple, du Film Foundation de Martin Scorsese auquel on a parfois comparé Éléphant. La Film Foundation fait un tri des films qu’elle choisit de restaurer et ensuite ils sont projetés sporadiquement, même parcimonieusement, dans certains festivals ou certaines cinémathèques du monde. Les films Éléphant, eux, sont toujours disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Pour le moment, on les trouve sur illico, la vidéo sur demande de Vidéotron, mais le territoire s’agrandira. Nous sommes actuellement en négociations. Nous visons aussi le téléchargement qui rendrait le répertoire Éléphant disponible sur tout le territoire canadien.

Eh oui, encore la jungle.

Les droits sur les œuvres, quel embrouillamini ; la recherche des éléments pour reconstituer les films, un véritable travail de Sherlock Holmes… Une  jungle dans laquelle on arriverait à perdre un éléphant. Ces travaux de forçat, ce casse-tête, ils échoient à Marie-José Raymond qui est en train de développer un flair de limier doublé d’une patience que les anges modernes ne sont plus sensés posséder.

Quant à moi, je m’occupe de l’étalonnage de la couleur de tous les films et d’une bonne partie des restaurations, Marie-José prenant souvent le trop-plein. Et nous tournons les entrevues de mise en situation qui précèdent chaque film sur illico, de même que des dossiers exclusifs pour le site WEB créé pour faire la promotion d’Éléphant: elephant.canoe.ca.

Car, en même temps que naissait Éléphant, un site WEB, entièrement dédié au cinéma québécois et à son actualité, voyait le jour. Un site sur lequel on trouve de tout, même une bande dessinée hebdomadaire inspirée par des films québécois. C’est Pascal Laplante qui veille en permanence sur cet éléphant virtuel.

La bête est vorace, l’équipe, rikiki…

Et pour faire la jonction entre la jungle où vit notre éléphant et la belle entreprise qui doit satisfaire aux besoins voraces de la bête, Pierre Karl Péladeau a désigné Sylvie Cordeau, vice-présidente aux communications de Quebecor Media.

C’est ainsi qu’à quelques personnes seulement nous arriverons peut-être à ce que le Québec devienne le premier pays du monde dont tout le patrimoine de films de longs métrages aura été numérisé, restauré et rendu accessible à tous.

Barrissements outre-mer

Un exploit dont nous sommes fiers de venir faire état jusqu’ici, en France, à l’occasion de la Semaine du Cinéma du Québec à Paris. Un événement spécial, Le numérique au service de la mémoire, a lieu aujourd’hui même, au Forum des Images. Après une table ronde sur ce sujet, Le matou, le film de Jean Beaudin, fraîchement numérisé et restauré par Éléphant, a été projeté en numérique dans une salle comble, en présence du réalisateur et de Serge Dupire, une des vedettes du film.

Les barrissements de notre éléphant, jeunes, mais clairs comme des éclats de trompette, ont commencé à retentir jusqu’en Europe. Quel magnifique cadeau de troisième anniversaire.