L’âme de Michel Brault à Cannes

- 29 avril 2015

Éléphant de nouveau à Cannes Classics.

Michel Brault Photo: Pierre DuryTous les amateurs de cinéma du monde ont de quoi se réjouir: le patrimoine cinématographique – si l’on tient compte de tous ceux que sa restauration passionne – devrait survivre aux outrages des ans.

Soit! il y a déjà des grands pans du patrimoine du muet et du parlant qui ont disparu à jamais et c’est désastreux, mais les consciences se sont éveillées et cela ne devrait plus se produire.

Il faut s’en enorgueillir. Le Québec, grâce à Pierre Karl Péladeau et à la générosité de Québecor, a été un des premiers pays du monde à sérieusement prendre de front la survie de son passé cinématographique. Pierre Karl avait décidé que tout le répertoire québécois de longs métrages de fiction serait numérisé, restauré et, surtout, diffusé. Nous sommes en bonne voie.

Mais depuis que la France a adopté la Loi du Grand Emprunt, ça va vite là-bas aussi, c’est par centaines par année que les longs métrages sont restaurés.

Mais tout cela n’est pas arrivé par hasard, on le doit à des fanatiques de la conservation du cinéma: des Thierry Frémaux, des Scorsese, des Ted Turner, des Gian Luca Farinelli, des Davide Pozzi, des Bertrand Tavernier, et d’autres fous comme Marie-José Raymond et moi. Tous ensemble, nous ressuscitons des films et les renvoyons à l’écran. Frémaux, directeur général du Festival de Cannes, a mis sur pied Cannes Classics sûrement un des plus prestigieux événements de mise en valeur du cinéma restauré. Farinelli fait cela à Bologne, Turner, à Hollywood, et nous ici qui lançons cette année Éléphant ClassiQ, premier grand événement en Amérique du nord dédié au cinéma restauré de tous les pays du monde.

Mais c’est loin d’être à sens unique: les autres pays du monde reconnaissent le travail que nous accomplissons ici. Nous sommes, pour la deuxième année consécutive invités au Festival de Cannes, dans sa section Classics. À l’automne dernier, nous étions au Festival Lumière dans la section Splendeurs des restaurations 2014 (seulement 6 films dans ce groupe). Et depuis notre Léolo a été montré au Festival Golden Horse de Taipeh, Les bons débarras le sera au Festival international de Karlovy Vary, en juillet.

Michel Brault, son âme, ses films.

Pour notre deuxième présence consécutive, Cannes Classics a choisi de présenter Les ordres de Michel Brault qui avait remporté au Festival de Cannes de 1974 le prix de la mise en scène.

Jean Lapointe, Les ordresLes ordres n’est pas arrivé à Cannes par hasard, en 1974. Claude Lelouch qui avait été complètement séduit par le film a mis tout son poids derrière, ce pourquoi Michel lui a ensuite voué une éternelle reconnaissance. La façon de Michel de filmer cette œuvre, sa structure étonnante entre la fiction et le documentaire avaient tout pour plaire à Lelouch. Et 41 ans plus tard, Les ordres a séduit les programmateurs de Cannes Classics, autant dans sa forme que dans son extraordinaire actualité en dépit de son âge.

Et sa restauration est magnifique. Nous avons d’abord travaillé avec Michel Brault lui-même, en 2009 pour refaire l’étalonnage, étalonnage plus difficile avec cette combinaison de noir et blanc et de couleur utilisée au tournage.

Brault tourne Les Ordres- Claude GauthierCe choix de Michel n’était pas artistique. C’était une décision économique. Michel n’avait pas assez d’argent pour tout tourner en couleur, il prit donc la décision de ne tourner en couleur que les scènes de prison. «C’est la majorité des gens qui ne sont pas allés en prison, donc c’est à eux qu’il faut montrer les couleurs de cet univers, expliquait Michel, car ces gens connaissent bien les couleurs de la vie ordinaire.»

C’est à l’occasion de cette première restauration que Michel m’avait fait cette déclaration sublime que je n’oublierai jamais: «Réalises-tu, Claude, que nous travaillons pour l’éternité; quand nous retournerons ce film à la Cinémathèque québécoise, nous devrions déposer une petite note dans une boite indiquant que le film a été restauré par toi et par moi, en 2009; imagine quand ils retrouveront cette note dans cent ans!»

Nous avons procédé depuis à trois autres restaurations, de même qu’à des mises à jour… justement pour assurer cette éternité dont parlait Michel. Tous les travaux de restauration ont été effectués sous notre direction, à Technicolor, services créatifs Montréal. Y ont participé Vince Amari, Linda McCabe et François Massé. Une ultime restauration du son vient aussi d’être réalisée par Bernard Gariépy-Strobl, à Vision Globale.

La VàD sur terre comme au ciel.

