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JEUNE ÉLÉPHANT À L’AISE DANS LA PORCELAINE !

- 25 novembre 2010

Éléphant vient d’avoir deux ans.

Heureusement qu’il a le dos large, car on en raconte de toutes sortes sur l’éléphant. Qu’il est balourd, maladroit et j’en passe ! Un vieux dicton parle même des ravages certains que ferait un éléphant dans un magasin de porcelaine. Tous ces bêtas n’auraient donc jamais lu le grand naturaliste Buffon ? Ils eurent plutôt appris que l’éléphant est d’un naturel doux, qu’il n’abuse jamais de sa force, qu’il a les mœurs sociales et qu’il possède une de ces mémoires… d’éléphant !

Éléphant, mémoire du cinéma québécois, est très fier d’avoir choisi comme emblème cet animal de génie qui représente si bien cette entreprise de numériser en haute définition, de restaurer et de rendre accessible notre patrimoine cinématographique. Éléphant est très conscient de la fragilité des éléments qu’il manipule et de sa mission : restaurer sans pervertir l’œuvre originale. Il est à l’aise dans la porcelaine.

Dans la jungle du cinèmaIl en a parcouru de la jungle en deux ans, notre éléphant, l’oreille en éventail à l’affût de toute information, la trompe entre les dents sur les chemins longs et tortueux menant à des films dont souvent il ne restait hélas ! que de fragiles ossements. Ainsi, subitement, sautaient aux yeux la valeur et l’indispensabilité de ce projet dont Pierre Karl Péladeau est l’incitateur et Quebecor, le mécène.

En deux ans, près de cent longs métrages québécois auront été restaurés et numérisés en haute définition et rendus disponibles au canal 900 de la vidéo sur demande illico. Ce qui reste à faire ? Environ huit cents films !

Y aurait-il encore des sceptiques sur l’importance primordiale d’Éléphant ? Laissez-moi leur faire part d’un article paru dans le New York Times, il y a une quinzaine de jours.

Cet article nous apprenait en effet que 90% de tous les films muets américains sont disparus à tout jamais et que 50% de tous les films américains parlants, tournés avant 1950, semblent aussi être disparus à jamais ! D’un classique comme King Kong, par exemple, il ne reste rien de valable, sinon des vidéos frelatées et quelques copies de projection, rayées, dénaturées, inutilisables. Le constat est catastrophique.

Est-ce mieux chez nous ? Un peu, mais pour la simple raison que notre industrie cinématographique est plus jeune et que, pendant des décennies, elle a été peu productive.

Les petits miracles d’Éléphant.

L'affiche de FantasticaFantastica, la comédie musicale de Gilles Carle avec Carole Laure et Lewis Furey avait disparu dans la jungle souvent presque inextricable des divers éléments visuels et audio du cinéma. Nous avons cherché le négatif de ce film partout et durant des mois. Introuvable. Finalement, une piste nous emmène dans des hangards de la Iron Mountain, une société d’entreposage de  Toronto, où étaient entassées des boites marquées «négatif». Eurêka ? Non ! Hélas, ces boîtes ne contenaient que les chutes du négatif de Fantastica. C’est donc sur une copie de projection en état supportable, conservée par la Cinémathèque québécoise, que nous avons dû nous rabattre. La numérisation et la restauration protègent désormais Fantastica d’une immanquable disparition et le rendent désormais accessible au public.

L'affiche du film

Le rossignol et les cloches, ce film réalisé en 1952 par René Delacroix, et qui raconte l’histoire d’un petit René Simard de l’époque, Gérard Barbeau, on le croyait à l’abri dans les voûtes fraîches de la Cinémathèque québécoise qui gardait une «copie de protection».  Même si elle n’avait jamais été projetée, cette copie s’était presque entièrement désargentée – les ciels étaient complètement délavés, il n’y avait plus de détail dans les zones éclairées de l’image. Désastre! Inutilisable ! Nous recourons donc au négatif original. Malheur ! toutes les collures avaient séché et se disjoignaient. Avant de pouvoir le numériser, Éléphant a dû faire recoller tous les plans, mais par qui ? Les monteurs négatif traditionnels sont tous à la retraite ! On n’assemble plus les films de cette façon. Une fois, cet artisanat terminé et le négatif muté sur un fichier numérique, Éléphant a trouvé l’argent pour qu’une nouvelle copie film soit aussi tirée, car le négatif recollé ne supporterait sans doute pas beaucoup de nouveaux tirages.

Cinémathèques et autres considérations.

Heureusement que la Cinémathèque québécoise, fondée à Montréal en 1963, existe sinon on pourrait se demander ce qui serait advenu d’une grande partie de nos films. Mais pour toutes les cinémathèques du monde comme pour les braves Pierre Jutras, Pierre Véronneau et, avant eux, Robert Daudelin et Guy L. Côté – qui ont monté celle de Montréal – c’est la condamnation de Sisyphe. Sisyphe à la tâcheIls roulent et roulent leurs bobines vers le sommet de la montagne, mais elles redingringolent inexorablement, emportées par la décomposition chimique qui finira toujours par avoir le dessus. Et pour beaucoup de ces films aux soins palliatifs, plus question même de les projeter. Ils agonisent.

Chaque cinémathèque est en quelque sorte une nécropole où les catéchumènes sont conviés à visionner de vieux films, aussi longemps – bien entendu – que ces reliques du cinéma pourront supporter l’exhumation. Puis ce sera la fin, l’oubli, la mort.

Adieu, celluloid.

Grâce aux nouvelles technologies, Éléphant fait entrer les films dans l’ère numérique, un environnement plus stable et moins fragile qui prolongera leur vie d’au moins cinquante ans, sans le moindre risque de détérioration. Dans un demi-siècle, à partir de ces immuables fichiers numériques d’autres technologies prendront le relais et – cette fois – peut-être pour l’éternité. Le monde du cinéma est vraiment en train de dire adieu au celluloid. Si bien que Volker Schlöndorff qui vient de numériser en haute définition et de restaurer son film Le tambour a refusé que le fichier numérique soit reporté sur pellicule et exigé que l’œuvre soit désormais projetée en numérique, cette numérisation lui ayant aussi permis d’ajouter  plusieurs scènes qu’il avait, à contre-cœur, retirées du  montage en 1978.

Miraculeusement, comme pour Lazare, Éléphant donne une deuxième vie aux films québécois.

elephant.canoe.ca

Éléphant a aussi créé un site WEB entièrement consacré au cinéma québécois. Un site superbe et original, savant, mais ludique, soigneusement entretenu par Pascal Laplante. Il s’enrichit chaque jour un peu plus, hébergeant des dossiers spéciaux, une BD étonnante inspirée par les films québécois, des entrevues uniques avec les créateurs, etc. etc. Mais au fait, vous y êtes ! Amusez-vous ! Instruisez-vous !

la bédé exclusive du site elephant