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Irlande du Nord: voir Belfast en «black taxi»

- 21 février 2014
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À Belfast, les «black taxi tours» sont populaires.

Envie de verdure et d’air salin? À vos imperméables, je vous emmène en Irlande pour quelques jours!

***

Je n’ai compris aucune des blagues que m’a racontées Billy Scott durant les deux heures et demie qu’a duré mon tour dans son «black taxi» à travers les rues de Belfast.

Je ne m’en fais pas trop. À voir la vitesse à laquelle il les débitait, dans son anglais bien irlandais, je crois qu’il les fait à ses passagers depuis belle lurette et qu’il ne se formalise pas de tomber sur un mauvais public de temps à autre!

Par contre, j’ai bien compris ses explications au sujet de l’histoire récente de la capitale de l’Irlande du Nord (et ses suggestions de pub, mais ça, c’est une autre affaire).

C’est pour mieux saisir l’importance du conflit violent qui a secoué la ville de 1968 à 1998 que je suis montée dans son taxi, pour comprendre un peu ces Troubles dont je me souviens avoir vu des images à la télévision, adolescente. C’est aussi, surtout, pour voir les fresques politiques qui ornent encore des centaines de murs à travers la ville.

Les «black cab tours», des tours guidés historiques à bord de taxis noirs, sont très populaires à Belfast. Ils ont débuté de façon informelle vers 1998, avec le traité de paix, quand les routards se sont mis à fréquenter la cité à nouveau.

«Nous travaillions comme de simples chauffeurs de taxi au centre-ville, m’a expliqué Billy Scott, et comme nous travaillions au centre de la ville, nous venions des deux côtés de la communauté: catholique et protestant.»

Rapidement, m’a-t-il dit, les visiteurs se sont mis à leur demander s’ils pouvaient leur montrer les quartiers «explosifs».

«Parce que nous venions des deux côtés de la ville, nous connaissions l’histoire et nous pouvions les emmener dans les lieux qu’ils avaient vus à la télévision. Les gens sont naturellement curieux et ils veulent connaître les origines des conflits.»

Vous ne savez pas trop ce qui a mis le feu aux poudres? Disons, pour faire (très) court, que le conflit politique qui a secoué Belfast pendant 30 ans opposait les loyalistes et les républicains. Les premiers, protestants et majoritaires, souhaitaient que l’Irlande du Nord demeure attachée au Royaume-Uni; les seconds, catholiques et minoritaires, voulaient que cette dernière rejoigne la République d’Irlande.

Le conflit a pris une tournure violente. L’IRA, une organisation paramilitaire républicaine, a entre autres beaucoup fait parler d’elle durant ces années. Au total, on estime que le conflit a fait – des deux côtés –  au-delà de 3500 morts et plusieurs dizaines de milliers de blessés, avant de prendre fin grâce à un accord de paix en 1998.

En roulant dans la ville du Royaume-Uni plus de 15 ans plus tard, difficile d’imaginer cette période sombre, sauf quand on tombe sur ces fameuses murales politiques, qui se comptent par centaines sur les murs mais aussi les maisons de la ville, notamment dans les quartiers West et North Belfast.

Héros locaux, groupes terroristes, commémorations de bataille, représentations d’événements historiques, portraits de «King Billy», cris de ralliement… Chaque camp avait ses murales bien à lui. Comme me l’a précisé mon guide, il s’agissait, à la base, d’œuvres de propagande.

Les voir défiler par les fenêtres du taxi n’explique certainement pas tout, mais cela donne une idée assez poignante – et très concrète – des tensions qui ont meurtri la ville pendant si longtemps.

Aujourd’hui, de nouvelles œuvres à caractère souvent social apparaissent encore régulièrement. Certaines sont signées conjointement par des artistes des deux camps, signe que – même si tout n’est peut-être pas complètement apaisé à Belfast -, les temps ont bien changé.

C’est d’ailleurs ce que je me suis dit en rentrant à mon hôtel, le soir même, après avoir suivi les conseils de Billy Scott concernant les charmants pubs du centre-ville. L’hôtel Europa où je logeais est tristement connu comme étant l’un des plus bombardés d’Europe: parce qu’il accueillait des personnalités publiques, il a été attaqué une bonne trentaine de fois durant les Troubles. Il y a 15 ans, il devait être bien difficile d’y dormir paisiblement comme je l’ai fait, même après plusieurs pintes de Guinness.

 

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Dans les rues de Belfast.

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Dans les rues de Belfast.

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Dans les rues de Belfast.

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Dans les rues de Belfast.

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3 commentaires

  1. A Montrealer Abroad (@marievallieres) | 24 février 2014 à 13 h 08 min

    J’ai participé à un de ces tours guidés et j’ai beaucoup aimé. Le chauffeur a attendu à la toute fin de la visite pour nous demander si nous pensions qu’il était loyaliste ou républicain, ne souhaitant pas teinter ses propos. Ce qui m’a le plus frappé, c’est de réaliser que la violence est toujours semi-présente même aujourd’hui.

  2. Claire | 22 mai 2014 à 15 h 30 min

    Bonjour, je suis en Irlande du Nord pour un moment et suis tres interesses pour decouvrir ses fresques. Etant etudiante j’hesite a les faire en taxi celon le prix. Pouriz vous me dire combien cela vous a couter s’il vous plait.
    Merci beaucoup

  3. Sarah Bergeron-Ouellet | 23 mai 2014 à 9 h 28 min

    La plupart des compagnies offrent des tours autour de 25 ou 30 £. Bonne découverte!

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