Michel BraultCher Michel, il n’est plus là, hélas, il n’y sera pas à Cannes Classics, mais son âme y sera. Mas la technique a dû évoluer là-haut aussi et il se trouve certainement quelqu’un qui y dirige une chaîne de vidéo à demande. Ils seront plusieurs autour de Michel Brault, branchés sur Les ordres, car c’est son plus beau film, son plus accompli, son plus original. Et Les ordres est d’une telle actualité dans notre monde où les libertés individuelles s’étiolent comme autant de fleurs qui fanent qu’on croirait que le film vient d’être tourné, pas il y a quarante ans.

 

 

L’homme à la tronçonneuse

- 10 avril 2015

Rage au volant du gouvernement.

L’homme à la tronçonneuse du Badgegouvernement Couillard, le président du trésor du Québec, M. Martin Coiteux, celui qui avait sorti sa scie mécanique pour faire peur à tous les jeunes des conservatoires du Québec, brandit maintenant son instrument devant la vitrine de la Cinémathèque québécoise.

Un autre cas de rage au volant du gouvernement.

Il apparaît si évident, pour ceux qui ne sont pas trop naïfs que le gouvernement n’a qu’une chose en tête: envoyer la Cinémathèque dans le lit de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec en imaginant que la fusion des deux institutions lui coûterait moins cher et que ces deux institutions sont tellement semblables («après tout, a dit un autre ministre, elles conservent toutes les deux du patrimoine!») qu’elles vont s’entendre comme cul et chemise.

Le budget de la BAnQ est d’environ 95 millions $ par année, celui de la Cinémathèque: 5 millions $. Dans le cas d’un couple si désassorti, il devient très évident que la pauvresse devra supplier chaque mois la plus riche de lui donner un peu d’argent de poche pour payer ses quelques employés, son loyer et son épicerie.

Il ne faut pas, comme M. Coiteux, avoir enseigné longtemps aux HEC pour comprendre que la Cinémathèque ne survivra pas longtemps en vivant au crochet de la BAnQ. Elle deviendra bientôt une «entretenue», une section audio-visuelle vivant selon le bon plaisir et la générosité de sa maîtresse.

Quand il a brandi sa tronçonneuse à la face des conservatoires, le Bonhomme Sept Heures du gouvernement a fait peur à tout le monde, les enfants se sont mis à pleurer comme dans l’automobile assiégée, la semaine dernière. Mais pour ce qui est de la Cinémathèque québécoise, son agression doit être plus subtile: la cinémathèque est un organisme privé qui a célébré ses 50 ans, l’an dernier, et ses membres (environ 350) ne sont pas des enfants d’école.

Pour la précipiter dans le Queen Size de la BAnQ, il faudrait que les membres acceptent d’abord de dissoudre l’institution, ce qui semble être loin d’être fait, considérant le résultat d’une assemblée générale spéciale, le 7 avril dernier, au cours de laquelle la résolution suivante a été adoptée à l’unanimité:  Ayant manifesté vivement leur inquiétude quant à l’avenir de la Cinémathèque québécoise, ses membres, réunis en assemblée générale spéciale, donnent le mandat au Conseil d’administration de poursuivre l’examen de toutes les hypothèses permettant à la Cinémathèque québécoise de poursuivre sa mission à la condition expresse qu’elles ne mettent pas en péril son existence, son autonomie, son statut légal et sa structure de gouvernance. (C’est moi qui souligne).

Mais l’homme à la tronçonneuse n’est pas forcément si bête, il semble avoir déterminé d’atteindre plutôt son but par la ruse et la séduction en faisant scintiller un miroir aux alouettes. D’abord, un peu comme Séraphin et son sac d’écus, il s’amuse à faire clinquer les 95 millions $ du budget de la BAnQ qui, malgré ses millions, fait pourtant des mises à pied et coupe déjà dans ses services. Puis il fait briller les gros serveurs informatiques de la BAnQ, ses épatants services administratifs, son personnel compétent et laborieux (ils font tous partie de la fonction publique!) etc. etc.

Mais qu’arriverait-il éventuellement de la Cinémathèque? C’est écrit dans le ciel qu’elle deviendrait un pauvre petit poisson dans le gros aquarium vert de la rue Berri. Une succursale audio-visuelle.

Que sauverait l’État?  RIEN.

Lorsqu’on a une tronçonneuse à la main, on tronçonne, ça va de soi, et ça fait tellement de ramdam que ça empêche de réfléchir.

Le gouvernement qui a lancé le conseil d’administration de la Cinémathèque québécoise sur l’étude de solutions pour assurer la stabilité financière de la Cinémathèque (il lui manque à peu près 6/700,000$ par an) y compris une fusion avec la BAnQ n’a évidemment pas beaucoup réfléchi.

Monsieur Coiteux, dont on dit qu’il privilégie toujours le privé sur l’État, a-t-il seulement pensé que la Cinémathèque est un organisme privé justement, que la moitié seulement de son budget de 5 millions$ lui vient de Québec. Le reste de l’argent de la Cinémathèque vient des membres, de ses divers partenariats, de subventions du Conseil des Arts et de la Ville de Montréal.

