Archives pour mars 2011

Ouais, le cinéma ! Mais il faut (bien) manger.

- 11 mars 2011

À Sutton, la passion de Dompierre.

Le geste ou l’art de manger a beaucoup fasciné les cinéastes, en commençant par Chaplin et le festin qu’il fait de cette bottine dans The Gold Rush pour en arriver à Denys Arcand et l’omniprésent coulibiac du Déclin. Manger a même constitué le thème principal de films mémorables comme Le festin de Babette (Gabriel Axel, 1987) et La grande bouffe (Marco Ferreri, 1973) ou encore inspiré des scènes délirantes (The Meaning of Life, 1983) ; troublantes : l’insatiable attrait de Hannibal Lecter pour le foie humain et les fèves dans Le silence des agneaux ; ou très sensuelles : le hamburger orgasmique de Meg Ryan dans When Harry Met Sally, cette juteuse fraise que pétrit la bouche de Nastassja Kinski dans Tess. Quelques exemples, les premiers qui me viennent à l’esprit, il y en aurait des centaines d’autres.

Manger est une nécessité. Cela va de soi. Mais le manger, tout le faire de la nourriture peuvent devenir une passion si dévorante qu’elle en arrive à détourner certaines personnes du chemin qu’elles s’étaient d’abord tracé.

Eh bien, c’est ainsi que je viens d’apprendre qu’un compositeur de grand talent dont la musique accompagne plusieurs films, y compris justement Le déclin, et Mario, et Le sang des autres, et Bonheur d’occasion, et Les portes tournantes, etc., je parle de Joseph-Eugène-Frédéric-François Dompierre qui a commencé de déserter la musique et la composition pour ouvrir une école de cuisine. Comme François ne fait jamais les choses à moitié, il est allé se préparer à cette nouvelle vocation en suivant le cour de pédagogie culinaire de l’Institut d’hôtellerie, à Montréal.

Les nouvelles notes de DompierreEt pour bien signifier que cette nouvelle entreprise ne se classe pas dans le rayon du travail, mais bien dans celui de la passion, François l’a baptisée Dompierre Ludique. Le logo est un D majuscule rouge à l’intérieur duquel apparaissent des portées musicales ordonnées par un grand fouet à battre, la nouvelle baguette du chef !  Pour s’inscrire aux ateliers ou pour obtenir des renseignements : fd@dompierreludique.com ou par téléphone au (450) 538-0134 ; c’est à Sutton, sur la rue Academy, dans une cuisine (un studio!) ultra professionnelle aménagée par le compositeur-cuisinier et boulanger puisque c’est par le pain que se définit François, particulièrement fier de ses miches dodues et de ses croissants ronflants et potelés.

Si François a commencé très jeune ses études de piano, sous la direction de Hélène Landry, c’est toujours avec dans le nez le souvenir des effluves des plats succulents que cuisinaient ses grands-mères qu’il allait s’asseoir pour pratiquer ses gammes. Il faut dire que chez les Dompierre les métiers de bouche avaient toujours été à l’honneur : le père fut tour à tour laitier, restaurateur et cuisinier sur les trains, l’oncle Armand, lui, fut carrément chef-cuisinier de l’armée canadienne… et ses deux mamies toujours aux fourneaux, Dompierre enfant emmagasinant chacun de leurs gestes.À l'écoute du chef

Dans la grande recette de sa vie, François assure que son ingrédient principal demeure toujours le même : la communication ! Il est interprète pour communiquer, compositeur pour communiquer, animateur de radio et cuisinier, aussi pour communiquer.

On a toujours beaucoup d’enchantement à écouter du Dompierre, maintenant il faut aussi goûter du Dompierre. Sa nouvelle façon de communiquer.

À l’époque de Bonheur d’occasion, j’avais présenté à François, qui en composait la musique, un des plus grands saxophonistes classiques du monde, Jean-Marie Londeix. Il écrivit pour lui et mon fils Martin, disciple de Londeix, un sublime duo de saxophones qui accompagne la visite de Rose-Anna à son petit Daniel qui se meurt dans cet hôpital où l’on ne parle qu’anglais…

Maintenant que Dompierre est cuisininier, c’est Manon Robert que j’ai envie de lui présenter, car je sais qu’il s’en entichera comme de Londeix.

