Canoë comme page d'accueil English

Mexique: Chiapas mystique

- 29 septembre 2014
sanjuanchamula

L’église de San Juan Chamula.

Je n’oublierai pas de sitôt l’église de San Juan Chamula, dans les montagnes mexicaines. Ce n’est pas souvent que l’on est témoin de rituels descendant directement du temps des Mayas, encore moins dans une église.

Il m’a fallu laisser ma caméra et mon carnet de notes à l’entrée avant de pouvoir pénétrer dans l’édifice blanc et vert. Les Chamulas, un peuple autochtone de l’État du Chiapas, accueillent les visiteurs dans leur église, mais à condition qu’ils soient respectueux et discrets (ce qui n’est pas beaucoup demander… mais qui fait que je n’ai malheureusement pas de photos pour vous!).

Murielle, notre guide, nous avait expliqué que ce que nous allions voir ne ressemblerait en rien à une messe traditionnelle. Elle n’aurait pas pu mieux dire.

Dans l’église, il n’y avait ni prêtre, ni autel, ni bancs et le sol était couvert d’aiguilles de pin, et de dizaines et de dizaines de chandelles. Le long des murs se trouvaient des statues des saints et des saintes chéris du village.

Assis ou agenouillés sur le sol, un peu partout, il y avait des gens. La plupart étaient en famille. C’est que le matin, à San Juan Chamula, c’est avec les enfants que l’on vient à l’église. Il y avait aussi des poules. Plusieurs poules. On les promenait dans les airs au-dessus des enfants, «pour soigner les maladies de l’âme», nous a expliqué Murielle. On sacrifiait ensuite les oiseaux en silence, on buvait du posh (l’alcool local) ou du Coca-Cola – partie intégrante du rite de guérison-  et on priait en tzotzil, à voix haute, à la lueur des bougies.

En avançant au milieu des dévots, il fallait faire attention de ne pas accrocher ces chandelles laissées sur le sol qui brillaient de mille petites flammes. Il faisait sombre, l’odeur de pin se répandait discrètement et un fin voile de fumée enrobait l’église, ajoutant à l’ambiance mystique – et un peu surréelle, je dois avouer – de l’endroit.

Les Chamulas pratiquent en fait une religion qui mêle le catholicisme à des rites ancestraux. Ce n’est pas le seul peuple du monde à le faire, bien sûr, mais ce qui surprend particulièrement chez eux, c’est que tout se passe à même une église immaculée et, surtout, que de nombreux éléments viennent en fait des Mayas, cette fameuse civilisation encore auréolée de mystère dont la chute vers les années 900 est encore inexpliquée.

Le pin, par exemple, nous a expliqué Murielle, signifiait pour les  Mayas la montagne sacrée, elle-même représentée pas les grandes pyramides de leurs cités. Marcher sur les aiguilles de pin de l’église de San Juan Chamula, c’est donc un peu fouler un autre monde et un autre temps.

Les Chamulas, des Mayas Tzotziles, font partie des nombreux groupes autochtones du Chiapas, qui forment en tout environ 25% de la population de l’État.  La culture, ou plutôt les cultures sont l’un des véritables attraits de cette région du Mexique.

Je ne recommande pas d’aller à San Juan Chumula (qui est situé à 10 km de San Cristóbal de las Casas) sans guide ou sans ami du coin, cependant. D’abord parce qu’entrer dans cette église sans introduction et mise en contexte peut être assez troublant – et prêter à des jugements erronés. Après tout, on s’attend à une église coloniale à la mexicaine et on se retrouve avec des poulets morts sur le sol et des incantations mystérieuses…

Ensuite, parce que l’on peut commettre des impairs… qui ne seront pas particulièrement bien accueillis. Prendre des photos des gens, des officiels, des lieux saints: tout cela n’est pas toléré et peut nous valoir des amendes, voire un emprisonnement dans certains villages autochtones de la région.

Finalement, parce qu’il y a beaucoup plus à apprendre et à comprendre sur les coutumes et croyances des Chamulas que ce que je peux vous résumer ici, et qu’il est fascinant de se le faire raconter au milieu des montagnes.

À lire aussi: Mexique: quelques jours au Chiapas

Pour m’écrire: sarah.bergeron-ouellet@agenceqmi.ca

Pour me suivre sur Twitter: sarahb_o

Abonnez-vous à cet article

Laisser un commentaire

 caractères disponibles