Si la Cinémathèque est précipitée dans le Queen Size de la BAnQ, le gouvernement croit-il vraiment que les membres vont continuer à payer leurs cotisations? que le Conseil des Arts, que la Ville de Montréal vont continuer à contribuer?

J’en doute!

Et en tous cas, pas moi qui suis membre depuis cinquante ans.

 L’horreur de toute fusion.

Cette situation crève tellement les yeux qu’on se demande pourquoi Québec fait perdre le temps du conseil d’administration en le forçant à examiner cette ridicule possibilité de fusion avec la BAnQ? Pourquoi Québec fait-il planer pareille menace sur un organisme qui survit de peine et de misère en accomplissant une mission essentielle à toute nation civilisée: la conservation de son patrimoine cinématographique et télévisuel. Qu’il remplit cette mission en partie avec des fonds privés et grâce aussi aux sacrifices de son personnel (les salaires des employés sont gelés depuis 2008 et pourtant ce personnel dévoué et compréhensif est affilié à la CSN…) Ces mêmes employés seraient probablement en grande partie les premiers sacrifiés sur l’autel de la fusion. Une horreur, seulement à y penser.

En dépit de la réunion spéciale des membres, le 7 avril, toute menace est loin d’être écartée. On peut s’attendre à tout lorsqu’un homme au volant d’un gouvernement s’amuse avec une tronçonneuse.

Parlez-en à la petite famille d’Alexandre et Karine.

 

 

ÉLÉPHANT ET LES ÉTRENNES

- 26 décembre 2014

Éléphant donne:

Pierre Karl Péladeau Éléphant, mémoire du cinéma québécois, une magnifique inspiration de Pierre Karl Péladeau, que Québecor, dont il est l’ex PDG, continue de soutenir généreusement est un cadeau immense pour les amateurs de cinéma en assurant la disponibilité et la pérennité de notre patrimoine cinématographique. Éléphant est maintenant devenu l’une des philanthropies culturelles les plus importantes au Québec: au-delà de 6 millions$ investis jusqu’à présent, sans compter une valeur publicitaire dépassant 10 millions$.

Le feuilletage à volonté des images que nous sommes depuis trois-quarts de siècle est désormais possible sur Illico, canal 900 et sur iTunes (dans la collection Éléphant, où l’intégration des films se poursuit rapidement, il y en maintenant près de 80) dans tout le Canada et dans les pays du monde où la langue est le français ou l’anglais.

Éléphant c’est aussi un site web impressionnant et très beau sur le cinéma québécois: elephant.canoe.ca; c’est également un livre écrit par Serge Bouchard, Les images que nous sommes, disponible aussi en format électronique, Marie-José fait la démonstration du eBookun eBook magistral qui contient plus de cinquante minutes d’extraits vidéo de films québécois restaurés. Les images que nous sommes sont en vente sur iTunes (sur iPad2 ou mieux) et chez Barnes & Noble (sur Kobo ARC).

On peut dire que les créateurs du cinéma québécois: réalisateurs, scénaristes acteurs, producteurs et techniciens sont de plus en plus heureux et fiers de savoir que leurs œuvres revivent et qu’on peut les regarder quand on veut et presque partout en les louant à la pièce sur la VsD. Et tout le produit de ces locations est retourné aux ayants-droit (sauf iTunes qui conserve le pourcentage qui lui est dû).

Resterait-il des colonisateurs?

Beaucoup de détenteurs de droits ont jusqu’ici collaboré avec enthousiasme avec Éléphant, mais il reste quelques réfractaires, des voraces, instransigeants, parmi eux un gros distributeur, le plus important au Québec et qui est – par surcroit – contrôlé par des intérêts étrangers. Ce distributeur reste opiniâtrement assis sur une quantité de films du patrimoine québécois et refuse, sauf à des conditions inacceptables, de libérer les éléments nécessaires à la numérisation et à la restauration de ces œuvres, travail dont tous les frais sont pourtant assumés par Éléphant, privant du même coup les ayants-droit des revenus afférents. Ces distributeurs dont l’insensiblité au patrimoine québécois reste incompréhensible reçoivent pourtant régulièrement de Téléfilm et de la SODEC des sommes importantes pour le lancement des films frais produits ici.

Éléphant reçoit.

Thierry FrémauxCette année, Éléphant n’aura pas que donné, il aura beaucoup reçu aussi. En effet, grâce à Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, il a été admis dans le cercle international de la restauration du cinéma alors qu’il a été invité dans la section Cannes Classics, pour la premère fois. C’est avec Léolo de Jean-Claude Lauzon,Ginette Reno dont la vedette est Ginette Reno, que nous avons fait nos débuts dans ce grand monde, dans une salle bondée dont une majorité de spectateurs découvraient le cinéma québécois. Et pas avec n’importe quoi: Léolo, classé par Time Magazine comme un des 100 meilleurs films du siècle, numérisé et restauré à la perfection.

