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PKP BASHING ET AUTRES DÉMOLITIONS !

- 15 juillet 2011

Une «charette» pleine !

Dernière émission (enfin!) de Christiane Charette. ChristianeLe 3 juin dernier. Dernière aussi de ses revues hebdomadaires de l’actualité. Dans l’air : le fameux amphithéâtre de Québec. Les invités pour cet ultime débagoulage radiophonique à profondeur très élastique :  Nathalie Petrowski, Josée Legault, Francine Pelletier, Patrick Lagacé, Yves Boisvert et sa suffisance Marc Laurendeau. Les vraies considérations sur l’amphithéâtre du maire Labeaume sont nettoyées de la glace aussi vite que l’eut fait une Zamboni et la place est prête pour un des sports favoris de ces athlètes si souvent captieux : le PKP bashing !

Discipline d’autant plus pratiquée à la Société Radio-Canada que l’exemple est venu de haut n’est-ce pas ?, le grand coach lui-même, celui qui porte le nom d’un pays et à qui il arrive de se prendre pour tel.

Donc, Petrowski, elle, énonce qu’entre les joutes des futurs Nordiques, le grand saladier de bois de Québec ne servira qu’aux shows de Star Académie et autres manifestations de Quebecor ; Francine Pelletier renchérit avec une affirmation du genre: « tous les Québécois paieront pour cet amphithéâtre qu’on offrira ensuite en cadeau à M. Péladeau» (un khadirisme !); Charette, que l’on sent prendre un malin plaisir au bashing qu’elle préside interjecte un : «Je nous sens comme un tribunal !» Oui, pour juger qui ? Pierre Karl Péladeau évidemment… Et je vous passe les remarques faraudes de Laurendeau, les éruptions fielleuses de Francine Pelletier, les légers replis stratégiques de Boisvert ou de Lagacé qui semblent trouver que ce bashing atteint une criticité dont il importe tout de même de mesurer les risques éventuels (après tout, il s’agit de PKP, le patron de l’empire Quebecor, sait-on jamais !)

Venu de haut, l’exemple est bien suivi…

Ce minage systématique – à propos de tout et de rien – a été depuis deux ou trois ans, le petit boulot des animateurs (trices) de Radio-Canada. Une de leurs cibles favorites, PKP ! Champions de ces insidieux commentaires : René Homier-Roy et son faire-valoir, sa suffisance Marc Laurendeau. J’en parle avec d’autant plus d’aise puisque, durant le procès en diffamation qui nous opposa à Mario Clément et Radio-Canada, Marie-José Raymond et moi fûmes pendant presque un mois l’objet de ces éditoriaux-express, pervers et malintentionnés. Lorsque le juge Wagner, six mois plus tard – malgré les centaines de milliers de dollars de nos taxes dépensés en défense par Radio-Canada – nous donna raison contre Clément et Radio-Canada, rien, pas un seul commentaire ! C’était bien meilleur le matin lorsque les animateurs frémissaient de plaisir à frapper sur des gens dont on s’acharnait à détruire la carrière.

Pierre Karl PéladeauCe PKP bashing est d’autant plus scandaleux sur les ondes publiques de la Société Radio-Canada que celles-ci sont sciemment et hermétiquement bouchées à tout ce qui a trait à Éléphant, mémoire du cinéma québécois, l’un des plus importants projets philantropiques au Québec, dans le domaine de la culture, une idée originale (pour ne pas dire un trait de génie) de Pierre Karl Péladeau qui a décidé, il y a trois ans, que Quebecor ferait numériser en HD et restaurer le patrimoine cinématographique québécois et le rendrait accessible au public.

En effet, grâce à Éléphant, l’ensemble des longs métrages québécois – incluant les coproductions – sera à terme reporté sur support numérique HD et restauré grâce aux techniques actuelles les plus pointues. Une fois restaurés, les films sont déposés sur Illico, la vidéo sur demande de Videotron, et sont accessibles en tout temps, vingt-quatre heures par jour, sept jours par semaine. À l’exception d’un montant minimum pour couvrir une partie des frais de la plateforme, la totalité des revenus de la diffusion de ces œuvres est reversée aux distributeurs et aux créateurs du cinéma québécois. C’est un projet philantropique dont Quebecor tire zéro avantage pécuniaire.

Merci, pas d’Éléphant chez nous !

Depuis les débuts d’Éléphant, la Société Radio-Canada (comme La Presse d’ailleurs) est demeurée absolument muette sur le projet et sur toutes ses manifestations publiques. Motus et ondes cousues. Le seul brave qui osa briser ce mur du silence, c’est Michel Désautels qui  reçut Geneviève Bujold (à l’occasion de la projection  de Kamouraska, version de Claude Jutra) et Louise Marleau (à l’occasion de la présentation du film restauré La femme de l’hôtel, dans le cadre du Festival du nouvau cinéma).

Il n’y a pas un mois à Samedi rien d’autre, Stéphane Garneau s’est extasié longuement sur Netflix, regrettant du même souffle qu’il n’existe pas une espèce d’équivalence francophone… mais pas un traitre mot d’Éléphant dont le répertoire dépasse – après moins de trois ans – cent-vingt films, tous restaurés, disponibles en HD et en version standard. Ignorance du chroniqueur ou soumission à des diktats ? Pourtant,  pour le gouvernement français qui investira 800 millions d’euros dans les prochains dix ans pour la numérisation de son patrimoine culturel dont celui du cinéma, Éléphant est un modèle dont on va s’inspirer. Une première rencontre a déjà eu lieu à Paris avec les conseillers du secrétariat d’État chargé de la prospective et du développement de l’économie numérique et du Ministère de la Culture.