À Saint-Hyacinthe, la passion de Manon.

Manon, en voilà une autre que la passion du manger a détournée de son chemin. Technicienne en ophtalmologie, elle en eut subitement marre et, suivant son appétit, elle acheta une franchise de la saucisserie William J. Walter, ouvrant son étal à l’historique marché de Saint-Hyacinthe. Mais petit à petit, elle se mit a y ajouter des produits d’épicerie, des huiles d’olive surtout. En fait, elle regardait les émissions de Daniel Pinard à Télé-Québec et, chaque fois qu’il parlait d’un produit, elle se débrouillait pour le trouver, passant des heures sur l’Internet pour repérer les fournisseurs.  Ce dont Pinard avait parlé, les clients ébahis de Manon le retrouvaient immédiatement sur ses tablettes, au marché.

Les passions, rue des CascadesMais bientôt les saucisses n’en purent plus, coincées entre les huiles, les épices, les chocolats et tutti quanti.  Surtout que Manon allait voir la lumière, comme saint Paul sur le chemin de Damas, ayant été invitée par un ami, François Jimenez, dans sa famille, à Lyon. Là, les yeux de l’ex-ophtalmo se dessillent pour de bon ; elle découvre à Lyon tous ces éléments qui donnent sa primauté à la gastronomie française.

Ces huiles, vinaigres, épices, moutardes, sauces, beurres, chocolats, pâtes, thés, cafés, essences, confitures, enfin! tout ce qu’on trouve dans les meilleurs endroits en France, elle les importera et les étalera dans son épicerie de Saint-Hyacinthe qu’elle a installée, il y a trois ans maintenant, dans des locaux plus spacieux, au1660 rue des Cascades.

Les passions de Manon (passions@lespassionsdemanon.com) est ainsi devenue, en quelques années, la plus importante épicerie fine du Québec. Un éblouissement ! Une féérie des mille et un meilleurs aliments de la planète.Manon, reine-épicière

Et lorsqu’elle ne veille pas directement sur son établissement, la propriétaire arpente la France, l’Espagne et l’Italie dans une quête constante des produits les plus raffinés. Ce n’est pas tout, elle fait maintenant embouteiller à Malaga, dans un étincelant contenant rouge feu, une huile d’olive très goûteuse, la Picual, dont elle a surveillé l’élaboration avec Paula Garcia, la directrice même du moulin, une huile que Manon a dédiée à ses deux fils qu’elle élève dans une maison canadienne patrimoniale, au bord de la rivière, à Saint-Pie.

Enfin, la dernière trouvaille de Manon. Une autre exclusivité ! Elle devient l’unique importatrice au Canada de la Négrette, l’huile d’olive du moulin de Ville-Vieille, près de Nimes, qui vient de remporter le «Oscar» des huiles d’olive – la médaille d’or de Paris.

Comment se définit Manon, cette gourmande curieuse ? Elle dit d’elle-même qu’elle est avant tout une «communicatrice»… Exactement ce qu’affirme aussi Dompierre.

Je dois moi-même être communicateur puisque j’ai senti le besoin de vous communiquer leurs noms et de vous faire part de leurs passions.

Triste post-scriptum.

Publié en 2009Moi, qui venais dans un blogue précédent de raconter la peine que m’a causée la disparition d’une amie très chère, Audrey Best, et d’une actrice avec qui j’ai adoré travailler, Susanna York, je me suis trouvé sans mot en apprenant le départ d’Annie Girardot. Ce curieux hasard qui nous a rapprochés, Annie et moi, est indissociable du contexte de ma vie à cette époque où nous nous sommes aimés. C’est une partie de mes souvenirs qui sont consignés dans À force de vivre, (Libre Expression) des mémoires qui ont déjà chez moi ravivé tant d’émotions que je ne saurais y revenir.