Quelques mois plus tard, en octobre, c’est le Festival Lumière de Lyon, le plus prestigieux festival de films restaurés au monde, qui invitait Éléphant dans une section intitulée: Les splendeurs de la restauration 2014. Dans cette section où ne se trouvaient que six films, Éléphant a présenté Les bons Charlotte Laurierdébarras de Francis Mankiewicz, dans la belle salle de l’Institut Lumière. Conquis, le public – dont une partie venait de voir Mommy dans des cinémas de Lyon – a établi un lien intéressant entre la thématique de ces deux films: les relations si particulières d’une mère et de sa fille, si brillamment interprétée par Charlotte Laurier, dans l’un; d’une mère et de son fils dans l’autre. Les bons débarras ont aussi été projetés dans deux autres cinémas de Lyon, durant le Festival.

À Cannes, comme à Lyon, la qualité des restaurations faites par Éléphant a été louée autant par les cinéphiles ordinaires que par les spécialistes. Tant et si bien que l’ancêtre des studios de restauration dans le monde, L’Immagine Ritrovata, nous a invités à faire le tour de leur laboratoire de Bologne, sûrement le plus pointu de l’industrie et celui où il se fait le plus de recherches. Ce labo, rattaché à la Cinémathèque de Bologne, est dirigé par Davide Pozzi dont l’imagination qu’il déploie pour faire revivre les vieilles pellicules est sans borne.

Bien heureux de recevoir à l’occasion quelques lauriers, Éléphant poursuit avec ardeur sa numérisation et sa restauration du patrimoine, mais il continue aussi à étendre son champ d’action avec la suite d’un événement Éléphant ClassiQ, premier festival de films restaurés au Canada.

Éléphant ClassiQ

Meilleurs vœux de Marie-José Raymond
et Claude Fournier, co-directeurs Éléphant

 

 

THIERRY FRÉMAUX LE MAGICIEN

- 10 novembre 2014

L’enchanteur.

Si je pense à Thierry Frémaux, Thierry Frémauxdirecteur de l’Institut Lumière de Lyon et délégué général du Festival de Cannes et de Cannes Classics, il me vient à l’idée d’adapter pour lui ce que Sainte-Beuve écrivait à propos de Chateaubriand. «Il y a du démon, du sorcier et de la fée dans tout talent d’imagination…» Thierry Frémaux «…a de ce démon. Ce qu’il faut dire c’est qu’il est un grand magicien, un grand enchanteur.»

De l’imagination – «active» selon la définition voltairienne – il en faut une dose remarquable pour diriger avec autant d’audace, d’originalité et de verve ces deux festivals, le Festival Lumière de Lyon et celui de Cannes, dont il est devenu en quelque sorte la «ceinture maîtresse», lui qui est par métier prof de judo-ceinture-noire et par passion, féru d’histoire.

Sur le tapis rougeJe ne suis pas un abonné de Cannes, je n’y étais pas allé depuis plusieurs années, mais invité en mai dernier par Cannes Classics pour la présentation de Léolo, restauré par Éléphant, la différence avec les Cannes d’antan sautait aux yeux: non, pas le gigantisme, ni l’immense clientèle venue des quatre coins du monde, ni le protocole encore assez rigide, mais une façon d’être, un esprit inspirés directement de Frémaux. On s’en rend compte dès l’impressionnante cérémonie d’ouverture, alors qu’il monte à l’assaut de la scène, micro sans fil à la main – attitude parfaitement bushido – cet homme qui paraît minuscule dans l’immensité de la salle grouillante de trois millle smokings et fourreaux de toutes les couleurs, cet homme en noir avec sa chevelure de hérisson grisonnant qui bouge avec athlétisme, s’amuse avec la foule, la taquine, la provoque, plaisante, riposte, redevient sérieux, bref: ce randori  il le remporte à chaque fois. À Cannes, comme à Lyon.

Qui diable est-il ?

Curieux être, ce Thierry Frémaux, à la fois solitaire et sauvage ou encore, sociable et éminemment courtois. Né en Isère, il a grandi dans la banlieue lyonnaise où son père, qui l’initie très jeune au cinéma, est lui-même ingénieur à l’EDF. Dès la création de l’institut Lumière, en 1982, par Bernard Chardère et Maurice Trarieux-Lumière (petit-fils de Louis Lumière) Frémaux s’y joint comme bénévole. Bernard Chardère et Bertrand TavernierIl le restera un an, car Chardère proposera en 1983 qu’il devienne salarié, payé un cran au-dessus du bénévolat!  Une décennie plus tard, il est promu directeur artistique aux côtés du président, le réalisateur Bertrand Tavernier. Les deux ensemble organisent le centenaire du cinéma et entreprennent la restauration des films des frères Lumière.