Non seulement Éléphant n’a pas droit de cité dans le zoo de la SRC, mais cette société est le seul de tous les diffuseurs (Télé-Québec fut le premier) à ne pas avoir convenu que des films du patrimoine québécois sur lesquels elle détient des droits puissent concuremment se retrouver aussi sur la plafeforme Éléphant.

Un véritable trésor.

Bien sûr et pour plusieurs raisons, j’aurais plutôt un parti pris pour Pierre Karl. Et de surcroît c’est un ami. Puis-je être impartial ? Non, et je n’en ai pas envie, mais il me reste assez de jarnigoine pour juger que le PKP bashing de tous ces bonimenteurs est assez pervers. On se plaît à taper sur quelqu’un qui construit et – dans le cas qui nous occupe – sur quelqu’un qui s’est donné comme mission philantropique de sauver de la disparition le patrimoine du cinéma québécois de long métrage. Au terme de cette entreprise qui coûtera des millions, plus de mille films de long métrage québécois n’auront pas seulement été sauvés de la disparition, mais ils redeviendront accessibles au public… pour l’éternité du numérique ! Ce cinéma que l’on restaure, c’est l’album de famille du peuple québécois, un véritable trésor, historique, sociologique, ethnographique.

Disons que l’on pourrait au moins reconnaître l’intérêt et la valeur immenses de cette décision de PKP de sauvegarder notre patrimoine cinématographique. Quatre-vingt-dix pour cent du cinéma muet américain est déjà disparu à jamais, soixante pour cent du cinéma parlant américain tourné avant les années cinquante est aussi disparu à jamais. Grâce à Éléphant, le nôtre, notre cinéma, sera préservé… et accessible.

On préserve, il démolit !

S’il y en a un ces temps-ci qui n’a aucun souci de notre patrimoine, Son honneur le maire Bernier!c’est bien le maire Claude Bernier de Saint-Hyacinthe. En moins d’un mois, le maire Bernier a fait raser l’Arche de l’Expo, la porte décorative du parc de l’exposition, construite en 1933 sous le règne du maire T.-D. Bouchard.

M. Bernier  l’a fait rayer de la carte, en douce, pour faire place à un débarcadère, sans aucune considération pour son originalité ou sa valeur patrimoniale. Cette arche historique aurait aisément pu être déménagée et conservée… Non, à coups de pelle mécanique, réduire le passé en poussière, c’est plus simple!

Et le maire-démolisseur ne s’arrêtera pas là. Le 4 juillet dernier, sourd aux protestations d’un groupe de citoyens et d’historiens, sourd à des articles du Devoir et du Journal de Montréal, sourd aux requêtes pressantes du député Émilien Pelletier, le maire laissera démolir la maison historique de Georges-Casimir Dessaules,MaisonDessaulles à l'époque sénateur, maire de St-Hyacinthe durant 25 ans, la maison même où Henriette Dessaulles, sa fille, la première femme journaliste du Québec, écrivit son célèbre journal (Henriette Dessaulles, Journal, Bibliothèque québécoise) dont le manuscrit constitue aujourd’hui l’un des 90 trésors du Musée McCord, à Montréal. L’exposition de ces trésors est présentement en cours au Musée McCord, rue Sherbrooke, à Montréal.

Cette maison avait été endommagé par un incendie aux origines douteuses, l’automne dernier, mais les murs tenaient bien, seul le toît avait brûlé. Une lettre de la MRC est rapidement envoyée à l’Hôtel de Ville de Saint-Hyacinthe et aux propriétaires, deux notaires, demandant qu’on couvre la maison pour la protéger des intempéries. Rien n’est fait. Chez les Dessaulles, il pleuvra et neigera tout l’hiver. Sur les papiers peints à la main du salon, dans l’escalier central hélicoïdal, élément architectural exceptionnel, enfin rien n’échappera aux éléments.  Puis on apprend qu’un permis de démolition sera délivré par la ville. Alertés par Anne-Marie Aubin, auteur et spécialiste de Fadette, des gens se mobilisent pour sauver la maison. Est-il encore temps ? La respectée firme d’architectes Beaupré-Michaud analyse la maison, détermine hors de tout doute son importance historique et conclut qu’elle peut encore être sauvée, en dépit de toutes les négligences. Le Comité consultatif d’urbanisme de la ville de Saint-Hyacinthe réclame ce rapport, car les membres sentent bien qu’est prise la décision de démolir, on le lui refuse carrément. Et ce fatidique 4 juillet, permis de démolir en poche, les yeux écarquillés, les deux petits notaires regardent tomber la maison Dessaulles. Plus de patrimoine dans les jambes ! ils pourront se reconsruire des bureaux à leur gré.

Le maire Bernier choisit sa place…

C’est ainsi que le maire Bernier a choisi sa niche dans l’histoire maskoutaine : celui qui n’aura pas levé le petit doigt pour sauver ou l’arche ou la maison Dessaulles. Comme doivent être fiers de lui ses illustres prédécesseurs à la mairie: Georges-Casimir Dessaulles et Télesphore-Damien Bouchard.

Note… de tristesse.

Henriette Dessaulles (Fadette)Ce 4 juillet, Marie-José Raymond qui travaille avec tant d’acharnement à Éléphant pour conserver notre patrimoine cinématographique, a eu le cœur brisé : la maison Dessaulles est celle de ses ancêtres, Henriette Dessaulles est son arrière-grand-mère.

De l’importance de sauvegarder…

«Quelle procession! Comme il en a passé sur la terre des pauvres humains ! Ils ont disparu comme disparaît la fumée dans l’espace : nous disparaîtrons comme eux, et ceux qui resteront se diront: que sont-ils devenus » (Henriette Dessaulles)