Mais, attention! Frémaux est dynamogène et quand il plonge, ça crée des remous, ça va vite et ça se voit. Tandis que le Festival Lumière commence à lui agiter le ciboulot, la Cinémathèque française essaie de l’attirer à Paris, on lui en offre la direction. Il décline. Le Festival Lumière nait, en 2009, et choisit Clint Eastwood comme premier recipiendaire du Prix Lumière qui souligne la contribution extraordinaire d’une personnalité à l’histoire du cinéma. Cette récompense ira ensuite à Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach, Quentin Tarantino et, cette année, Pedro Almodovar.

Gilles JacobMais Gilles Jacob, «l’arpenteur de la Croisette» et le roi de Cannes lorgne déjà avec intérêt ce Lyonnais, fou de cinéma, que seuls le judo et la boxe arrivent à distraire temporairement.

Dans l’arène de Cannes.

Mais Frémaux n’accepte de poser le pied sur le tatami cannois qu’à la condition de ne pas devoir quitter la direction de l’Institut Lumière. Permission accordée. Et ça se met à bouger. L’élu de Jacob marque le retour des studios américains sur le tapis rouge, ouvre le Palais aux films de genre et à l’animation, il redonne une place au cinéma documentaire et inaugure, en 2002, avec Pépé le Moko, la projection numérique de films restaurés que l’on regroupera bientôt dans la section Cannes Classics.

Tatiana SamoylovaBien sûr, Cannes le festival, c’est impressionnant. (J’y suis allé pour la première fois en 1959, lorsque la palme d’or fut décernée à Quand passent les cigognes et que l’actrice soviétique Tatyana Samoylova, dont je me toquai, obtint une mention spéciale). Au fil des ans, ce festival a grandi presque démesurément, il est devenu le plus médiatisé au monde, plus de trois mille journalistes y étaient inscrits cette année! Tout y est hors norme, grandiose, presque un peu délirant; même si les vedettes d’un film dont c’est la première habitent au Majestic, juste en face du Palais, elles arrivent dans un cortège de limousines précédé par les motards de la police, faisant un détour je ne sais où.

Cannes, c’est un paquebot immense avec des milliers de passagers et des centaines de membres d’équipage que le capitaine Frémaux barre, habile et désinvolte comme s’il s’agissait d’un 18 pieds.

Il faut l’observer sur les tapis rouges voleter d’une vedette à l’autre, baiser des mains, en serrer d’autres, embrasser, cligner de l’œil, coaliser des groupes pour les photographes, se prêter aux selfies. Il est partout à la fois et tout d’un coup il est aussi sur la scène, orchestrant – toujours un peu narquois – le déroulement des plus prestigieuses projections de cinéma au monde. Et quand il ne court pas d’un film à l’autre, il s’enferme incommunicado pour mieux préparer, à l’abri de tous, ce que tout bon deus ex machina doit faire pour ensuite donner l’illusion de planer. Même ses adjoints les plus immédiats n’oseraient alors l’importuner. Ils se tiennent gentiment à carreau. (Christian Jeune, à Cannes, et Maëlle Arnaud, à Lyon… et il y aussi que je connais mieux: Gérald Duchaussoy qui court à gauche, à droite, aussi vite à Cannes qu’à Lyon)

Frémaux, le Roi Lyon!

À Cannes, Frémaux est monté dans un train en marche. À la Halle T-GarnierÀ Lyon, au Festival Lumière, il a ouvert la voie, posé les rails et mis le train dessus. Comme son slogan l’indique, le Festival Lumière est Un festival pour tous. En effet, on jurerait qu’est mobilisée la population entière de Lyon et du Grand Lyon. Plus de cinq mille personnes vont se presser pour l’ouverture et la clôture à la Halle Tony-Garnier, ce gigantesque espace inauguré en 1914 pour le marché aux bestiaux des abattoirs de la Mouche, réquisitionné ensuite pendant la Grande Guerre comme usine d’armement, et finalement rénové en 1988 en salle de spectacles modulable. C’est un peu comme si on mobilisait le Centre Bell à Montréal pour un festival de films Faye Dunaway (Photo Jean-Luc Mège)anciens, mais restaurés. À l’ouverture, cette année, on présentait en restauration Bonnie And Clyde, devant une Faye Dunaway, émue, qui a confié au public: «Sans vous, je ne serais pas la même!».

 

Pedro Almodovar reçoit le Prix LumièreÀ la clôture de l’événement, Pedro Almodovar, lui, a dit à Frémaux et au public: «Je rêvais que quelque chose m’arrive comme ce qui m’est arrivé à Lyon».

Ce qui arrive à Lyon!

Hors la Halle T.-Garnier, trois mille cinéphiles se chamaillent ensuite jusqu’à la dernière place pour la présentation du Prix Lumière à la Salle 3000 de la Cité des congrès. Sans compter toutes les projections dans différents cinémas de Lyon et des communes du Grand Lyon, les entretiens publics avec des réalisateurs, des acteurs, les expositions, les ateliers pédagogiques, etc. etc. Presque toujours des publics à ras bords.

Le hangar des Frères LumièreLe cœur du Festival Lumière reste cet endroit de mémoire, là où tout a commencé dans le cinéma: au Hangar du Premier-Film, où Louis Lumière a tourné, en 1895, le premier film à être projeté pour un public, La Sortie de l’usine Lumière à Lyon. (Incidemment, ce film, Frémaux a eu l’idée de faire à chaque année du festival un remake dirigé par des invités; cette année, ce fut Pedro Almodovar, Xavier Dolan et Paolo Sorrentino.

Dans ce hangar, restauré en 1998, se trouve sans doute la salle de cinéma la plus confortable du monde entier, aménagée par l’architecte Pierre Colboc (celui de la transformation en musée de la gare d’Orsay). Des projections impeccables, assis dans des fauteuils dignes du temps où dans l’aviation commerciale la première classe signifiait quelque chose.

Mais oui, Thierry Frémaux veille sur tout cela, c’est le maître d’œuvre et  le maître de cérémonie, et c’est lui encore qui supervise les magnifiques, originales et émouvantes vidéos-hommage, vidéos-annonce ou vidéos-souvenir qui sont projetées à diverses occasions durant le festival. Et pour l’aider, il a recruté et conquis le maire Gérard Collomb, de Lyon, et tous les autres maires du Grand Lyon.

Le Roi LyonDurant tout le temps du Festival Lumière, Lyon et le Grand Lyon deviennent une jungle (cette année, notre Éléphant était présent avec Les bons débarras dans la section: Splendeur des restaurations 2014) où règnent les grands fauves du cinéma, sous l’œil bienveillant, attentif et rigoureux de

 

Thierry Frémaux: le Roi Lyon.

 

 

 

DEUX SALLES: LAUZON ET BOURGAULT

- 10 octobre 2014

Deux noms pour l’éternité.

L’émotion était palpable, le mardi soir 7 octobre dernier, alors que dans le pavillon Judith-Jasmin Annexe (JE) au 1564 rue Saint-Denis, l’UQAM désignait officiellement deux salles à la mémoire de Jean-Claude Lauzon et Pierre Bourgault, le premier, un ancien élève de sa Faculté de communication, le dernier, un ancien professeur. Les aficionados de l’ancienne robothèque de l’ONF trouveront l’endroit facilement; pour les autres, c’est l’immeuble qui fait le coin nord-ouest de Saint-Denis et de Maisonneuve.

L’émouvante cérémonie de désignation s’est déroulée en présence du doyen de la Faculté de communication, M. Pierre Mongeau, du vice-recteur à la Vie académique, M. René Côté, ainsi que du vice-doyen aux études, M. Pierre Bérubé.

On avait demandé à Guy-A. Lepage, un de ses anciens étudiants, de prononcer l’hommage à Pierre Bourgault et à moi, celui du réalisateur Jean-Claude Lauzon. Je crois que pour Lepage, comme pour moi, que l’UQAM nous ait choisi était plus qu’un honneur, c’était de nous toucher droit au cœur, de retourner à nos albums de souvenirs.

Mais là où tout est neuf et différent, c’est que la section robotique est disparue pour faire place à une belle grande salle, avec fenêtres sur rues et dont une partie du plafond ouvre sur le ciel, endroit idéal pour colloques, lancements, réceptions, etc.: ce sera la salle Pierre-Bourgault. À un étage au-dessus, c’est la salle de projection d’une centaine de places avec ses fauteuils bleus-québec, maintenant la salle Jean-Claude-Lauzon, chacun de ces endroits portant une plaque à la mémoire de ces deux grands disparus. Et ce qui est curieux, on le sentait déjà mardi dernier, une nouvelle atmosphère s’est répandue subitement et mystérieusement dans tout l’immeuble, les âmes de Jean-Claude et Pierre y flottent déjà, elles ont pris possession des lieux. Ce qu’il y aurait pu encore subsister de l’ancien robotisme est déjà évincé, l’endroit sent bon le souvenir de deux hommes qui ont, chacun à leur façon, fait avancer la destinée encore si cruellement questionnée du Québec.

Des bourses.

La Faculté de communication a profité de l’occasion pour annoncer la création de la bourse Pierre-Bourgault en communication publique et celle de la bourse Jean-Claude-Lauzon en production médiatique visuelle. Toutes deux d’une valeur de 1 000 $, ces bourses seront remises annuellement, la première pour encourager les étudiants à intervenir dans l’espace public, et la seconde à innover en production médiatique visuelle. Il serait généreux de contribuer à la pérennité de ces bourses en versant des dons à la Fondation de l’UQAM.

Mon hommage à Jean-Claude

Claude Fournier

«Michel Cournot, critique de théâtre au Monde, et de cinéma au Nouvel Observateur, et réalisateur d’un seul film, Les Gauloises bleues, un ami très cher dont la mort m’a séparé, il y a sept ans, avait écrit:

«Je ne suis pas Jean-Luc Godard et c’est bien là mon plus grand regret».  En cette journée de l’inauguration d’une salle qui portera le nom de Jean-Claude Lauzon, j’ai bien envie de vous dire moi aussi: Je ne suis pas Jean-Claude Lauzon et c’est bien là mon plus grand regret. Et d’ailleurs, notre cinéma prend tellement d’envergure que je pourrais dire aussi: je ne suis pas Jean-Marc Vallée, ni Denis Villeneuve, ni Xavier Dolan et là aussi c’est mon plus grand regret.

Mais c’est à moi tout de même que l’on a demandé de dire quelques mots sur Jean-Claude et je vous en suis très reconnaissant.

Jean-Claude, c’est l’homme de seulement deux films: Un zoo la nuit et ensuite Léolo, que l’on classe à juste titre comme une des grandes œuvres cinématographiques au monde. Jean-Claude n’a pas été plus prolifique parce qu’il a été emporté trop jeune par cet accident d’avion, mais aussi parce qu’il avait choisi de vivre de cinéma et de bien en vivre. Il était beau, arrogant, en apparence très sûr de lui, il affectionnait motos, voitures et avions – tout ce qui décollait vite – et il avait choisi un train de vie souvent inconciliable avec celle d’un réalisateur québécois de fiction, dût-il pour cela devenir le chouchou des agences de publicité, ce qu’il a été aussi.

Je suis certain que Jean-Claude est très heureux qu’une salle de cinéma porte désormais son nom, une salle qui de surcroît appartient à UNE université… Mais en son for intérieur il eût sans doute préféré une salle VIP de 3000 places avec un écran IMAX, car il voyait et voulait grand.

Mais pour voir et vouloir grand, Jean-Claude a dû à force d’efforts et de courage se hisser hors d’une naissance qui pour d’autres que lui aurait été un abîme.

Ce garçon au regard d’aigle et au caractère fauve est né, à Montréal, le 29 septembre, d’une mère abénakie et d’un père canadien-français, buveur, batailleur, un pauvre type écrasé par la maladie mentale qui passait autant de temps à Saint-Jean-de-Dieu que chez lui où, cette femme abénakie, forte et robuste, une mère ourse, essayait en pleine débâcle de protéger et d’élever quatre enfants. Une nuit, pendant que la famille dormait, le père avait ouvert les robinets de gaz; quel pressentiment a tiré la mère de son sommeil et l’a fait se précipiter vers la cuisine et sauver sa famille d’une asphyxie certaine? Une mère, c’est comme ça!

Cet incident et la folie du père ont hanté Jean-Claude Lauzon toute sa vie. Ils l’ont empêché même de souhaiter avoir des enfants. Marie-Soleil Tougas qui a péri avec lui dans le crash de son avion aura été sa dernière compagne. Il l’aimait, mais s’offusquait même qu’on réfère à elle comme sa blonde. «C’est pas ma blonde, précisait-il, même devant elle, c’est UNE de MES blondes». Jean-Claude vivait dans l’épouvante de transporter lui aussi la folie et d’en transmettre les gênes s’il avait eu des enfants. Cette terreur de la folie, c’est le moteur dramatique de Léolo, une œuvre saisissante, brutale, mais débordante d’une grande poésie, une forme littéraire que Lauzon aurait souhaité maîtriser lui aussi, comme Gaston Miron. Mais Jean-Claude c’est un peu notre Miron du cinéma, il serait sûrement devenu notre cinéaste national si l’intensité et la fougue effrénée qu’il avait de vivre ne l’avaient pas précipité trop tôt au-devant de son destin.

Adolescent, Jean-Claude fanfaronnait qu’il voulait être poète ou caïd dans une bande de criminels, il n’avait pas encore arrêté son choix; sa rencontre avec André Pétrowski allait tout changer. Un prof de secondaire, un ami de Pétrowski, avait proposé un questionnaire un peu sybillin à ses élèves afin qu’ils essayent de définir leur signification de l’amour, de l’art, du désir, de l’avortement, etc. etc. Alors que ses camarades suent sang et eau, Lauzon, le cancre de la classe, y va d’une véritable déferlante de définitions de son cru:

Maîtresse, il répond: un homme avec deux repas devant lui.

Viol: une personne qui se promène sur un terrain privé.

Prostitution: un grand ravin et un homme suspendu à une branche.

Hymen: femme derrière un nuage.

Menstruations: les fonctionnements d’une machine dans une grande usine.

Peur: un enfant devant quelque chose d’inconnu.

Lorsque le prof, éberlué, montre ces réponses à André Petrowski, qui est à l’Office du Film, ce dernier n’a plus qu’un désir: rencontrer l’auteur. C’est par ce biais que Petrowski a repêché le décrocheur et qu’il l’a orienté du côté du cinéma avec les résultats que l’on connaît et qui font que nous sommes rassemblés aujourd’hui pour baptiser une salle au nom d’un ex-apprenti délinquent qui lavait des bouteilles dans une usine d’embouteillage de l’est de Montréal.

Mais Petrowski, le mentor, est resté longtemps inapaisé… Lorsque Léolo remporte treize trophées Genie à Toronto, il écrit à Lauzon: «c’est facile, petit con, t’en as gagné treize, tu peux bien m’en donner un».

Non seulement Lauzon avait dédié au générique du début son Léolo à Petrowski, mais aussitôt rentré de Toronto, il va frapper à la porte de son mentor et lui remet une des statuettes en disant: «Tiens, Pétrov, je ne te dois plus rien!»

Ce soir, nous inaugurons la salle Jean-Claude Lauzon parce que: Tiens, Jean-Claude, on te devait bien ça et on te devra toujours deux films immenses dont l’un si autobiographique que chaque visionnement nous arrache le cœur et nous fait maudire le destin qui nous a privé si tôt d’un bum avec autant de talent.»

L’hommage de Guy-A. Lepage

Guy-A. Lepage

Et voici l’hommage qu’a rendu le populaire Guy-A. Lepage à Pierre Bourgault, son professeur et mentor.

«La première fois que j’ai rencontré Pierre Bourgault c’est au printemps 1979. Je postulais au module de communication et Pierre était le professeur de mon comité de sélection.  J’ai du faire bonne impression car je fus choisi. J’étais le plus jeune du module. J’avais 18 ans.

Et dès le début, un lien d’amitié s’est créé entre Bourgault et moi. Il avait l’âge de mon père, j’aurais pu être son fils, on s’entendait parfaitement.

C’était un professeur passionnant. Chaque cours devenait un spectacle : les mots, la langue, l’histoire, passait dans le tordeur de son éloquence.

Il voulait transmettre le plaisir de la langue, le pouvoir de la communication, comment dénoncer, comment expliquer, comment argumenter, tout en nous mettant en garde contre les bonimenteurs et les baragouineurs.

Il fut de loin mon professeur le plus marquant, influençant mon choix de carrière et la façon de la mener.

Dans les années 70, mis au rancart par le Parti Québécois, la carrière politique de Pierre Bourgault était terminée. À 45 ans, il vivotait de ses piges journalistiques, parfois aidé financièrement par ses amis mieux nantis.

Un jour, Claude-Yves Charron lui a offert un poste de professeur à l’UQAM et la vie de Pierre Bourgeault a changé.

Il avait maintenant son public : captif, curieux, ouvert d’esprit, avide d’apprendre, bref il avait accès à la jeunesse du Québec.

Pierre était de tous les comités, de toutes les activités. Passionné par son travail, il encourageait les uns, vilipendait les autres. Toujours disponible, mais il ne fallait pas lui faire perdre son temps car le module de communication formait les futurs journalistes, cinéastes, réalisateurs, animateurs, recherchistes, et Pierre, tel un sergent recruteur, veillait à la bonne marche de ses troupes.

En 1981, Pierre m’a demandé d’être un des trois correcteurs de son grand cours magistral sur l’histoire récente du Québec. J’étais correcteur et j’avais 21 ans ! Je devais lire les travaux remis et donner une note appréciative qu’il validait ou non. Inutile de dire que mon âge causait problème. Il y avait des gens qui avaient 40 ans dans ce cour-là. Mais Bourgault persistait.

Un jour, j’avais donné C+ à une femme qui avait milité pendant plusieurs années dans divers regroupements féministes. Son travail me semblait brouillon et tirait dans toutes les directions, entremêlant sans raison ses anecdotes personnelle avec les évènements marquants de notre société. Elle avait porté plainte, en critiquant ma note et en disant qu’un post-ado sans expérience ne pouvait être apte à critiquer son cheminement avec un médiocre C+.

Bourgault nous avait reçus dans son bureau et il avait dit à la dame : J’ai relu ton travail et effectivement, tu as raison, Guy est trop jeune pour évaluer adéquatement ton travail, mais moi oui, alors je vais te donner C-moins !!!

C’était ça Bourgault.

La plus grande source de fierté de Pierre Bourgault a été d’être professeur. Il me l’a dit souvent. Il a eu de grandes déceptions politiques, de plus grandes déceptions amoureuses mais son travail de prof l’exaltait.

Il n’y a pas de rue Pierre Bourgault, il n’y a pas de pont Pierre Bourgault, il n’y a pas d’édifice Pierre Bourgault, mais aujourd’hui il y a une salle Pierre-Bourgault à l’intérieur de son université préférée.

Je suis sûr qu’il est très fier présentement, quelque part on sait pas où.

Et s’il était parmi nous ce soir, il dirait sûrement : Y était temps !» (Et il tousse un peu à la Bourgault, le fumeur invétéré)

Pierre Bérubé, vice-doyen aux études de la Faculté de communication, René Côté, vice-recteur à la Vie académique, Claude Fournier, Guy A. Lepage et Pierre Mongeau, doyen de la Faculté de communication.

crédit photos (Denis Bernier)